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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 20:25

Mme B. veut retrouver un travail de caissière après un congé parental. Elle est bien sûr inscrite à Pôle Emploi où elle doit se rendre régulièrement Elle me demande de mettre à jour son CV ; j’en profite pour l’améliorer. Elle ne sait pas comment faire figurer son congé parental, pour montrer qu’elle n’est pas restée sans rien faire pendant quelques années. Je lui propose de mentionner cette période dans une rubrique « Autres informations » où je note aussi qu’elle aime la musique et le sport.

 

Elle revient la semaine suivante : son conseiller à Pôle Emploi a été scandalisé de voir apparaître la période de congé parental dans la rubrique que nous avions choisie. Il exige que ce soit indiqué dans la partie « Expérience professionnelle ». Je suis vraiment interloquée et explique à Mme B. que ça me semble illogique et inexact. Elle est d’accord avec moi mais me supplie « S’il vous plaît, mettez ce que Pôle Emploi veut, comme ça, ils me laisseront tranquille. »

 

Je l’ai revue quelque temps plus tard : il faut que je mette son CV à jour car elle a travaillé quelque temps depuis, mais que je le refasse exactement comme celui qu’elle m’apporte. Je remarque que ce n’est pas celui que je lui avais réalisé.

Effectivement, elle a été envoyée par Pôle Emploi dans une structure spécialisée dans l'aide à la recherche d'emploi ; la personne qui l’a reçue a trouvé son CV « horrible », affirmé que ce n’était pas étonnant qu’elle ne trouve pas de travail avec un document pareil et le lui a refait à sa sauce.

Le CV « horrible », c’était mon œuvre !...emploi chomage

 

« Ah, ces gens-là savent exactement comment faire un CV qui marche à tous les coups !? »

Ma remarque est ironique mais Mme B. ne l’entend pas :

« Oui, c’est ça.

- Si vous voulez exactement la même chose, vous retournez les voir car il y a des détails qui ne vont pas et que je ne referai pas. Par exemple, la liste de vos compétences centrée me semble illisible. »

 

Un peu coincée par le temps, elle est d’accord. Pour ne pas la mettre dans l’embarras, je reproduis le maximum de choses. Elle repart satisfaite.

 

Par acquit de conscience, je compare mon CV « horrible » et le CV idéal, puisque j’avais la chance d’en disposer : je n’ai pas trouvé grande différence, si ce n’est que j’avais utilisé le terme « caissière » au lieu de celui d’« hôtesse de caisse » politiquement correct en ce moment moment, et que j’avais listé ses savoir-faire spécifiques à chaque expérience au lieu de les présenter dans une rubrique à part.

 

J’ai pris des notes : on a toujours besoin de s’améliorer !

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 14:45

… jusqu’à un certain point !

 

soeurs-colere.jpgJ’ai l’occasion de recevoir deux sœurs : Nadine, dont j’avais fait la connaissance peu de temps auparavant, m’a amené Elisabeth. Puis j’ai vu la deuxième plus souvent que la première, notamment dans ses démarches pour faire venir sa famille dans le cadre d’un regroupement familial.

 

Dès son arrivée en France, Elisabeth a été hébergée par sa sœur. Leurs conditions de vie étaient difficiles car leurs deux familles, au total deux adultes et cinq enfants, partageaient un F3.

Dès qu’elle a pu, Elisabeth a loué un petit appartement du secteur privé en attendant un hypothétique logement social plus grand ; elle manque toujours de place mais au moins, elle est chez elle.

 

Je m’étais aperçue, par d’infimes détails, que les relations entre les deux sœurs étaient tendues, au point que Nadine avait sommé Elisabeth et sa famille de partir, au prétexte qu’elle-même avait trouvé un autre appartement ailleurs. C’était il y a plus d’un an mais elle n’a toujours pas déménagé !

Elisabeth avait souscrit l’abonnement à l’électricité, à la fois pour avoir un justificatif de domicile à son nom et pour participer aux charges – je suppose que son écot ne se limitait pas à cela.

 

L’an passé, quand Elisabeth a déménagé, elle a pris un abonnement au même fournisseur d’énergie pour son nouvel appartement. Il y a quelques semaines, elle vient me voir, en colère, car elle a reçu un avis d’une agence de recouvrement lui demandant la somme de 300 € alors qu’elle affirme que, s’il est vrai qu’elle a eu du retard dans les règlements, elle a maintenant tout soldé, aidée par une assistante sociale. Elle m’apporte aussi une facture dont le montant ne correspond pas à la dette réclamée.

 

Nous ne comprenons ni l’une ni l’autre mais je commence à avoir quelques soupçons : la facture qu’elle me montre est bien à son nom mais concerne l’appartement de sa sœur…


J’appelle la société : mon interlocuteur, à l’élocution très appliquée, me confirme que la facture en question n’est pas payée mais est incapable d’expliquer pourquoi son montant et celui réclamé par la société de recouvrement diffèrent. Il essaie, prétend-il, de demander au service comptabilité mais n’arrive pas à le joindre, il faudrait rappeler… Nous verrons plus tard…

 

Pour finir de comprendre, je l’interroge sur le compte d’Elisabeth ; en fait, il y en a deux, celui de son logement actuel où il n’y a pas de dette, et celui de sa sœur où la dette est supérieure au montant réclamé (ça, ça reste un mystère !).

 

J’explique à Elisabeth ce que je redoutais : Nadine n’a pas repris le contrat à son nom, et lui suggère de s’arranger avec elle. Elle repart à la fois rassurée et agacée par le comportement de sa sœur.

 

Quelque temps plus tard, je lui demande si elle a vu Nadine : oui, mais celle-ci a répondu qu’elle n’avait pas d’argent pour régler cette facture et laisse couler. Quand je me risque à dire que je trouve qu’elle n’agit pas bien, Elisabeth fait une grimace et hausse les épaules, sans répondre…

 

Elle reviendra bientôt avec des documents me permettant d’écrire au fournisseur d’énergie pour décrire la situation et essayer de trouver une solution. Je l’ai revue depuis mais nous n’avons plus abordé cette question.

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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 14:25

bible.jpgQuand Mme D.C. entre dans le bureau, je sens tout de suite que quelque chose cloche : son regard est fuyant et vaguement apeuré. Elle s’assoit et commence à me parler, sans me regarder. Je comprends à peine quelques mots de français par ci par là, mélangés à d’autres en portugais, mais j’entends surtout « république » et je crains le pire.

 

Après quelques questions, ma crainte est confirmée : elle veut écrire au président de la République. C’est un exercice qu’on me demande parfois et que je déteste au plus haut point. Je ressens une irritation à la fois contre la naïveté des gens de croire que le président peut tout, et contre tout ce qui les a désespérés et les pousse à tenter ce moyen singulier pour arriver à la résolution de leur problème.

 

Mais pourquoi, elle, veut-elle écrire ?

 

Elle me tend une lettre manuscrite que je lis. Les propos sont incohérents : elle parle un peu de sa situation personnelle, de façon très décousue, mais surtout de promesses du président non tenues, d’affirmations ou d’actes qui démoralisent les gens en France, et aussi de Jésus-Christ, « notre maître à tous qui voit et juge tout ». Il est hors de question d’adresser un tel courrier à qui que ce soit, et encore moins au président de la République.

 

Je continue les questions. Elle est sans papiers et a déposé une demande de titre de séjour depuis 2001… ou 2004. Je suggère de relancer son dossier et lui réclame les courriers de la préfecture, le récépissé de demande qu’elle a dû avoir. Non, elle a tout laissé chez elle. Elle recherche quelque chose dans un livre – une bible me dira-t-elle plus tard – qui contient des morceaux de papiers entre les pages, mais ne sort finalement rien.

Je rétorque qu’il va être très difficile pour la présidence de relier son courrier à un dossier si on ne mentionne aucune référence : ça semble lui passer par-dessus la tête.

 

Puis elle se lance dans un discours incompréhensible pour moi, où, encore une fois, je discerne difficilement quelques mots. Et je constate qu’elle s’enflamme dans ses propos, qu’elle est indignée, voire exaltée. Il est question de promesses non tenues et de comptes à rendre à Dieu quand on ne suit pas ses enseignements ni ceux de la bible, même quand on est « présidenté ».

 

Pendant qu’elle parle, je cherche vraiment à comprendre tout en me répétant « J’comprends rien. Qu’est-ce qu’elle dit ? ». Mais je me demande surtout ce que je vais bien pouvoir faire pour elle et, si je dois l’éconduire, quel prétexte compréhensible pour elle je vais bien pouvoir invoquer.

Puis elle finit en disant « Tu fais la lettre au “présidenté”, c’est bien, tu veux pas la faire, tant pis. »


« Je veux bien faire la lettre mais je veux comprendre ce que vous voulez lui dire : vous demandez des papiers et vous dites surtout que vous n’êtes pas contente de ce qui se passe dans ce pays ? »

Elle acquiesce.

 

Je prends une longue et discrète inspiration et me résous à écrire le courrier.

J’y parle un peu d’elle, sans rien réclamer, un peu de la politique d’immigration actuelle, en critiquant légèrement, et un peu de Dieu : Vous avez fait des promesses pour aider les femmes sans papiers mais, dans les faits, on s’aperçoit que vous favorisez surtout l’immigration d’origine européenne, en laissant de côté les autres étrangers. Or nous faisons tous partie de la même humanité et Dieu est le même pour tous et notre maître à tousJe suis vraiment très choquée par ce qui se passe dans ce pays, ce qui démoralise tout le monde, et je tenais à vous le dire. Quand je lui lis les deux dernières phrases, elle pousse un soupir, de soulagement me semble-t-il. J’ai l’impression qu’ainsi, elle pense avoir rempli sa mission.

Ai-je rempli la mienne ?

 

Contrairement à l’épisode avec Monsieur L. (voir le billet précédent), je n’ai pas hésité à écrire ce courrier. Il ne s’agissait pas de déverser du fiel et d’insulter mais de faire part de son profond désarroi et de son incompréhension devant des agissements qui choquaient sa morale. Au final, le fond est à peu près identique - c’est une critique - mais la forme n’a assurément rien à voir !

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 12:50

... Et comment je n’en ai pas pleuré !

 

Monsieur L. est la personne suivante : je crains le pire !

 

Avant de le rencontrer, je l’avais déjà remarqué à plusieurs reprises faisant un scandale à l’accueil du centre administratif, proférant des propos grossiers envers tout le monde : maire, adjointe déléguée aux personnes âgées…

 

La première fois, il me brandit d’abord un paquet d’articles de journaux consacrés à la ville ou à son maire de l’époque, tout surlignés en rose et jaune, pour que je les lise car « c’est intéressant ! »… Ce jour-là, il conteste une facture astronomique (15 €) pour trois plateaux repas livrés mais, soi-disant non consommés. Puis il veut contester l’action de son ancien curateur auprès du médiateur de la République (pourquoi lui ? mystère !).

 

Un autre jour, il ressort une vieille affaire datant de 2002 et jugée en 2005, où il avait été condamné à payer une amende car, bien que victime d’une dégradation sur son véhicule, il avait assigné sans preuve la mauvaise personne. Le conseiller juridique (sûrement pour s’en débarrasser mais, avec un tel personnage, comment lui en vouloir ?) lui a suggéré d’écrire au garde des Sceaux et au président de la République. Et c’est moi qui m’y colle !

 

Puis il me parle de son projet d’écriture du livre de sa vie (car il lui en est arrivé, des choses incroyables !). Est-ce que je pourrai lui apporter des conseils ? C’est possible mais pas dans le cadre des permanences ; je lui donne ma carte, ça ne mange pas de pain mais je n’espère rien, ou plutôt si : qu’il m’oublie !

 

Aujourd’hui, à peine assis, il m’annonce qu’il veut deux courriers : l’un pour « Drucker » – l’animateur télé bien connu –, l’autre pour « Baroin » – l’actuel ministre du budget.

 

« Vous vous souvenez du courrier que vous m’avez fait pour Sarko ? Vous avez écrit “A son excellence…” pour cette espèce d’e… Eh bien, il ne m’a pas répondu !

- Ah ? Même son cabinet n’a pas répondu ?

- Non. Et la garde des Sceaux m’a dit que j’avais tort, que je devais payer !

- Aah ?

- Alors maintenant je vais écrire à Drucker. Vous connaissez son émission du dimanche ?

- Heu… non, je ne regarde pas la télé…

- Vous connaissez pas ? J’aime beaucoup ce qu’il fait. Je lui ai serré la main… c’était en 1960 à Boulogne… je ne sais plus trop dans quel café… Je lui avais dit que je l’appréciais… Mais là, vous savez quoi ? J’ai appris qu’il faisait du vélo avec Sarkozy !

- Et alors ?

- Et alors je veux lui écrire pour lui dire qu’il est tombé dans mon estime !

- Mais, ça ne vous regarde pas !

- Non mais je veux le lui dire.

- Je suis désolée, monsieur, mais je n’écris pas ce genre de courrier.

- Ah bon ? Vous voulez pas ?... Je veux aussi écrire à Baroin… Vous connaissez ?

- De nom. Pourquoi ?

- Pour lui dire ce que je pense de Sarkozy !

- Là encore, monsieur, je n’écrirai pas cette lettre. Si vous aviez un problème à exposer, une solution à rechercher, d’accord…

- Mais alors… vous êtes de droite ?

- Ça, ça ne vous regarde pas, monsieur.

- Et vous pensez que c’est normal que…

- Je ne pense rien, monsieur, je fais mon travail : écrire des lettres pour des gens qui ont des problèmes et pas pour qu’ils déversent leur fiel.

- Je m’en doutais !... Vous savez ? J’ai presque fini d’écrire mon livre, celui dont je vous ai parlé la dernière fois. Eh ben je vous le donnerai pas !

- Ce n’est pas grave, monsieur, vous faites ce que vous voulez. »

Je le raccompagne à la porte.

« Au revoir monsieur. »

Tiens, il ne me répond pas !

 

Il s’éloigne dans le couloir, en grommelant et en secouant son éternel trousseau de clés, énorme. Comme c’est l’été, il n’a pas mis sa chapka…

 

Je me mords les lèvres… Mais finis par éclater de rire !

Zut ! Un client en moins !

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 13:28

Passer à la télé une fois par an ! Quelle extravagance !

 

Après France 2 l’année dernière, cette fois, c’est sur Télessonne qui, comme son nom l’indique, est la chaîne locale du département de l’Essonne. Certes, ce n’est pas le même prestige que la télé nationale, mais cela représente quand même « 400 000 téléspectateurs potentiels » (ou 200 000, les avis divergent !) Autant de clients ? J’en doute et ce n’est pas le but que je cherche à atteindre. Plus raisonnablement, je me dis que plus on (les médias par exemple) parlera de notre profession, plus elle gagnera en visibilité et plus les clients se rendront compte de leur besoin vital de nos services. Courage, y’a du boulot !

 

Or donc, en ce beau mercredi, je retrouve dans les locaux de Télessonne mes consœurs Michèle Geoffroy et Sylvie Labansat. C’est à Sylvie que nous devons cet honneur : elle a été contactée par la chaîne après un article paru dans Le Parisien et a voulu, en nous invitant, élargir la vision du métier. Elle-même est biographe et Michèle s’est spécialisée dans l’accompagnement aux funérailles

 

La journaliste, Sandrine Frentz, est sympathique et chaleureuse. Elle a réussi à me convaincre de participer, malgré ma hantise du rouge aux joues et du nez qui brille, du bafouillage et du mot sur le bout de la langue. En visionnant quelques archives de son émission Attitude 91 – Mieux vivre, j’ai constaté qu’elle était ouverte et honnête : pas de questions pièges, du temps pour s’exprimer et de l’écoute.

 

Nous voici toutes les trois sur le plateau, perchées sur des tabourets… de plateau, laissant le technicien nous installer l’indispensable micro. Essais de caméras : tiens, c’est Michèle, elle est télégénique !

Pendant ce temps, Sandrine bavarde avec nous de choses et d’autres. J’écoute à peine, me concentrant sur mon cœur qui tend à s’emballer. Je me penche vers Michèle :

« T’as le trac ?

- Pas trop. Et toi ?

- Un peu… »

Respire ma fille !

Une voix retentit :

« Sandrine ? On commence dans trois minutes, jusqu’à trente. »

Générique de début, je ne bouge plus.

Et ça commence.

 

Présentation : « Bonsoir… » (Il est 14 h 20.) Mon cœur bat plus fort – respire !

Puis questions et réponses s’enchaînent. Sylvie, très à l’aise, aligne ses phrases de façon claire et structurée. Ah, Sandrine me parle ! Et je m’aperçois que je ne réponds pas trop mal non plus. Je n’ai pas osé sortir l’antisèche que j’avais préparée ; n’ayant pas de poche, je me suis assise dessus et elle ne me sert pas à grand-chose.

À son tour, Michèle présente sa spécialité : très bien aussi.

 

L’émission se poursuit, conversation entre personnes de bonne compagnie. Soudain, un bruit de fond parasite se fait entendre tandis que Sylvie parle. Elle reste imperturbable. Nous comprendrons par la suite que ce n’était pas prévu et verrons qu’il y a eu superposition d’un ancien reportage sur un écrivain public inconnu de nous trois.

À un moment, j’ai quelque chose de très intéressant (sûrement !) à ajouter, mais selon la pendule, il ne reste qu’une minute et demie et Sandrine est en train de conclure : trop tard !

 

Générique de fin et noir sur le plateau. Oups ! Je vais pour sauter de mon siège quand je remarque à temps que mes compagnes ne bougent pas car les caméras tournent toujours.

Lumière. « C’est dans la boîte ! » Nous pouvons bouger et nous quittons les lieux après avoir échangé quelques impressions avec Sandrine.

 

Autour d’un café, ensuite, nous convenons que c’était une expérience intéressante. Nous sommes satisfaites, même si nous ressentons une toute petite frustration de ne pas avoir eu plus de temps pour mieux développer le sujet. Au moins, « on » a parlé de nous !

Alors… à l’année prochaine ?

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28 septembre 2010 2 28 /09 /septembre /2010 18:19

 

Mme E.L. est en congé de maladie depuis plusieurs mois. Elle vient de recevoir un courrier de la CPAM l’informant qu’elle n’avait plus droit au versement d’indemnités journalières au-delà de six mois d’arrêt car elle n’avait pas travaillé suffisamment d’heures durant l’année précédente.


Évidemment, c’est une tuile pour elle et elle n’est pas d’accord. Elle est allée à une permanence de la sécurité sociale où on lui a répondu qu’elle avait la possibilité de déposer un recours amiable.

Elle vient donc me voir pour ça.

 

« Bon, qu’est-ce que je dis dans le courrier ?

- Que je suis pas d’accord.

- Vous n’êtes pas d’accord avec quoi ? le nombre d’heures que vous avez travaillées ? le calcul est faux ?

- Je sais pas, j’ai pas compté… Mais s’ils m’ont dit de faire un recours, c’est que j’ai le droit et que j’ai travaillé plus ! »

 

Après avoir essayé de lui expliquer qu’un recours n’a aucune chance d’aboutir, qu’on ne changera pas les règles pour elle, j’écris la lettre qu’elle me demande en insistant sur le fait qu’elle n’aura sinon plus de ressources pour vivre.

 

Nous y voilà, une fois encore ! Les voies de recours !

S’il est louable et normal que les voies de recours soient indiquées sur les décisions administratives, cette mention est souvent synonyme à la fois d’espoir insensé pour la personne concernée mais aussi d’échappatoire pour les agents administratifs qu’elle interpelle.

 

« S’il est indiqué que je peux déposer un recours, c’est que j’ai des chances d’obtenir satisfaction. » Voilà ce que pensent les personnes déçues de ne pas se voir attribuer qui la CMU complémentaire, qui l’allocation aux adultes handicapés…, voire une pension de retraite plus élevée…

 

Je crois que ce qui m’exaspère le plus, c’est le recours après une demande d’aide financière aux services sociaux. Les dossiers sont montés par une assistante sociale ; elle connaît les conditions d’attribution et devrait, me semble-t-il, se douter du refus qui suit. Le dossier part quand même et quand le refus est annoncé, sa réponse est « Déposez un recours… Voyez l’écrivain public. ». Merci madame !

 

J’ai rarement réussi à dissuader quelqu’un que sa démarche était vaine s‘il ne démontrait pas qu’il y avait une erreur dans les éléments pris en compte ou n’apportait pas d’éléments nouveaux. « Tant pis, j’essaie quand même ! » La personne espère… un miracle ? un changement soudain de la réglementation ? un élan compatissant à son égard ?

 

Quant au personnel administratif, que ce soit à la sécurité sociale, à la CAF, ou même dans les services sociaux, je suis persuadée que c’est pour lui la meilleure façon de se débarrasser de ces personnes déçues, qui ne veulent ou ne peuvent pas admettre qu’elles ne remplissent pas toutes les conditions requises pour bénéficier de telle ou telle prestation. Pas besoin de se fatiguer, souvent en vain, à expliquer, réexpliquer, convaincre…, on demande un courrier.

 

Ensuite, c’est à moi de trouver quoi dire dans ce pauvre courrier qui ne servira à rien !

 

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 14:31

Monsieur D.S.S. n’est pas content et ça se voit tout de suite. Petit homme d’une cinquantaine d’années, il a un maintien très digne et un air courroucé ; il porte un dossier qu’il ouvre aussitôt tout en m’expliquant son problème.

 

« La femme qui vivait avec moi a inscrit son enfant au centre aéré, sans me le dire. Elle a rusé et elle a donné mon adresse. Maintenant, je reçois des factures et je l’ai très mal pris. Je veux pas payer parce que j’étais pas d’accord. Mais j’ai fait une analyse ADN et c’est pas mon enfant, elle m’a trompé. Je suis allé à la mairie et j’ai expliqué ça mais ils m’ont dit qu’ils se mêlaient pas de la vie privée des gens. Alors je veux écrire au maire pour lui dire que je veux pas payer… »

 

Il me montre les factures, elles sont bien à son nom.

Reprenons…

 

« Vous recevez des factures du centre de loisirs pour l’enfant de la femme qui vivait avec vous. Qui est cette femme ? Votre épouse ?

— Oui.

— Vous êtes mariés ?

— Oui.

— Elle vous a quitté ?

— Oui.

— Et l’enfant, il porte votre nom ?

— Oui.

— Alors c’est officiellement le vôtre, c’est donc normal que vous payiez les factures qui le concernent.

— Oui mais je suis allé au tribunal parce qu’elle m’a trompé. »

 

Il brandit un dossier intitulé « Recherche de paternité ».

 

« D’accord, mais tant que le juge n’a pas dit officiellement que ce n’est pas votre enfant, vous êtes considéré comme le père. C’est normal que la mairie vous ait répondu ça : votre vie privée ne les regarde pas.

— Mais je veux pas payer.

— Si vous ne payez pas, on vous enverra l’huissier…

— Ben oui, mais je paierai pas. Je veux écrire au maire.

— Donc je fais un courrier au maire pour lui dire que vous ne paierez pas ces factures ?

— Oui.

— Et pour quel motif ?

— Parce que j’étais pas d’accord pour qu’elle inscrive l’enfant au centre. »

 

Bon…

Je lui lis le courrier, très court, que j’ai écrit, selon ses instructions.

« Merci ! »

Il a l’air satisfait...

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 09:00

Je ne pense pas connaître ce monsieur, ou alors je l’ai vu une fois il y a… très longtemps !

Il veut écrire « aux impôts » parce que son ex-femme ne déclare pas la pension alimentaire qu’il verse pour leurs enfants.

 

Houla ! Ça ne me plaît pas trop. Je le fais parler un peu plus…

 

Lui déclare cette pension mais ses enfants lui ont appris que leur mère ne la déclarait pas. Il n’a pas vraiment l’air scandalisé par cette affirmation…

Aux « impôts », on lui a dit de faire une réclamation.

 

Ça ne me plaît toujours pas. Je reformule ce que j’ai compris de sa demande et avance le mot « dénoncer » qui ne le fait pas bondir ; je vais plus loin.

 

« Est-ce que ça vous cause du tort ? Est-ce que ça vous enlève quelque chose ? Est-ce que ça vous pose un problème ?

- Non… Mais y a plein de gens qui me disent que je dois le dire aux impôts… »

 

Ah ! Il vient surtout sous la pression d’autres personnes.

 

« Je pense que ça ne vous regarde pas. Si vous, vous avez fait tout ce qu’il fallait : verser la pension, la déclarer, ce que votre ex-femme fait, elle, ou pas, ne vous regarde pas. Vous pourriez déposer une réclamation si, par exemple, vous vous aperceviez que les pensions que vous avez déclarées ne sont pas sur votre avis d’imposition, mais ce n’est pas le cas, elles y sont bien. Le reste ne vous concerne pas, c’est une affaire entre votre ex-femme et les impôts, c’est elle qui risque d’avoir des problèmes si c’est vrai.

En plus, vous n’avez aucune preuve, seulement ce que vous ont dit les enfants... Je trouve que ce n’est pas joli-joli de dénoncer… Non, c’est pas bien de faire ça ! »

 

Le monsieur semble rasséréné ; il se lève :

« Merci pour votre conseil. »

Et il part.

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 20:52

Mme M.L. est un peu « colère » et veut écrire à son fournisseur d’électricité pour lui dire qu’il exagère !

 

En janvier dernier, alors qu’elle ne pouvait pas payer sa facture de 430 €, son assistante sociale lui obtient une aide de 300 €, charge à Mme M.L. de payer le reste. Or elle s’est aperçue que le montant total de la facture avait été prélevé sur son compte. D’après ses calculs, son compte chez le fournisseur serait donc créditeur de 300 €.

En mai, elle a reçu une nouvelle facture de 230 € et c’est ça qui la rend furieuse : elle ne paiera pas puisqu’elle a un crédit.

 

J’observe la dernière facture et reste perplexe : nulle part n’est indiqué un solde positif. Je lui demande plusieurs fois si elle est certaine que les 300 € ont bien été versés ; elle m’assure que oui puis, sur mon insistance, me donne le numéro de téléphone de l’assistante sociale que j’appelle aussitôt. J’ai de la chance : elle est à son bureau et disponible pour me répondre. Elle m’explique que le versement a été refusé par le fournisseur parce qu’il n’y avait plus de dettes ; les 300 € n’ont donc pas été réglés. Entre nous, je trouve dommage que Mme M.L. n’en ait pas été informée.

 

Quand je transmets cette information à Mme M.L., je vois son visage se crisper… L’assistante sociale « percute » tout de suite : 

« Elle ne peut pas payer cette nouvelle facture ?... Je peux lui donner un rendez-vous pour voir ce que nous pouvons faire… ».

Mme M.L. accepte, plutôt soulagée, et elles conviennent ensemble d’une date.

 

Encore une fois, j’ai eu raison de suivre mon intuition et vouloir comprendre le comment du pourquoi ! Je n’ai rien écrit, mais j’ai aidé la personne.

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 13:46

Je connais Mme B. depuis plusieurs années. La première fois, elle était en congé de maternité et voulait démissionner de son emploi de femme de chambre : après un accident de voiture, elle souffrait beaucoup du dos et ne se sentait plus capable de reprendre le travail.

 

Je suis toujours inquiète de ce type d’annonce et ne peux m’empêcher d’en demander les raisons et si la personne a trouvé autre chose. J’ai parlé à Mme B. de la médecine du travail qui pouvait peut-être la déclarer inapte à ce poste, ce qui obligerait son employeur à lui en proposer un autre ou à la licencier… elle ne serait donc pas démunie. Je lui ai aussi suggéré de se renseigner sur le congé parental… Après avoir réfléchi, elle a finalement opté pour cette solution. Je l’ai revue plusieurs fois par la suite pour le prolonger puis en demander un autre après la naissance de son troisième enfant.

 

Elle m’a consultée d’autres fois pour diverses raisons et s’est confiée peu à peu, parfois en pleurant. Sa deuxième fille lui posait problème, il s’avéra qu’elle était épileptique ; elle est maintenant scolarisée dans un IME.

 

Je l’ai vue avec sa sœur, dont le fils aîné est aussi malade. La dernière fois qu’elles sont venues, ensemble, elles n’ont pas tari d’éloges sur mon travail et l’aide inestimable que je leur apportais. Bien sûr, j’étais ravie, et touchée car je les trouve très sympathiques et attachantes.

 

Aujourd’hui, Mme B. m’apporte plusieurs prescriptions de transport pour que sa fille puisse se rendre à l’hôpital où elle est suivie. L’une d’elles est accompagnée d’un courrier de la CPAM demandant une précision : elle n’a pas compris quoi… et moi non plus car il me semble que le formulaire est correctement rempli.

Pour les autres, d’après les explications jointes, elle aurait dû en envoyer une partie dès réception pour demander ensuite le remboursement des frais. Elles datent de plus d’un an et j’ai peur qu’elle ait trop tardé.

 

Elle m’affirme que je l’ai déjà aidée pour ces formalités mais je ne m’en souviens plus et je reste perplexe. Je lui avoue mon embarras et lui conseille de se rendre à une permanence de la CPAM pour demander conseil.

 

Je vois son visage se fermer d’un coup ; elle ramasse tous ses papiers et se lève, tout en me disant que je l’avais pourtant déjà fait, qu’elle avait attendu pour rien et qu’elle aurait mieux fait d’aller voir quelqu’un d’autre.

Je suis soufflée : « Vous préférez que je fasse n’importe quoi ? » mais elle est déjà partie.

 

Après un moment de grande surprise, je suis indignée : avec les bonnes relations que nous avions et la satisfaction qu’elle m’a si souvent exprimée, je prends sa réaction pour de l’ingratitude.

Puis… j’ai réfléchi : justement, je lui ai toujours apporté satisfaction, l’aidant à résoudre des problèmes qui la dépassaient. Elle attendait beaucoup de moi, trop sûrement, et là, je l’ai déçue.

 

Je n’en garde aucun ressentiment car je pense avoir compris sa réaction, ni aucune culpabilité au fond de moi car j’ai agi en toute bonne foi, sans envie inconsciente de me défausser : je ne savais vraiment pas comment procéder avec ses papiers.

 

Reviendra-t-elle ? Dans quelles dispositions ?

Quant à moi, je ferai comme si rien ne s’était passé.

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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