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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 12:00
Si je l'avais su avant... (2)

Pour lire le début de ce billet...

Quand je raccompagne l’administrée que j’ai reçue pendant que M. M. cherchait son papier, je le vois se lever d’un bond ; il me fait signe qu’il a trouvé.

Nous retournons dans le bureau et il me tend une liste de bailleurs sociaux, il y en a une dizaine. Il veut les alerter sur son besoin urgent d’obtenir un logement.

Je récupère aussi son attestation de dépôt de demande et constate qu’il est domicilié à Argenteuil, ce qui m’amène à reposer la question de son adresse.

Il est encore très embrouillé : il vit loin, dans un endroit reculé où il n’a accès à aucun service. J’insiste encore : il me faut une adresse dans la ville ; en a-t-il une ?

Après plusieurs questions de plus en plus insistantes, il déclare que l’écrivain public d’A. (donc, ma consœur Sophie Strnadel) a refusé de travailler pour lui.

J’ai compris. « Bien sûr, lui répondis-je, c’est un service réservé aux habitants de la ville ! »

Le discours de M. M. devient de plus en plus pressant ; le ton monte, il joue sur sa détresse avec des menaces voilées : il est obligé de mentir pour qu’on s’occupe de lui, sinon, on le laisse crever, et il est malade...

Houlà !

Tout en lui répétant calmement que JE NE PEUX PAS, que JE N’AI PAS LE DROIT, je réfléchis à toute vitesse. Il est d’un gabarit très imposant et me semble capable de tout.

Du coin de l’œil, je vois, par la cloison vitrée, que ma camarade du PIMMS est en alerte. Elle se lève et se dirige vers la porte de mon bureau.

J’opte finalement pour un compromis. S’il est, lui, obligé de mentir, il m’oblige, moi, à outrepasser mes droits. J’accepte de lui écrire UN courrier et il ne revient plus, ni ici ni dans aucune des permanences.

Il se calme et je fais la lettre.

À la fin de la permanence, J., l’agent d’accueil, vient aux nouvelles.

Elle me raconte qu’il a été odieux, proférant des énormités qu’elle ne supporte plus d’entendre.

Ferme sur ses positions, elle l’a remis à sa place – elle savait pouvoir compter sur l’assistance des deux directeurs en cas de menaces – et prévenu que j’allais sûrement refuser. Il a alors déclaré que je le recevrais, que je le veuille ou non !

« Tu aurais dû le me dire avant, lui dis-je, j’aurais certainement agi autrement. »

Ma camarade du PIMMS, qui a aussi une grande habitude des cas difficiles, me contredit : « Il vaut mieux qu’elle ne t’ait rien dit avant ; tu aurais persisté dans ton refus et tu aurais pris des risques. Il est vraiment bizarre, ce type. »

Ce n’est pas faux.

J’ai conservé mon calme et joué la prudence. Ma foi, je suis contente de moi.

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commentaires

Gaëlle 08/03/2016 10:39

Attention, vous citez le nom de la ville!

Christine Atger 08/03/2016 11:01

Merci Gaëlle pour votre intérêt et votre sollicitude.
Je cite le nom d'une ville, certes, mais ce n'est justement pas du tout celle où je travaille (sinon, il n'y aurait eu aucun problème pour recevoir ce monsieur).
En voilà une éliminée, il n'en reste que 35 999 environ en lice pour deviner où ça s'est passé ! ;-)

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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