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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 21:58

CAF.jpgM. M. est un homme sans histoires : retraité mais avec un petit travail complémentaire, il mène une vie tranquille avec son épouse et ses enfants. Il n’a pas de gros revenus, ce qui l’empêche de retourner aussi souvent qu’il le voudrait en vacances dans son pays d’origine.

 

La CAF lui demande le remboursement d’allocations logement et de rentrée scolaire qu’il aurait indûment perçues. Motif invoqué : un rapport d’enquête a statué à des ressources incontrôlables depuis 2006 et à un départ à l’étranger. Il faut noter qu’il n’a eu ces explications que parce qu’il s’est déplacé pour les demander.

 

Il ne comprend pas : il a toujours déclaré ses ressources en temps et en heure et, quoi qu’il en soit, la CAF peut vérifier aisément puisqu’elle a accès aux informations des services fiscaux. Compte tenu de la nature de ses revenus : une pension de retraite et un salaire de complément, il est impossible de tricher.

De plus, depuis 2006, il n’a séjourné que trois fois trois semaines dans son pays d’origine.

 

Nous écrivons donc un courrier de réclamation en fournissant la copie de toutes les pages de son passeport pour montrer les dates d’entrée et sortie du territoire. Heureusement pour lui, il n’en a pas changé entretemps.

 

Le temps passe, il m’informe régulièrement de la non-résolution de cette histoire. Je ne sais plus quoi penser et le dirige vers le médiateur de la CAF…

À ce jour, je n’en sais pas plus.

 

Mais, depuis, j’ai eu l’occasion d’en savoir plus sur sa vie… Je ne suis pas sûre qu’il soit tout à fait irréprochable !

 

Néanmoins, c’est un principe chez moi : je fais d’abord confiance à la personne qui est en face de moi, sauf si je m’aperçois qu’elle ment ou triche délibérément.

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 21:54

Ondes.jpgIl me semble reconnaître ce monsieur, arrivé une heure avant celle de son rendez-vous, qui traîne à rassembler ses affaires et marche avec une canne.

 

Il s’excuse de m’emmerder – je proteste pour la forme, mais il ne m’écoute pas.

 

J’arrive à savoir où il habite, pour mes statistiques, et lui demande ce que je peux faire pour lui.

 

« On m’attaque avec un portable. »

Et il fait comme s’il tapait sur un clavier.

« Pardon ?

— C’est mon voisin – signe au-dessus de sa tête – il arrête pas de m’emmerder, il veut que je parte de l’appartement. Il m’attaque avec un portable et… comment ça s’appelle ? »

 

Je suis perplexe…

 

« Mais, qu’est-ce qui vous arrive ? Qu’est-ce que ça vous fait ? Ça fait du bruit ?

— Non, ça me brûle. »

 

Et il se passe les mains sur la poitrine en grimaçant.

 

Oh là là…

 

Je cherche dans mes anciens fichiers et retrouve deux de ses précédents courriers au service de médiation pour se plaindre de ses voisins qui le harcèlent. Mais la dernière fois, c’était la porte d’entrée qu’ils claquaient « pour l’emmerder ».

 

« Qu’est-ce que vous voulez faire, monsieur ?

— Écrire pour avoir un avocat… au ministre du Logement… J’ai vu hier l’assistance…

— Vous avez vu qui hier ? L’assistante sociale ? Qu’est-ce qu’elle vous a dit ? Elle vous a fait un mot pour moi ?

— Elle m’a dit qu’elle avait pas de logement. »

 

Vite, je me raccroche à ça.

 

« Vous voulez écrire à votre bailleur pour changer de logement ?

— Heu… oui.

— C’est qui, votre bailleur ? Vous avez une quittance de loyer ? »

 

Il plonge dans ses sacs et en sort un courrier du Logement francilien.

 

Il soupire :

« Je trouve pas la quittance, peut-être l’assistance elle a tout gardé…

— Ne cherchez plus, ça me suffit. Je sais qui est votre bailleur. »

 

Et j’écris une demande de mutation de logement.

 

Il continue de réfléchir :

« On m’attaque avec un portable et Internet, voilà, c’est ça !

— Aaah, c’est avec Internet ! »

 

Il semble satisfait que j’aie l’air de me rendre compte de la gravité de l’agression.

 

Je finis le courrier, sans m’étendre sur les attaques.

Il repart content.

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10 mars 2013 7 10 /03 /mars /2013 21:48

emploi-choisi.jpgMme E. est une jeune personne que je plaçais dans la catégorie « écervelée » vu les ennuis dans lesquels elle se fourvoyait régulièrement. Charge à moi de rédiger des demandes de remise gracieuse de dette ou de paiement échelonné.

 

Aujourd’hui, elle veut déposer un recours contre un ajournement de naturalisation pour précarité de sa situation professionnelle.

 

J’apprends que sa situation s’est arrangée : elle a passé et obtenu le diplôme d’aide-soignante (j’avais fait sa lettre de motivation pour se présenter au concours d’entrée à l’IFSI). Depuis, elle travaille en intérim et gagne très bien sa vie.

 

Or, pour les services préfectoraux qui ont examiné sa demande de naturalisation, l’intérim est une situation précaire qui justifie un ajournement.

 

Mme E. est scandalisée : depuis qu’elle a eu son diplôme, elle n’a jamais eu un jour sans travail. Elle a refusé plusieurs CDI pour pouvoir rester en intérim car elle a calculé qu’elle gagnait beaucoup plus que ses collègues embauchées.

 

Dans le courrier au préfet, elle raconte qu’à son exemple, d’autres aides-soignantes de sa connaissance allaient aussi opter pour ce type de contrat plus rémunérateur.

 

Elle précise aussi que certains établissements n’acceptent d’embaucher en CDI que des Français « pour ne pas confier la vie de leurs pensionnaires à n’importe qui ».

 

Vu comme ça, on comprend son choix… La préfecture aussi ?

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28 février 2013 4 28 /02 /février /2013 21:43

emploi chomage

 

Mme M. apporte quatre offres d’emploi extraites du fichier de Pôle emploi et transmises par l’association d’insertion qui la suit, dans le cadre de son droit au RSA. Elle vient me voir pour y répondre.

 

Pour deux d’entre elles, le contact avec l’employeur ne peut se faire que par téléphone.

Je lui explique que je peux l’aider pour écrire mais pas pour téléphoner et qu’elle doit demander à l’association.

 

Je lui fais aussi remarquer le lieu de travail indiqué : au nord du département ou dans le département voisin.

Le lui a-t-on dit ? Sait-elle comment elle peut s’y rendre ?

Réponse négative à chaque question.

 

Sur les quatre annonces, deux proposent des places d’aide de cuisine.

L’une accepte les débutants à condition de connaître la cuisine turque. Or Mme M. est algérienne et n’a jamais préparé de plats turcs.

L’autre exige deux années d’expérience. Mme M. n’a jamais travaillé en cuisine. Ça ne va pas aller…

 

Une seule offre semble adaptée à son profil. Je l’examine pour préparer la lettre de candidature.

Il s’agit d’entretenir un laboratoire, faire la vaisselle et nettoyer les outils et les locaux. En regardant mieux, je m’aperçois que le laboratoire en question est celui d’une charcuterie et je jurerais que Mme M. est de confession musulmane. Je ne fais aucune remarque et rédige le courrier, tant bien que mal, comme toujours dans ces conditions.

 

Pour finir, j’explique encore une fois à Mme M. tous les points qui me paraissent problématiques pour elle et que j’entoure au surligneur sur les annonces. Je la renvoie à l’association pour qu’elle soit prise correctement en charge.

 

Je suis plutôt énervée.

 

Hélas ! Mme M. revient ensuite à plusieurs reprises, pour le même type de demande à laquelle il m’est impossible de répondre.

 

Mais comment et par qui est-elle suivie ?

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 21:36

Coeur-balance.jpgMme B. ne m’est pas sympathique : attitude fermée, un peu revendicative. Je crois qu’elle n’est pas bien dans sa peau ni dans sa vie. Son fils aîné, âgé d’une quinzaine d’années, est autiste et placé en IME. Je comprends que cela soit difficile pour elle.

 

Mais cela n’excuse pas les propos racistes qu’elle vient de proférer quand elle a cru qu’un monsieur, noir, allait lui passer devant !

 

Elle vient de temps en temps pour des courriers administratifs concernant le placement, ou bien pour des problèmes de sa vie quotidienne.

 

Cette fois, elle veut écrire au directeur de l’IME pour demander que son fils rentre maintenant chez elle tous les week-ends, au lieu d’une fois toutes les deux semaines comme cela se faisait jusqu’alors.

 

Très bien.

Je commence la lettre et, tout en écrivant, je me dis que c’est bien, qu’ils seront sûrement contents tous les deux de se voir plus, ainsi que le reste de la famille…

 

Et pendant que je tape, elle continue de parler…

« Maintenant qu’il vient plus tous les week-ends, je touche moins de la CAF, c’est pour ça que je demande qu’il rentre toutes les semaines… ».

 

Ah ?

Bon !

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1 février 2013 5 01 /02 /février /2013 19:05

 

Mon activité peut se définir ainsi : j'écris, je réécris, je fais écrire.

 

Je suis donc aussi animatrice d'ateliers d'écriture.

 

Dans ce cadre, j'ai ouvert dans ma ville, Vaux-le-Pénil, depuis septembre dernier, un "club de journalistes juniors".

 

 

Voici la une du premier numéro de leur journal, Le Jeunivoix. Les quatre journalistes en sont fiers, moi, je suis fière d'eux !

 

Jeunivoxois1-couv.jpg

 

Le journal entier est à télécharger en suivant ce lien.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 11:14

miroir.jpgMme C. veut démissionner de son poste d’agent d’entretien, mais pas avant fin décembre.

 

Comme elle a d’abord discuté avec l’agent d’accueil du centre social qui semblait informée de la situation, je ne l’ai pas interrogée pour savoir si elle était sûre d’elle. Je suppose qu’elles en ont déjà parlé et fait le tour de la question.

 

Nous sommes en août, je prépare le courrier que je date du 20 novembre. Je lui explique de ne pas l’envoyer avant.

 

Puis je lui tends la lettre et lui demande de la signer.


Elle a un temps d’arrêt puis se recule un peu : « Je vais faire signer ma sœur. »

Je regarde le nom sur le contrat : « Comment ça, ce n’est pas pour vous ?

— Si, mais je travaille avec les papiers de ma sœur. C’est pour ça que je veux arrêter. C’est elle qui signera.

— C’est compliqué votre histoire… Comme vous voulez… Qui a signé le contrat, votre sœur ? »

 

Oui, c’est bien la sœur qui a signé.

Je ne cherche pas plus loin, tout à fait consciente de l’existence de ce phénomène.

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 11:08

lunettescassees.jpgJ’ai vu Mme O. l’année dernière en mai. Divorcée depuis 2006, elle ne dispose que d’une copie non signée du jugement de divorce. Dans ses démarches administratives, on exige l’original que personne ne lui a fourni ; elle ne l’a pas réclamé, car elle ignorait tout de l’importance de ce document.


Elle finit par demander une copie au tribunal de grande instance qui lui répond qu’il a tout fourni à son avocat et ne peut rien pour elle.


Elle prend donc rendez-vous en mars 2011 avec l’avocat qui lui promet qu’il va lui communiquer le jugement dans les deux semaines. En mai, comme elle n’a pas reçu le document, je lui écris un courrier recommandé de relance.


En juin, n’ayant toujours rien, ni jugement, ni même réponse, elle saisit le bâtonnier de l’ordre qui lui répond en septembre, en lui demandant les références de son dossier d’aide juridictionnelle pour… lui désigner un autre avocat.


Monsieur le bâtonnier a-t-il lu le courrier ?


Elle met du temps à réagir, car elle se sent très désemparée. Aujourd’hui, je refais un courrier au bâtonnier en lui indiquant explicitement qu’elle n'a pas besoin d'un autre avocat, mais de son jugement.


Allez, croisons les doigts : quelqu’un doit savoir lire, au barreau du département !

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 11:01

Grr.jpgM. B est un chibani au visage quelque peu abîmé, ne parlant pas bien le français.

 

À peine assis, il sort ses documents : deux articles de journal, un jugement, et divers justificatifs de versement de pensions…

Que veut-il ?

 

Je finis par comprendre, en décryptant ce qu’il me dit et en lisant en diagonale les papiers devant moi, qu’en 1975, il a été blessé dans l’incendie d’une maison qu’il occupait avec d’autres compatriotes.

Il y a eu des procédures judiciaires et il a été indemnisé.

 

Aujourd’hui, il estime qu’il n’a pas touché assez et veut écrire… ben… au gouvernement pour réclamer plus.

 

Je lui explique que, telle que se présente l’affaire, je ne peux rien faire. Mais, peut-être pourrait-il consulter un conseiller juridique, ou encore l’association d’aide aux victimes ?

 

« J’y suis allé l’autre jour, j’ai vu les deux, ils m’ont dit qu’ils pouvaient rien faire.

- Si les spécialistes du droit ne peuvent rien faire, alors moi encore moins, monsieur. »

 

Je répète la même chose, j’essaie d’expliquer les notions de prescription et d’affaire jugée définitivement, mais il ne veut rien entendre.


« Personne veut m’aider parce que je suis Arabe et musulman. »

 

Oooh, ça, ça a le don de m’énerver !


Je lui rétorque qu’il serait Chinois ou Martien, les lois sont ce qu’elles sont et qu’elles ne changeront pas pour lui.

 

« Je dis pas que c’est toi qui penses ça.

- Ni moi, ni personne ! »

 

Et je le raccompagne vers la sortie.

Zut alors !

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 10:53

tradition.jpgMme N. est un joli petit bout de femme : vive dans ses paroles comme dans ses gestes, elle sait exactement ce qu’elle veut.

 

Venue la première fois pour divers courriers administratifs, elle m’apprend qu’elle est en train de changer de travail. Cuisinière dans la gendarmerie nationale, elle demande une reconversion comme chauffeur de bus. J’ai du mal à l’imaginer au volant d’un gros bahut, mais elle a réussi et cherche maintenant du travail dans ce domaine.

(Enfin… pour l’instant, elle est enceinte, je pense qu’elle attendra encore un peu…)

 

Puis je la vois pour demander une dérogation à la mairie pour que son fils aille dans une école plus pratique pour elle. Je comprends alors qu’elle est divorcée.

 

Elle me raconte ses déboires avec son ex-mari : il ne voulait pas payer la pension, se montrait violent, envahissant, inquisiteur même.

 

Tout semble s’être arrangé : il n’est pas devenu très compréhensif, mais… il a été remis à sa place par le conseil des sages de leur communauté (elle est d’origine africaine).

 

Elle me raconte que leur influence est énorme, même ici, à l’étranger. Le village est reconstitué au milieu des HLM.

 

Si cela est parfois bénéfique, comme dans son litige avec le père de son enfant, c’est aussi un poids, voire un boulet dans la vie quotidienne. Elle ne se sent pas libre de faire ce qu’elle veut, sait qu’elle est toujours observée, épiée, et qu’elle sera en butte aux reproches si un de ses actes déplaît. D’autant plus qu’elle est une femme !

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


journal.jpg

 

J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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