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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 18:04

 

Je veux rendre hommage à J., agent d’accueil d’un des centres sociaux où j’interviens. En poste depuis une vingtaine d’années, elle a vu passer plusieurs directeurs et de nombreux animateurs. Elle est restée.

rose

Elle appelle tous les habitués de la structure par leur nom, voire par leur prénom. Elle sait qui fait quoi, qui est qui : celui qui n’a pas de chance et se trouve dans le malheur et celui qui ne fait rien pour s’en sortir.

Elle connaît les rouages de la ville : les administrations, les associations, les organismes utiles… Elle est capable de renseigner sur de nombreux sujets qui ne dépendent pas du centre social.

 

J. n’a pas son pareil pour calmer un conflit naissant dans la bousculade des usagers venant me consulter. « Ecoutez, le rideau était fermé, moi je n’ai pas pu voir dans quel ordre vous êtes arrivés pour attendre à la porte. Vous êtes des adultes responsables, vous devez bien savoir après qui vous devez passer. » Et ça marche ! Et si l’un se plaint, elle trouve les mots pour l’apaiser, ou l’envoyer gentiment balader, au besoin.

 

Elle houspille les écoliers venant pour l’aide aux devoirs : « Bonjour ! », leur lance-t-elle et ils répondent tous : « Bonjour J. ! ». Ils ont retenu sa leçon.

 

Pour l’un qui n’a qu’un téléphone portable, elle appelle Pôle Emploi pour prendre un rendez-vous. Pour celle-ci qui ne parle pas bien le français, elle téléphone au centre des impôts et obtient un délai de paiement et un dégrèvement partiel de l’amende infligée à sa fille, adolescente, qui a fraudé dans le bus.

D’ailleurs, J. ne laisse pas passer l’affaire. Quand elle voit la jeune fille, elle la sermonne vertement, soulignant le courage de sa mère qui se tue à la tâche pour l’élever et son ingratitude à elle qui se comporte comme une écervelée. « Tu lui demanderas pardon, à ta mère. » Et J. peut vérifier ensuite que la demoiselle a agi ainsi.

 

D’une humeur toujours enjouée, J. est l’âme et le pilier du centre social qui est devenu, en grande partie grâce à elle, un repère indispensable du quartier.

 

Merci à toutes les J. ! Travailler avec elles est pour moi source de sérénité.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 10:02

sorciere.jpgM. O. !

Comme d’habitude, c’est le premier à m’attendre. Que veut-il cette fois ?

 

… Je vous jure que tout est vrai !

 

Il veut écrire à son fils, mais pas celui qui est en prison, celui qui est resté proche de sa mère. Il commence à dicter, tout en sortant des documents jaunis d’une pochette. Je transforme bien sûr le tout en français correct au fur et à mesure.

 

« Mon fils, je te demande de lire très attentivement les documents que je te joins et de les comprendre. Il y a plus de dix-sept ans qu’on ne s’est pas vus alors que je suis vieux et malade et que c’est moi qui t’ai élevé… »

 

Bon, ça ressemble à la lettre d’un vieux monsieur qui, voyant la fin de sa vie arriver, souhaite se réconcilier avec son enfant…

Je suis d’une naïveté !...

 

« Tout petits, ton frère et toi, ta mère vous a abandonnés. Alors je ne comprends pas pourquoi tu ne viens plus nous voir, moi et ton frère… »

 

Ces plaintes ne me semblent pas la meilleure façon d’arriver à une réconciliation, mais bon…

 

« La faute à qui ? À toi ou à ta mère ? De toute façon, vous êtes tous les deux pareils, pour moi, vous êtes des pourritures et ta mère, une sorcière. »

 

« Vous n’allez pas dire ça à votre fils ?!

- Ben si, je suis malade, il vient pas me voir…

- C’est sûr qu’avec ça, il aura encore moins envie de venir !

- Et vous ajoutez : Je te demande, n’oublie pas : tu dois changer de nom et de prénom, pour moi, tu n’es plus mon fils !

 

- Comment ça, changer de nom ? On ne change pas de nom comme ça.

- Ah si, c’est plus mon fils, je veux plus qu’il porte mon nom.

- Mais vous ne pouvez pas l’obliger à changer de nom !

- Si, à Paris, on peut. Et vous lui dites que dans deux mois, j’irai chercher un acte de naissance et que s’il l’a pas fait, je le brûlerai.

- Vous brûlerez qui ?

- Lui !

- Mais ça va pas ? »

 

Je croise les bras et le fixe.

« Je n’écris pas tout ça.

- Pourquoi ?

- Parce que je n’écris pas des lettres d’insultes. Pourriture et sorcière, ce sont des insultes ; on ne dit pas ça à son fils.

- Vous risquez rien, c’est moi qui signe.

- Non, j’ai une éthique professionnelle et je ne peux pas écrire des choses comme ça.

- Bon, alors je vais aller à la mairie, qu’on me dise où trouver un autre écrivain public parce que vous voulez pas me faire la lettre.

- Attention, vous direz bien quel genre de lettre je ne veux pas faire, parce que moi aussi, je peux m’expliquer.

- Oui oui, je suis franc, je dirai pourquoi.

- …

- Alors vous voulez pas écrire ?

- Pas des insultes…

- …

- J’enlève la pourriture et la sorcière ?

- Bon d’accord, mais vous lui dites de changer de nom. Et que s’il le fait pas, je réponds plus de rien.

- Mais enfin, M. O., même s’il le demande, ce ne sera jamais fait en deux mois. On est en France, un changement de nom, ce n’est pas rien ! »

 

Et là, délire total : À son âge, il sait des choses, moi, je pourrais être sa petite-fille, je ne sais rien ! La France, la France, elle a bien changé ! Il a mangé avec des présidents de la République qui lui ont dit que oui, un père pouvait faire changer le nom de ses enfants. C’était Mitterrand, même, et il lui a aussi dit que la France, c’était une poubelle.

 

Éclat de rire de ma part !

« Si, c’est vrai !

- Bien sûr, M. O… Qu’est-ce que vous voulez dire d’autre ?

- Ben, qu’il doit changer de nom le plus vite possible. Le reste, vous voulez pas l’écrire.

- Ben non. »

 

Je finis ce courrier ahurissant.

 

En partant, il me déclare :

« La nuit, je dors mal quand je pense à vous.

- Eh bien vous avez tort de ne pas dormir à cause de moi.

- Je dors mal parce que je me suis fait engueuler. »

ruedelapaix.jpg

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 09:53

A.jpgMme R.Y. est un jeune conducteur. En juin dernier, elle a été verbalisée pour ne pas avoir apposé le A réglementaire à l’arrière de son véhicule. Piteuse, elle achète immédiatement un timbre-amende de 22 € et dépose le volet de paiement à l’adresse indiquée, soit l’hôtel de police de la ville.

 

Quelques semaines plus tard, elle reçoit un avis d’amendes et condamnations pécuniaires à la suite d’un jugement de l’officier du ministère public ; elle doit une amende majorée de 75 €. Sur les conseils de la trésorerie des amendes, elle envoie l’original du volet « justificatif de paiement » à cette instance.

 

Début janvier, elle reçoit un avis d’huissier lui réclamant la même somme augmentée de frais divers. Heureusement, elle a gardé une copie de ces justificatifs qu’elle fournit à l’huissier. Elle me demande d’écrire un courrier explicatif pour l’officier du ministère public : historique et envoi de la copie du justificatif.

Je commence à lui parler d’un recours possible au médiateur de la République.

 

Début février, le ministère public lui répond : il ne peut pas étudier son dossier car il manque… le justificatif de paiement.

Courrier réclamant un justificatif à l’hôtel de police qui, à ce jour, n’a pas répondu. Quand elle s’y est rendue peu après, on lui a conseillé… d’écrire, ainsi qu’à l’officier du ministère public, tout en sous-entendant que rien ne prouvait qu’elle avait bien déposé le paiement chez eux.

Entretemps, elle est retournée à la trésorerie des amendes qui l’a renvoyée… à l’officier du ministère public ; on lui a aussi dit qu’il faudrait qu’elle paie.

 

Vraiment, on tourne en rond !

Elle risque de dépenser plus en courriers recommandés que si elle avait payé d’emblée ce qu’on lui réclamait à tort.

 

Mme R.Y. est désespérée, elle n’en dort plus. Quand j’évoque le médiateur de la République, elle m’apprend qu’elle a un rendez-vous pour la semaine prochaine. Je suis soulagée car je crois qu’il n’y a plus que lui qui puisse rompre le cercle vicieux qui s’est mis en place.

 

Je la croise quelques semaines plus tard ; elle s’exclame : « Bonjour madame, et merci ! ». Elle me raconte qu’elle a réussi à obtenir un justificatif d’achat du timbre amende à la trésorerie. Elle a eu la chance, cette fois, de voir la personne qui le lui avait vendu ; devant ses supplications et ses larmes (quand même !), celle-ci a accepté de rechercher son dossier déjà archivé. Mme R.Y. a produit le document et l’affaire a été classée. Cela lui a pris neuf mois et de nombreux recommandés… pour 22 €.

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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 21:11

zenMme P. est une grande et belle dame, avec une très légère pointe d’accent étranger. Elle est sophrologue et veut annoncer l’ouverture de son cabinet par un communiqué de presse qu’elle me demande de rédiger.


Je la reçois au cabinet fin novembre. Elle m’explique cette discipline de façon très pédagogique, diaporama sous PowerPoint à l’appui. Je prends des notes et nous convenons d’une date pour lui soumettre un projet de communiqué.

Au jour dit, je lui envoie le document par courrier électronique avec un petit mot d’accompagnement lui demandant son avis.

 

Une semaine passe, rien… une autre semaine, toujours rien… Je saisis mon téléphone et l’appelle : oui, elle a bien reçu mon message mais n’a pas encore eu le temps de regarder ce que j’avais écrit. Hypocritement, je m’exclame que je suis rassurée de savoir que le courriel ne s’est pas égaré.

 

Le temps passe, toujours aucune réaction de Mme P. Avec ma tendance naturelle à la paranoïa, je commence à imaginer le pire : elle a profité de moi, elle va faire la morte, je me suis fait avoir, et patabli et patabla… Je me console en songeant que je n’avais pas passé beaucoup de temps à faire ce travail.

 

La fin de l’année approche et je veux terminer ma facturation. Mais qu’est-ce que je fais pour le cas P. ?


Me remémorant une histoire racontée par ma « grande sœur », écrivain public installée depuis… une éternité, au moins, je décide de chasser ma méfiance instinctive. J’appelle une autre fois Mme P. et laisse un message : « N’ayant pas de nouvelles de votre part concernant le projet de communiqué de presse que je vous ai envoyé le …, je considère que vous en êtes satisfaite. Je vais donc vous envoyer ma facture. » J’écris un courriel reprenant l’historique plus détaillé, avec la facture en format PDF, que je poste également. Et je croise les doigts.

 

Quelques jours plus tard, je peux les décroiser : au courrier, un chèque de règlement, avec un petit mot de remerciement.

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20 avril 2011 3 20 /04 /avril /2011 15:18

arabe.jpgC’est presque la question que m’a posée M. K., réfugié irakien arrivé en France en cours d’année, avec son épouse, leurs deux enfants, et ses parents âgés. En fait, il m’a plutôt demandé si je parlais anglais car lui ne connaissait que cette langue, ou alors l’arabe…

Vu mon niveau en arabe, il vaut mieux essayer l’anglais !

 

Pour la première consultation, il s’agissait de remplir une demande de logement social. Il avait étalé de nombreux documents sur le bureau, je pouvais donc lui désigner ceux qu’il faudrait produire.

Usant de périphrases pour poser les questions, j’arrive à comprendre qu’il cherche un appartement assez grand pour toute sa famille, parents compris, et que sa mère, handicapée, a besoin d’installations particulières.

Ouf, le dossier est rempli ; je passe le relais aux employés du service logement de la mairie.

 

Quelques semaines plus tard, M. K. revient pour remplir un dossier de DALO (droit au logement opposable). Déjà, je n’aime pas trop cet exercice car je trouve que le document, certainement conçu à la va-vite, n’est pas clair. Mais là, pour le remplir, si je dois mener l’entretien en anglais !... C’est au-delà de mes compétences. Comment dit-on « dossier de demande de logement » ? et « Votre logement est-il insalubre ? » ou bien « Êtes-vous suivi par les services sociaux ? »

 

Naïvement, je demande à l’accueil du centre administratif s’il existe quelqu’un pouvant assurer la traduction : bien sûr que non !

 

Alors, j’explique à M. K. que c’est trop compliqué dans ces conditions et qu’il doit revenir avec un traducteur. Qu’à cela ne tienne ! Il retourne dans la salle d’attente, avise un homme qui patiente et s’adresse à lui en arabe ; l’homme répond et accepte de jouer ce rôle.

 

Moment toujours délicat où je m’adresse à mon interlocuteur par personne interposée : à qui dois-je parler ? Qui dois-je regarder ?

 

Je remarque que même ce monsieur, dont l’arabe est pourtant la langue maternelle, ne connaît, pas plus que moi en anglais, les mots pour dire « assistante sociale » ou « dossier ». Il les dit sans hésitation en français, noyés dans le reste en arabe.

 

Eh bien, nous y sommes arrivés, enfin, surtout moi !

Je conseille fermement à M. K. de toujours venir accompagné d’un traducteur.

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10 avril 2011 7 10 /04 /avril /2011 15:11

sac-de-noeud-x.jpg

 

Mme C. est envoyée par une assistante sociale de la MDS (maison départementale des solidarités) pour « écrire une lettre à sa chef ». Puis elle me parle d’une facture d’EDF de plus de 600 € qu’elle ne peut pas payer, mais que, de toute façon, c’est la facture du voisin.

 

Holà, qu’est-ce que c’est que ça ?

 

Elle m’explique qu’en début d’année, son voisin a changé de fournisseur d’énergie pour revenir chez EDF ; à partir de ce moment, elle recevait ses factures à lui et vice versa. Il a fallu plusieurs mois à EDF pour venir constater l’interversion des contrats. Ayant choisi la mensualisation, elle a maintenant reçu un échéancier et s’y conforme.

 

Et elle m’affirme que la mise en demeure qu’elle a reçue en octobre est toujours une erreur, qu’un technicien EDF le lui a bien confirmé.

 

Malgré cette confusion, elle est restée dans l’idée qu’elle devait payer ; n’en ayant pas les moyens, elle a demandé une aide financière à l’assistante sociale, aide qui a été refusée par le conseil général. Ainsi, l’assistante sociale me l’adresse pour écrire un recours à cette instance.

 

« Mais, vous avez expliqué à l’assistante sociale cette histoire d’erreur et d’interversion de factures ?

- Oui, oui.

- Et elle n’a pas cherché à arranger l’affaire avec EDF ?

- Non, elle m’a fait une demande d’aide.

- Je ne comprends vraiment pas… Enfin, je ne suis pas assistante sociale, je ne sais pas pourquoi elle a fait ça... En tant qu’écrivain public, je pense qu’il faut régler le problème avec EDF, pour que l’erreur soit corrigée une fois pour toutes.

- Oui, parce que moi, je travaille pas, je peux pas payer…

- Mais vous gagneriez 5 000 € par mois, ce ne serait pas à vous de payer la facture du voisin !

- Il m’a dit qu’il paierait pas…

- Ça, c’est le problème d’EDF. Ce qu’il ne faut pas, c’est que ce soit vous qui payiez. »

 

J’ai dû être convaincante car, à présent, elle se demande aussi pourquoi l’assistante sociale a agi ainsi.

Je rédige un courrier expliquant le quiproquo et demandant une rectification définitive et l’arrêt des poursuites, et lui conseille vivement d’envoyer en recommandé.

 

Puis j’établis avec elle un « plan de bataille » au cas où elle n’aurait pas de réponse, ou recevrait une autre menace : elle reviendra me voir et écrira au médiateur de l’énergie dont je viens d’apprendre l’existence.

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:03

denonciationM. T. est un client relativement récent. Dès la première fois qu’il m’a contactée, j’ai trouvé qu’il avait une façon bizarre de penser.

 

Il voulait intervenir auprès du dirigeant, qu’il ne connaissait que par personne interposée, de la société où travaillait la « future ex-femme-de-sa-vie », pour lui faire bénéficier, à elle, d’une formation qui lui avait été refusée. Il s’agissait pour lui de montrer à cette dame, avec qui il était en froid, qu’il tenait ses promesses et avait fait jouer ses relations en sa faveur, et peut-être de la reconquérir.

 

Il fallait faire passer tout cela dans le courrier : à la fois marcher sur des œufs car la démarche était plutôt cocasse, voire déplacée, insister sur l’avantage pour l’entreprise d’avoir une employée mieux formée et, de là, mieux dans sa peau, et sous-entendre que l’avenir de son couple était en jeu.

 

Il était satisfait de la lettre qui, à ma grande surprise, a atteint son but.

 

Il y a quelques jours, il me recontacte car il a encore besoin de moi. Il est hospitalisé, sous médicaments qui le perturbent quelque peu, ce qui entraîne de nombreux appels, ordres et contrordres et des explications embrouillées. Quand je le rencontre pour la dernière touche au courrier, il me confirme ce que j’avais cru comprendre : il faisait un faux pour obtenir la copropriété d’un bien qu’il avait offert à sa « future ex-compagne »… mais pas la même que la fois précédente. J’étais très engagée dans ce travail, je l’ai effectué jusqu’au bout, tout en ne me sentant pas très à l’aise dans mes chaussures. « Vraiment, me disais-je, quel tordu ! »

 

En début de semaine, il me téléphone, toujours de l’hôpital. Là, je suis plus attentive et sur le qui-vive. Il m’explique que ce qu’il escomptait avec la dernière lettre s’est mal déroulé et qu’il veut régler ses comptes avant de partir à l’étranger, qu’il connaît bien les agissements de la personne en question et qu’il va faire un courrier… Il a d’ailleurs rédigé un brouillon qu’il m’envoie par la Poste.

 

Ding ding ! Mon alarme résonne et j’attends cette missive avec inquiétude. Inquiétude confirmée hier quand je lis le brouillon en diagonale : il s’agit ni plus ni moins d’une dénonciation aux services fiscaux.

 

Aujourd’hui, j’ai respiré un grand coup avant d’empoigner mon téléphone :

 

« Monsieur T, j’ai bien reçu votre brouillon, mais je ne ferai pas ce courrier.

- Ah bon ?

- Non, je ne fais pas de lettre de dénonciation, je ne peux pas faire ça.

- Vous ne pouvez pas ? Bon, je vais me débrouiller et la faire manuscrite alors.

- Je vous retourne vos documents chez vous.

- Oui, d’accord.

- Au revoir monsieur. »

 

Le reverrai-je ?

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22 mars 2011 2 22 /03 /mars /2011 19:46

À peine suis-je arrivée ce matin au centre administratif que Zahia, une dame de l’accueil, frappe à la porte du bureau.

« Tu as appris ce qui s’est passé hier matin aux T. ? La mairie a été brûlée ! Un groupe de jeunes cagoulés est entré, a tout aspergé d’essence et a mis le feu.

- Ah bon ? C’étaient Jeanne et Marlyse, les agents ?

- Oui, ils les ont fait sortir avec les usagers, mais Marlyse a été légèrement aspergée sur le bras. 

- Oh la la ! Au-dessus, il y a la médiathèque, la MIVE à côté !...

- Je voulais te prévenir parce que demain, tu avais une permanence là-bas… Tu n’étais pas au courant ? C’est passé hier soir à la télé… »


feu.jpg

Non, je n’étais pas au courant.

Mais je sais que ça bouge fort dans cette grande ville essonnienne. Il y a quelques semaines, des ouvriers se sont activés au centre administratif et ont posé des systèmes d’accès à badge dans tout le bâtiment, excepté, tout de même, le hall où se trouvent les guichets uniques.

J’ai appris que cela faisait suite à une invasion de jeunes les jours précédents, venus revendiquer la concrétisation des promesses d’emplois que le maire leur aurait faites avant les dernières énièmes élections municipales.

 

Hier, il semble bien, malgré les dénégations du maire interrogé par les médias, que les motifs des agresseurs étaient les mêmes. Des rumeurs circulent : ils ne font que commencer !

Les responsables de la sécurité de la ville sont inquiets et craignent la contagion à d’autres quartiers.

 

Déjà, il y a quelques années, je n’avais plus assuré une permanence dans un autre quartier, car la mairie avait été détruite par un cocktail Molotov, mais c’était pendant la nuit. À présent, c’est en plein jour, avec le risque de faire des victimes.

 

Zahia m’a avoué qu’elle et ses collègues ont peur car elles seraient aux premières loges en cas d’attaque, et sont prêtes à s’enfuir à la moindre alerte, gardant leur sac tout près d’elles.

 

Je ne suis pas d’un naturel craintif, mais j’ai quand même vérifié que mon bureau, un peu excentré, possède une fenêtre dont la hauteur par rapport au trottoir me permettra de sauter sans trop de risques en cas d’urgence. Je verrai si je peux emporter mon sac ! Je n’aurai en tout cas pas le temps d’emballer mon matériel informatique qui passera alors en pertes et profits (je vais faire une sauvegarde intermédiaire, au cas où…).

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17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 18:52

vendanges.jpg

Vraiment, j’ai du mal à comprendre ce que me dit M. E. ! Cet homme d’une trentaine d’années parle certes français, mais très très vite, en avalant les mots déformés par son accent étranger.

 

Bon, il sort un formulaire de déclaration de surendettement, je vois déjà ce qu’il veut. Je le préviens immédiatement : je m’occuperai de la partie administrative et de la rédaction du courrier explicatif, mais pour la partie financière (budget, récapitulatif des dettes), il devra consulter une assistante sociale. Non seulement ce n’est pas de mon ressort, mais en plus, mon intolérance aux chiffres quasi pathologique pourrait s’avérer très dommageable pour lui.

 

J’indique donc son état civil, sa situation familiale et professionnelle et je m’attaque au courrier. Là, il faut que je comprenne ce qui lui est arrivé pour pouvoir l’expliquer à la commission de surendettement. Je me concentre, essaie de saisir quelques mots par-ci par-là… Quand je l’interromps pour le faire répéter, il reprend l’explication depuis le début… On n’en finira pas ! Vite, je reformule ce que j’ai compris et, peu à peu, je reconstitue les événements.

 

En 2002, M. E. était étudiant en France. Un homme de sa connaissance, ayant fait des « vendanges au noir », a été payé par un chèque de 7 200 €. Or il n’avait pas de compte et a demandé à M. E. de l’encaisser pour lui. Rien que le montant de la somme pour des vendanges aurait semblé louche à n’importe qui, sans parler du paiement par chèque pour un travail au noir ! Mais M. E. a répondu « Pas de problème ! » ; c’était un compatriote.

 

Il a déposé le chèque et a retiré 6 000 € en espèces qu’il a remis à l’homme ; celui-ci lui a royalement laissé le reste. Six mois plus tard, la banque a informé M. E. que le chèque était sans provision et qu’il devait rembourser. L’homme à qui il a rendu service a complètement disparu.

 

L’affaire traîne pendant quelques années, car, m’explique M. E., il n’a plus de titre de séjour valable. En 2009, quand sa situation est régularisée, la banque se manifeste et lui réclame à présent plus de 9 000 € car divers intérêts et frais de procédure se sont ajoutés. Il ne peut pas assumer le plan de remboursement qui lui est proposé, car, intérimaire, il n’a plus de missions et n’a pas encore droit aux allocations de chômage.

 

C’est pour cette raison que M. E. se déclare en surendettement et il espère tout bonnement une annulation de sa dette. J’arrive à lui faire entendre que la commission propose très rarement cette solution d’emblée, d’autant que son cas est… plutôt atypique dirons-nous. Je lui suggère de demander un moratoire le temps de retrouver du travail, et une diminution des mensualités de remboursement et c’est ce que j’écris dans le courrier.

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 18:40

M. C. est un grand gaillard qui zézaye d’une drôle de façon. La première fois que je le vois, il veut une lettre de motivation pour travailler à Air France comme bagagiste. « Tu comprends, c’est pratique pour les voyages ! » C’est un peu juste comme motivation ! J’arrive tant bien que mal à développer son intérêt pour la bonne marche du service convoité qu’il a pu constater pendant des périodes d’intérim.

 

Il n’en est pas à la première candidature dans cette entreprise et me montre la série de réponses types que lui a envoyées le service des ressources humaines.

 

Au fil des rencontres, il devient plus familier :

« Tu peux pas m’aider à trouver du boulot ?

- Ben non, je connais personne.

- Et sur Internet ?

- J’ai pas Internet ici.

- Alors chez toi ?

- Non non, je fais pas ça.

- C’est mieux sur Internet ?

- Ni mieux ni moins bien...

- C’est pas facile de trouver du boulot !

- C’est vrai...

- Toi t’es bien ici, à la mairie, c’est un bon boulot. »

 

Je lui explique alors que je ne fais pas partie du personnel communal, que je suis travailleur indépendant et que je dois trouver moi-même mes clients. Je ne suis pas sûre qu’il fasse bien la différence…

 

Une autre fois, il me demande de lui imprimer la même lettre de motivation en changeant la date : il en récupère ainsi cinq ou six, qu’il va envoyer une par une à un mois d’intervalle. « Comme ça, je viendrai plus t’embêter ! ».

 

Je lui conseille en riant de ne plus indiquer son nom au dos de l’enveloppe de peur qu’on le reconnaisse et que son courrier aboutisse directement dans la poubelle.

 

Il sort alors une énième réponse d’Air France :

« Ah, lui dis-je, c’est comme d’habitude !

- Oui, » répond-il avec un grand sourire en brandissant ses courriers tout frais, « et moi aussi, c’est comme d’habitude. »

avion.jpg

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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