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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 18:37

passeport.jpgMme E.H. veut déposer un recours contre un ajournement de deux ans de sa demande de naturalisation, qui correspond aux deux années où elle était en France en situation irrégulière. A priori, cela ne me semble pas anormal mais elle a consulté une juriste du CIDFF qui lui conseille ce recours. Je le comprends quand elle me raconte les péripéties administratives qu’elle a subies.

 

Elle s’est mariée au Maroc en 1998. Son mari, franco-marocain, n’était pas présent à la cérémonie mais avait donné une procuration à son frère qui le représentait. Puis il a demandé la transcription du mariage au service central d’état civil à Nantes. Cette transcription a été refusée par le procureur de la République car le mariage par procuration est interdit en France et donc aux ressortissants français ; s’est ensuivi alors une longue période de procédures judiciaires. Pendant ce temps, madame vivait au Maroc, d’abord seule puis avec leur petite fille.

 

L’audience était prévue en septembre 2002 ; madame est donc venue, enceinte, rejoindre son mari avec leur fille, pour y assister. Le TGI a validé le mariage, ils étaient donc soulagés. Mais le ministère public a aussitôt interjeté appel et les tracasseries ont continué.

 

Madame n’a pas eu le cœur de rentrer : elle était enceinte et avait beaucoup souffert de sa vie seule. Elle pleure en se remémorant la nuit où sa fille avait une forte fièvre : elle courait dans les rues désertes, paniquée, essayant de trouver de l’aide. Son visa expire sans qu’elle pense à faire régulariser sa situation en tant que mère d’enfants français.

 

Février 2004, la cour d’appel infirme la décision du TGI : ils ne sont plus mariés. Se rendant compte qu’elle est dans une situation délicate et n’espérant plus de miracle, elle se rapproche d’une association qui l’aide dans ses démarches de régularisation. Elle obtient un titre de séjour courant 2004. Dans le même temps, elle retourne au Maroc car, vu la situation, elle est obligée de divorcer là-bas.

 

Tous ces événements la font encore pleurer ; elle s’estime heureuse d’avoir un mari honnête et loyal car, pour divorcer, elle a dû signer une renonciation à tous ses droits sur ses enfants. Elle revient en France vivre avec son (ex-)mari mais ils n’ont plus aucun lien légal, ni pour la société française, ni pour la société marocaine et musulmane : c’est aussi excessivement difficile à vivre pour elle.

 

Enfin, au bout du délai légal après un divorce, ils peuvent se marier civilement en France : c’est une victoire ! Il paraît que tous les invités pleuraient dans la salle des mariages.

 

À présent, son objectif est d’obtenir la nationalité française, une sorte de revanche sur l’intransigeance des procureurs.

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17 février 2011 4 17 /02 /février /2011 12:43

promotion.jpgM. O. ! Je reconnais sa voix dans la salle d’attente et elle me crispe déjà. Vieux monsieur atrabilaire, il se plaint de tout et tout le monde est contre lui : « ils veulent pas » lui accorder ceci ou cela. Je me suis déjà fâchée plusieurs fois quand il n’acceptait pas d’entendre des arguments de bon sens – et je ne suis pas la seule puisque la jeune femme du centre social qui le suivait avant mon arrivée m’a avoué qu’elle l’avait aussi souvent secoué.

 

Mais, il revient toujours. Depuis quelque temps, je trouve pourtant qu’il s’est radouci. D’une part, il est malade et fait de nombreux séjours à l’hôpital ; d’autre part, son fils cadet, domicilié chez lui, est en prison et il en ressent une grande tristesse. Il aimerait lui rendre visite plus souvent, mais le trajet le fatigue car le centre de détention se trouve de l’autre côté de la région.

 

Aujourd’hui, il arrive avec un formulaire de demande de naturalisation. Son avocat lui a affirmé que c’était la seule solution pour lui d’obtenir gain de cause dans un nébuleux différend avec une administration. Il y a huit ans, il avait déposé une demande qui avait été rejetée – je n’ai pas encore compris pourquoi –, ce qui avait entraîné un recours judiciaire.

 

Il m’apporte la copie du formulaire qu’il avait déposé : je constate que tout est clair, malgré quelques petites erreurs, bien écrit en majuscules. Je lui demande qui a rempli ce dossier.

« C’est l’écrivain public de la mairie. Avant, y en avait un.

- Ah bon, je ne sais pas.

- Si, c’était un jeune. Mais il est parti, il est monté en grade. »

 

Il est monté en grade ! Je retourne cette phrase dans ma tête tout en écrivant, puis finis par éclater de rire.

« Vous vous moquez de moi ?

- Non monsieur, je ris de ce que vous m’avez dit, qu’il est monté en grade.

- Oui, c’est vrai. C’est sa mère qui me l’a dit, il fait autre chose maintenant. »

 

Monté en grade ! Je suis si fière de ce métier, de son utilité, de mon savoir-faire, de mon statut indépendant… Dire que certains estiment monter en grade quand ils ne l’exercent plus !

Je trouve que c’est, hélas, très significatif de l’image terne et floue de cette profession. Et cela montre tout le travail qu’il reste à accomplir aux associations professionnelles et au syndicat dont je fais partie.

 

Alors, chers confrères qui subissez ce genre de petites vexations, rejoignez les organisations existantes, pour que l’image de notre métier, quand elle existe, commence à changer.

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 10:42

« Bonjour madame. Asseyez-vous.

- Je voudrais juste une lettre pour annuler deux prélèvements d’EDF pour février et mars. La Poste m’a dit qu’il fallait écrire. Ils m’avaient dit que je paierais 50 € par mois et là j’ai vu que c’était 258 €, ça va pas… Je devais voir l’assistante sociale, mais je connaissais pas la ligne de bus…

- Vous avez votre facture EDF ? »

 

La facture montre un montant de 258 € à prélever le 8 du mois, nous sommes le 1er. Je lui fais remarquer que, le temps de recevoir la lettre, EDF n’aura pas le temps d’annuler l’opération programmée.

 

« Je vais envoyer un fax à la Poste.

- Vous voulez la payer quand, cette somme ? Est-ce que vous demandez à étaler le paiement ?

- Je vais voir l’assistante sociale pour ça demain, une copine va m’amener.

- Vous demandez l’annulation de ce prélèvement de 258 € mais vous m’avez parlé d’un deuxième ; qu’est-ce qui est prévu d’autre ?

- C’est au cas où ils feraient le prélèvement le mois suivant…

- Donc je demande d’annuler le prélèvement de février et de ne pas le reporter en mars ?

- Oui, c’est ça ! »

 

Je commence le courrier et examine la facture : j’ai bien l’adresse d’EDF, mais…

« Vous avez le numéro de fax ? parce que rien n’est indiqué là-dessus.

- Mais à la Poste, ils l’ont.

- Ils ont le numéro de fax d’EDF ?

- Non, le numéro de La Source.

- Aaaah ! Vous demandez à la Banque postale de ne pas payer le prochain prélèvement d’EDF ni celui de mars éventuellement ?

- Oui, merci madame. »

 

C'était pourtant évident !...

Eh ben ! J’ai compris ! Je peux donc terminer le courrier.


oreille

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 11:00

mere-fille.jpgMme B. est une habituée. Au début, je la trouvais un peu… nunuche mais, peu à peu, elle s’est décoincée, m’a fait confiance. J’en suis venue à l’apprécier quand elle a commencé à me confier, d’une manière assez drôle, les problèmes posés par la présence chez elle de sa mère, une personne âgée et malade. Elle n’en pouvait plus et, au prétexte que c’était pour son bien, l’envoyait le plus souvent possible en vacances au pays pour avoir, elle, un peu de répit.

 

S’est présenté le risque pour la vieille dame de rester trop longtemps à l’étranger et perdre ainsi le bénéfice de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, attribuée sous conditions de résidence en France. J’ai donc appris grâce à elle les exigences de la caisse de versement, que Mme B. suit à la lettre pour éviter que sa mère perde ses droits et se retrouve entièrement à sa charge.

 

Durant toutes nos rencontres – et, en plus de cinq ans, elles furent nombreuses –, j’avais vaguement compris qu’elle avait des enfants mais sans savoir combien ni de quel âge. Elle me disait seulement que les relations étaient difficiles entre sa mère et les enfants et que ça l’insupportait.

 

Aujourd’hui, pour la première fois, elle souhaite que je remplisse pour elle un dossier de demande de CMU complémentaire. Sur le formulaire, il faut indiquer les noms et âges des personnes à charge. J’apprends ainsi qu’elle a deux filles étudiantes et un garçon collégien ; tous les trois vivent chez elle et sont à sa charge. Comme je m’exclame que je l’ignorais, elle me parle un peu d’eux. L’aînée suit des études de commerce international et la deuxième est élève assistante sociale ; elle semble fière de leur parcours.

 

Tout en remplissant le dossier, je lui lance « Et l’assistante sociale, elle peut pas vous le faire, ça ? »

Qu’ai-je dit là ?

 

« Ah non, elle veut pas ! Elle me dit “Laisse-moi la grosse, débrouille-toi” ».

 

Gloups ! C’est plus fort que moi, je m’insurge aussitôt :

« Quand même, elle pourrait être aimable et vous respecter ! Elle vit chez vous, vous lui payez ses études…

-  Oui hein, on doit respecter ses parents ?! Les jeunes maintenant, c’est comme ça… »

 

Heuuu… pas chez moi...

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17 janvier 2011 1 17 /01 /janvier /2011 17:23

L’une de mes tâches administratives dans mon activité d’écrivain public en mairie est de rendre des statistiques annuelles. Je viens de terminer ce rapport et vous en livre quelques données.

 

En 2010, j’ai assuré 774 heures de permanences.

J’y ai reçu 1 421 personnes, soit 588 hommes et 833 femmes. stats

Nombre d’entre elles sont revenues plusieurs fois.

 

J’ai :

  • écrit 1 098 lettres, administratives pour la plupart ;
  • établi 66 attestations, sur l’honneur en général ;
  • rempli 378 dossiers (retraite, CMUC, logement…)
  • et 202 imprimés (CAF, Pôle Emploi, enquête…) ;
  • réalisé 59 CV, gagnants, bien sûr ! ;
  • passé 34 coups de téléphone : rien de tel parfois pour débloquer une situation ;
  • effectué 10 recherches sur Internet (bizarrement, même à notre époque, je ne dispose pas partout d’une connexion à Internet !) : formulaire, adresse ou numéro de téléphone ;
  • et accompli 271 tâches diverses (lecture et explication d’un courrier, rédaction d’une carte de vœux ou d’un chèque, conseil, orientation vers un autre service…).

 

J’ai écouté, compati, conseillé, ri… Je me suis indignée, fâchée, réjouie…

J'ai noué des relations humaines passionnantes...

 

Ce fut une année bien remplie, non ?

D’après ses premières semaines, 2011 semble bien partie pour l'être aussi…

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 18:10

tour.jpgMme D. est l’un des derniers locataires d’une grande tour destinée la démolition. Le bailleur s’occupe de les reloger, au mieux de leurs intérêts… ou des siens.

 

Il y a quelques mois, elle a constitué son dossier en indiquant bien ses préférences : se rapprocher de sa famille et du père de ses enfants dans les Hauts-de-Seine, être située dans un étage peu élevé à cause des risques de pannes d’ascenseur, et habiter dans un quartier plus calme que celui où elle est actuellement, dont l’ambiance s’est dégradée depuis que le bailleur a changé.

 

Aujourd’hui, elle est écœurée ! On lui a proposé un appartement à Tremblay-en-France, ville tristement célèbre pour de récents faits divers. Pas bornée, elle s’y est rendue pour faire un premier repérage, avant d’aller visiter.

 

Ce qu’elle y vit l’a bouleversée. À l’entrée du bâtiment, un jeune homme lui demanda ce qu’elle faisait là : première explication. Dans le hall, un autre individu voulut savoir la même chose : nouvelle explication ; puis il décida qu’elle ne pourrait pas prendre l’ascenseur. Elle dut emprunter l’escalier après une nouvelle vérification des raisons de sa présence par une troisième personne. Arrivée à l’étage de son éventuel futur logement, elle découvrit un quatrième homme, installé sur une chaise avec, à ses pieds, un grand sac plein de sachets suspects. Elle fit immédiatement demi-tour.

 

Dans sa voiture, elle retrouva sa cousine qui l’avait accompagnée et gardait son bébé de quelques mois qu’elle allaita avant de partir. Elle fut alors encore interpellée par un quidam qui lui affirma qu’elle n’avait rien à faire là.

Elle est encore toute retournée en me racontant ça.

 

Une habitante du quartier lui apprit que tous les inconnus étaient traités de la sorte, mais qu’ensuite, on les laissait peu ou prou tranquilles. Elle lui raconta aussi qu’elle avait quatre fils : les trois premiers étaient en prison, le dernier avait été tué, jeté du haut d’un immeuble, parce qu’il refusait d’entrer dans une bande.

 

Mme D. a téléphoné au bailleur pour exprimer ses craintes, son interlocutrice lui a répondu « Ça ne m’étonne pas. » sans plus de commentaires.

 

Ses anciens voisins ont pu être relogés là où ils le souhaitaient, après avoir refusé jusqu’à cinq propositions, dont plusieurs à Tremblay. Elle espère qu’à force de refuser, elle obtiendra gain de cause. Elle veut donc expliquer ses raisons au bailleur et reformuler ses besoins dans le courrier que je lui écris.

 

Quelques jours plus tard, elle revient pour un nouveau refus : on ne lui a plus proposé Tremblay-en-France mais un logement dans les Yvelines qui fait environ 20 m² de moins que celui qu’elle occupe actuellement, malgré une pièce supplémentaire.

 

Elle ne semble pas perdre espoir ; elle sait que le bailleur est obligé de la reloger et se dit qu’elle finira bien par avoir quelque chose qui lui conviendra. Elle ne veut pas accepter n’importe quoi dans l’urgence ; elle se sent pourtant bien seule dans sa tour !...

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 14:11

cadeaux.jpgCette période de fêtes et de distribution de cadeaux est l’occasion de parler de ceux que j’ai reçus dans l’exercice de mon métier d’écrivain public.

 

Dans le cadre des permanences que je tiens dans les mairies, j’établis une facture mensuelle et je suis payée par ces collectivités ou par le CCAS. En aucun cas, les personnes que je reçois ne me donnent d’argent, et c’est bien stipulé dans mon contrat.

 

Elles me demandent souvent comment elles pourraient me remercier : « En me disant merci, tout simplement… » Et j’explique que je fais seulement mon travail et que je suis payée par la mairie…

 

Pourtant, parfois, certaines ne sont pas satisfaites. Elles sont d’accord pour ne pas payer – de toute manière, elles n’en auraient pas les moyens – mais me dire seulement merci ne leur suffit pas pour m’exprimer leur gratitude et me signifier combien je leur ai été utile.


Ainsi, il arrive qu’elles m’apportent de petits présents : depuis plus de cinq ans, j’ai reçu de nombreux cadeaux que j’ai plus ou moins appréciés – je dois dire que je n’aime pas beaucoup les bibelots – mais qui m’ont toujours beaucoup touchée. En voici une liste non exhaustive… où il manque encore un raton laveur (misère ! qu’est-ce j’en ferais ?).

 

  • Des tablettes de chocolat : déposées subrepticement sur le bureau à la fin des entretiens par un monsieur tout sourire, après m’avoir fait un baisemain cérémonieux, qui est ensuite parti en courant, de peur que je les lui rende.
  • Une rose des sables : elle est posée sur un meuble dans mon séjour.
  • Un tableau représentant un paysage du désert : je l’ai « oublié » dans un des nombreux bureaux que j’ai occupés.
  • Des dattes : un délice ; le monsieur rentrait tout juste du pays et elles étaient encore bien fraîches (vous connaissez la datte fraîche coupée en morceaux dans un yaourt nature ?).
  • Deux gandouras, la même semaine : j’en ai donné une à ma mère et je porte l’autre de temps en temps.
  • Deux paires de babouches brodées : très jolies mais je ne m’en sers pas de peur de glisser dans mon escalier. Il faudra quand même que je les essaie, c’est chic, comme chaussons…
  • Des pâtisseries traditionnelles fait maison, souvent après les fêtes musulmanes : certaines fines et excellentes qui ont plu à toute la famille, d’autres huileuses et indigestes dont personne n’a voulu.
  • Des chocolats pour Noël et Pâques : parfois des boîtes de supermarché, d’autres fois, des œufs succulents choisis chez un confiseur.
  • Des bonbons : mes enfants n’aiment pas ça ; je les propose à qui les veut bien…
  • Des confitures maison : en grande quantité et pas terribles, je n’ai pas tout mangé.
  • Des pots de sauce pesto : confectionnée par une mamie italienne avec le basilic de son jardin et le pecorino rapporté d’Italie par son fils ; un festin de pâtes le soir !
  • Une bouteille de « très bon vin d’Algérie » : bien que ne buvant pas d’alcool, j’ai chaleureusement remercié le monsieur ; quand j’ai ouvert le paquet, en sentant l’odeur de vinasse et en voyant mes doigts poisseux du liquide qui avait coulé, j’ai compris que personne ne le boirait.
  • Des napperons en dentelle : je les ai aussi donnés à ma mère qui adore ça.
  • Une sorte de gant de toilette en fibres végétales prélevées dans le jardin du monsieur au pays et bordées d’un biais par sa fille ; je ne sais pas ce que c’est, il ne connaissait que le mot en arabe que je n’ai pas retenu ; je suppose que ça s’utilise sous la douche comme gant de crin…
  • Un petit plateau en cuivre : je ne sais plus ce que j’en ai fait… chez ma mère ?
  • Des invitations à manger le couscous à la maison ou à séjourner dans la maison de famille en bord de mer au pays, sans suite bien sûr…
  • De très nombreuses bénédictions, y compris sur ma famille.

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 19:06

dictee.jpgJe ne croyais pas revoir M. L, après notre altercation il y a quelque temps, mais il est tellement soupçonneux et ombrageux qu’il a toujours quelque récrimination à formuler ; il a donc besoin de moi. Il traîne toujours les pieds et secoue son trousseau de clés en marchant.

 

À peine assis, il m’ordonne, de son ton impérieux et comminatoire : « Aujourd’hui, il me faut trois courriers : un pour le tribunal administratif, un pour le ministère des affaires sociales et un pour le tribunal du contentieux de l’invalidité. Vous pouvez me les faire ? »

 

Je vérifie dans mon carnet d’adresses :

« Je n’ai pas l’adresse du ministère des affaires sociales…

- Ah bon ? Vous pouvez pas la trouver sur Internet ?

- Je n’ai pas Internet sur mon ordinateur et je n’ai pas accès à celui de la mairie.

- Ah ! Et comment je vais la trouver ?

- Je ne sais pas… à la Poste peut-être ?

- Ça m’étonnerait !

- On va déjà commencer par le premier… »

 

Il veut déposer un recours au tribunal administratif contre la MDPH de l’Essonne : on lui accorde l’AAH à partir de 2009 mais il estime qu’il y avait droit depuis 1999.

« Pourquoi vous dites que vous y aviez droit depuis 1999 ? Vous aviez déposé un dossier ?

- Non.

- Ben alors !...

- Ah mais laissez-moi finir ! À l’époque, j’étais sous curatelle et mon curateur ne s’est pas occupé de moi… Vous pouvez me faire le courrier ?

- Non, je vais d’abord vous envoyer voir le conseiller juridique.

- Pourquoi ?

- Parce que vous ne pouvez pas reprocher à la MDPH de ne pas vous avoir accordé quelque chose que vous n’avez pas demandé.

- Mais je savais pas que je pouvais le demander !

- Vous ne pouvez pas reprocher à la MDPH de ne pas vous avoir accordé quelque chose que vous n’avez pas demandé, quelles que soient les raisons pour lesquelles vous ne les avez pas demandées.

- Alors, vous voulez pas faire le courrier ?

- Je vous fais tous les courriers que vous voulez si je suis sûre que votre démarche est correcte. Là, je pense que vous allez être débouté vite fait bien fait et qu’en plus, vous pouvez être condamné aux dépens pour procédure abusive.

- C’est ça, c’est toujours les victimes qui trinquent !

- Les victimes peuvent se défendre, à condition qu’elles se retournent contre les bonnes personnes. Il ne faut pas se tromper d’interlocuteur et là, je pense que ce serait le cas. Allez voir le conseiller juridique, expliquez-lui toute l’affaire, apportez-lui tous les justificatifs que vous avez…

- Depuis dix ans, j’en ai plus !

- Expliquez-lui tout et nous verrons quel sera son conseil. Au besoin, vous revenez me voir et je vous fais le courrier. »

 

Je lui donne les horaires de la permanence juridique et il part, me promettant de revenir le mardi suivant avec les instructions du conseiller.

 

C’est tout ? Je croyais qu’il avait trois courriers à faire !

 

 

Eh ben, il est revenu ! Le conseiller juridique lui a dit qu’il était dans son droit et qu’il pouvait déposer un recours. Mais là, j’écris sous sa dictée – je l’avoue – et ça me repose, car c’est extrêmement compliqué, son histoire, et je n’ai pas tout suivi ! 

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7 décembre 2010 2 07 /12 /décembre /2010 14:03

Moment de calme pendant ma permanence, j’en profite pour continuer la lecture du roman passionnant que j’ai commencé la veille. Ma porte est grande ouverte pour pouvoir guetter la salle d’attente et les nouveaux arrivants ; j’entends donc ce qui se passe dans les bureaux de la mairie plus loin.

 

11 h 15, Marlyse répond à un appel et je devine qu’il me concerne : 

« Oui, elle est là… Vous voulez la voir ? On ferme à 11 h 45… Vous voulez que je vous la passe ?... Vous voulez la voir ou lui parler ?... Écoutez madame, je suis occupée, j’ai une personne devant moi… Bon, je vous la passe. »

Eh ben, c’est laborieux !

 

Mon appareil sonne :

« Allô !

- Je voulais savoir pour qui vous vous prenez au centre administratif, à vous moquer des gens comme ça…

- Mais…

- Vous ne méritez pas votre poste. A la préfecture on dit que…

- Mais vous êtes qui, madame ?

- C’est personnel !

- Si je ne sais pas à qui je parle, je ne vous parle pas ! Au revoir madame. »

 

telephone-colere.jpgMais qu’est-ce que c’est que ça ?

Le téléphone resonne immédiatement, ce doit être cette personne encore. Je cours voir Marlyse et lui explique en deux mots. Elle saisit tout de suite :

« C’est une folle ! J’ai eu du mal avec elle tout à l’heure. Je réponds pas ! »

La sonnerie finit par cesser.

 

J’en reparle avec Marlyse : d’après elle, on est entouré de cinglés, c’est de pire en pire !

 

Zut, ça secoue un truc pareil ! Je retourne dans mon bureau, m’assois et respire profondément. Peu à peu, mon cœur se calme et tout se dénoue en moi…

Je reprends mon livre.

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 16:59

recommande.jpgM. B. m’explique que d’habitude, il fait ses courriers avec sa fille mais que, en son absence, il est obligé de venir me déranger.

« Mais non, monsieur, je suis là pour ça. Que puis-je faire pour vous ? »

 

Il a résilié début août son abonnement à Télé 2 Mobile pour passer à un autre opérateur, mais Télé 2 continue à lui envoyer des factures et à prélever sur son compte.

 

Sur le coup, je me demande s’il a envoyé le courrier à la bonne adresse car il me semble que Télé 2 a été repris par SFR. Mais il me montre la dernière facture qui indique bien cette société et l’avis de réception.

Tiens, tiens… l’avis de réception…

 

« J’ai téléphoné, ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas reçu le courrier, que c’était une mauvaise adresse… »

 

Parlons-en, de l’adresse : celle qu’il a notée sur le bordereau de recommandé correspond bien à celle de la facture. En revanche, l’entreprise qui a reçu le courrier a apposé son cachet : sa dénomination et  son adresse n’ont rien à voir avec celles de Télé 2.

Je crois avoir compris !

 

Je lui explique que Télé 2 a raison quand il affirme ne pas avoir reçu la lettre. Lui, l’a bien envoyée, à la bonne adresse, mais le facteur ne l’a pas distribuée au bon destinataire. S’agissant d’une entreprise, celui-ci n’a pas fait attention et l’a acceptée, noyée qu’elle était dans un tas d’autres lettres du même type.

 

Ainsi, il doit renvoyer une nouvelle résiliation à Télé 2 pour enfin mettre un terme à son abonnement et, aussi, déposer une réclamation à la Poste pour son erreur.

 

Il m’apprend que, furieux de la supposée mauvaise foi de Télé 2, il a demandé à sa banque de bloquer les demandes de prélèvements. Vu la date très proche, je lui suggère d’annuler cette interdiction et autoriser le paiement, ce qui lui évitera des ennuis avec Télé 2. En contrepartie, il en demandera le dédommagement à la Poste, en plus du remboursement du premier recommandé.

 

Il me présente la demande de suspension du prélèvement : ironie du sort, il s’est trompé dans le nom du bénéficiaire et a donné… celui du mauvais destinataire de son premier courrier.

« Bon, vous vous êtes trompé, je pense que l’opposition ne fonctionnera pas, pas la peine de retourner à la banque… Eh ben, c’est compliqué votre histoire ! »

Ça le fait rire.

 

Il repart tout content, directement au bureau de poste.

Je le croise quelques minutes plus tard, avec un imprimé de réclamation à remplir, totalement inadapté à son cas ; je l’aide un peu et lui conseille de joindre le courrier, beaucoup plus explicite.

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


journal.jpg

 

J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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