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1 août 2010 7 01 /08 /août /2010 10:10

Quand j’annonce que je travaille pour une collectivité locale, on me demande parfois comment se passent les règlements, sous-entendu : sous quel délai suis-je payée ?

Vu mon expérience – je fréquente trois collectivités différentes –, ça dépend !…

Quand c’est le CCAS qui gère cette activité, je suis payée rubis sur ongle dans le mois qui suit l’établissement de la facture.

Quand c’est la mairie elle-même, cela dépend… des personnes qui traitent la facture.

 

Pour la toute première facture, j’ai dû insister et appeler plusieurs fois le secrétariat. Une échéance trimestrielle de charges sociales approchait mais je n’avais pas encore suffisamment de trésorerie d’avance pour y faire face. Le virement a heureusement été effectué quelques jours avant la date limite de paiement à l’Urssaf. La secrétaire m’a fait noter que la paierie avait anticipé le règlement malgré l’absence de convention. C’était plutôt une bonne chose, car ma prédécesseure n’avait jamais eu de convention en dix ans d’exercice et avait pourtant toujours été payée. Cette remarque m’a mis la puce à l’oreille et je n’ai eu de cesse ensuite que de réclamer une convention pour officialiser mes interventions.

 

Puis, le règlement de la facture d’août a fait défaut. J’ai encore réclamé : il y avait eu les congés, la personne qui s’occupait de moi n’avait pas été remplacée… Finalement, cette facture avait disparu. Je continue mon enquête auprès de la responsable des permanences ; pour la forme, elle farfouille dans ses papiers et… « Oooh, elle est là ! Elle était sous ce dossier ! Excusez-moi, je la traite tout de suite. »

 

Ensuite, j’ai repéré la comptable qui transmettait l’autorisation de paiement à la paierie et je l’ai chouchoutée : visites cordiales, messages amicaux, chocolats à Noël…

 

Plus tard, le service gérant ma permanence a changé et j’ai trouvé d’autres personnes plus attentives – j’avais l’impression d’exister enfin – et soucieuses de la régularité des paiements. Une fois, j’ai dû faire intervenir le chef de ce service qui m’a défendue de façon très énergique et le rythme de règlement, soit deux mois après la facture, a repris.

 

Entre-temps, le problème de l’absence de convention a été réglé puisqu’un appel d’offres a été lancé (le service juridique s’étant aperçu, onze ans après la création de ce service aux habitants, que c’était obligatoire). J’ai été retenue et mon activité est régie par un marché public en bonne et due forme.

 

À présent, même les périodes de congés ne perturbent pas trop la périodicité mise en place… jusqu’au prochain grain de sable dans les rouages municipaux.

 

***

Je reprends ce billet quelque temps après l’avoir commencé : je viens d’expérimenter l’intervention d’un gros grain de sable. Nous sommes début juin et mes factures de février à avril n’ont toujours pas été payées ; celle de janvier l’a été il y a trois semaines seulement. Explication : les factures que j’avais envoyées ont été perdues ; sûrement un problème au centre de tri car rien n’a été enregistré au service du courrier. Puis leur traitement a pris du temps car plusieurs personnes du service concerné étaient absentes. Mais le paiement a été ordonné et devrait arriver la semaine prochaine : chic, je vais pouvoir me payer !

 

Manque de bol, la même chose, ou presque, est survenue au même moment dans l’autre mairie ; quand ça veut pas, ça veut pas !

 

À l’Urssaf, hélas, personne n’était absent et j’ai vu un prélèvement rejeté. Branlebas de combat et transfert d’argent de mon compte personnel sur celui du cabinet. Comme j’ai payé l’échéance par retour du courrier de mise en demeure, la majoration automatique a été annulée sans que je ne demande rien. J’ai au moins appris que l’Urssaf pouvait faire preuve d’humanité, spontanément.

 

Quelques jours ont passé : toujours pas de virement… Je reçois différents documents officiels des services financiers mais rien sur le compte. Les deux personnes absentes du service comptable sont revenues, m’a-t-on dit, mais on ne sait pas quelle est leur priorité dans le traitement des dossiers. Ce n’est pas moi apparemment !

 

***

Fin du suspense : j’ai été payée ! À la prochaine fois !?...

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 11:17

Carima* travaille à la mairie. Comme tous les administrés, elle a pris un numéro à l’accueil pour me rencontrer car elle est empêtrée dans une histoire de contravention qui ne la concerne pas.


Elle a vendu sa voiture en octobre à un collègue mais ne l’avait pas signalé à la préfecture. En janvier, elle reçoit un avis de contravention du centre automatisé de Rennes pour un excès de vitesse relevé pour son ancien véhicule. Elle suit la procédure de contestation indiquée et envoie une copie du certificat de cession, qu’elle transmet aussi immédiatement à la préfecture.

 

En avril, quand je la vois, elle a déjà écrit deux fois, en renvoyant toujours le même document que le centre lui a retourné pour lui dire ensuite qu’il manquait.

J’écris un courrier reprenant l’historique et envoyant pour la troisième fois le certificat de cession.

 

Elle revient en mai car elle a maintenant reçu un avis d’amende forfaitaire majorée. Nouveau courrier explicatif, nouvel envoi de justificatifs.

L’été passe, elle n’a plus d’échos de cette affaire et pense que c’est terminé.

 

En septembre, elle reçoit une mise en demeure d’un huissier de justice et revient me consulter, très inquiète. Je pense, moi, que c’est plutôt une bonne chose car ainsi, elle a (enfin) un interlocuteur sensé qui comprendra et pourra sûrement agir pour faire valoir son bon droit.

Cinquième courrier, toujours recommandé bien sûr, et cinquième envoi des preuves.

 

Quelques semaines plus tard, elle m’interpelle joyeusement dans les couloirs : « Tu avais raison ! L’huissier s’est occupé de l’affaire : il arrête les poursuites et la contravention est annulée. »

 

Eh bé !… c’est bien, les centres « automatisés » !...

 

 

(*) Le prénom a été modifié.

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29 juin 2010 2 29 /06 /juin /2010 20:36

Quand j’ai commencé les permanences en mairie il y a cinq ans, j’ai pris la suite de ma consœur Françoise qui partait à la retraite. Elle avait travaillé pendant dix ans sans aucun contrat. Quand elle a annoncé son départ, les services municipaux lui ont laissé carte blanche pour trouver un remplaçant. Ce fut moi qu’elle présenta au directeur général lors d’une entrevue mémorable que j’ai évoquée dans un de mes précédents billets.

 

Les premières semaines passèrent sans aucune signature d’un quelconque engagement réciproque. Me fiant à l’expérience de Françoise, je ne m’en inquiétais pas jusqu’à apprendre, par hasard, que si la paierie municipale se penchait sur mon cas et s’apercevait qu’aucun document officiel ne me liait à la mairie, elle ne paierait plus mes factures. Dès lors, je n’eus de cesse de réclamer un contrat.

 

Les mois s’écoulèrent jusqu’à une énième réorganisation des services et au changement du supérieur hiérarchique de mon contact habituel. Cette nouvelle directrice m’apprit alors, sans ménagement, que les services d’écrivain public générant un chiffre d’affaires annuel supérieur à un certain montant (que j’ai oublié depuis), le choix du prestataire devait faire l’objet d’une offre publique d’achat.

Vlan, sur la tête ! J’ai eu quelques angoisses : je ne connaissais pas bien ce type de procédure, mais j’avais tout de même compris que je ne serais pas spécialement favorisée par rapport à un éventuel autre écrivain public candidat, malgré mon année d’ancienneté dans le poste.

J’ai donc préparé mon dossier et répondu à l’appel d’offres. Avec le recul, je sais que ce n’était pas d’une façon magistrale, mais… j’ai été retenue (j’étais l’unique soumissionnaire !). Il s’agissait d’un contrat d’un an reconductible deux fois ; j’étais donc tranquille pour trois ans.

 

Ceci m’amenait à fin décembre 2009 ; j’avais organisé tous mes autres engagements en fonction de cette date. Dès le mois d’août 2009, j’ai commencé à m’inquiéter de la nouvelle procédure à venir : mon interlocutrice changeait encore, la municipalité connaissait quelques déboires judiciaires après les dernières élections… Je préférais prévoir…

Las ! Ma correspondante, et je le crois, avait tout préparé pour son successeur, mais la fin de l’année arriva et rien n’était mis en place.

 

On me fit un avenant d’un mois, soit jusqu’à mi-février. L’appel d’offres fut lancé à peu près à cette période avec une date butoir à mi-mars ; j’y répondis bien sûr. Un autre avenant jusqu’au 18 avril fut signé. Dès le début d’avril, je fis le siège de mon nouvel interlocuteur et du service des marchés publics pour avoir un début de semblant de réponse : ils refusaient de me donner la moindre information, se retranchant derrière le sacrosaint secret des marchés ; je ne pouvais même pas connaître le nombre de soumissionnaires.

 

Finalement, le vendredi 16 avril à 16 h 45, je reçus un appel du responsable des marchés publics m’annonçant que j’étais retenue, que l’acte d’engagement attendait la signature du maire et que je pouvais donc continuer le mardi suivant.

 

Et le 28 avril dernier, je reçus enfin le courrier recommandé officiel. Ouf ! je suis tranquille pour trois fois un an !

 

Une prochaine fois, je vous raconterai les problèmes de paiement de factures rencontrés au même moment…

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 14:06

 

Je connais Mme B. depuis que je tiens ces permanences. Je l’aide dans les nombreuses formalités de sa vie quotidienne mais, ces derniers temps, je la vois surtout pour ses démarches de recherche d’un nouveau logement. Ils vivent à cinq, deux adultes et trois adolescents, dans deux pièces, et rencontrent en plus des problèmes d’insalubrité. Leur dossier est déposé depuis… très longtemps mais rien n’aboutit. Mais elle est toujours de bonne humeur, plaisante et rit volontiers.

 

Aujourd’hui, quand elle s’installe, elle me tend une enveloppe prétimbrée en me disant :

« Je veux juste écrire à “l’IVEC” ».

- L’IVEC ? Qu’est-ce que c’est ? » (Je pense à un nouvel organisme proposant des logements).

Elle rigole :

«  Je vois que t’es pas chrétienne, tu sais pas ce que c’est ! »

En l’entendant, je comprends de suite : il s’agit de…

« Aaah, vous voulez écrire à l’évêque ?

- Oui.

- Pour lui dire quoi ?

- Parce que je veux faire ma confirmation. »

 

C’est une femme de quarante-deux ans, avec trois enfants de seize, quatorze et douze ans !

 

« Vous devez lui expliquer pourquoi vous voulez être confirmée à votre âge ?

- C’est ça.

- Alors, pourquoi ?

- Parce que j’ai été baptisée, j’ai fait mes communions mais pas ma confirmation…

- Et ça vous manque ?

- Oui. »

 

Alors je raconte pour elle : l’enfance au Cap-Vert, le trop long trajet pour aller suivre la préparation à la confirmation, puis l’exil en France, sa vie de femme, le baptême de ses enfants, sa pratique religieuse régulière, et son besoin, maintenant, de parfaire son parcours de chrétienne. Cela fait un an qu’elle y travaille, accompagnée par un diacre africain ; la cérémonie est prévue pour Pentecôte.

 

Je lui propose de recopier à la main mais elle ne sait écrire que le portugais. Je choisis donc une police manuscrite pour rendre la lettre plus personnelle.

 

J’ai dû me documenter sur la façon de s’adresser à un évêque car c’était une première pour moi (ce qui a bien fait rire Mme B. !).

Allez, je vous fais partager mon savoir tout neuf ! (C’est une des possibilités qui existent, avec Moult Majuscules, bien sûr, Pour Manifester Tout Son Respect) :

en suscription : « A son Excellence Monseigneur l’Évêque de... » ;

en appellation : « Monseigneur » ou « Excellence » ;

en formule de politesse finale, pour une femme : « Veuillez agréer, Monseigneur, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués. ».

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 12:33

Ce souvenir est difficile à aborder. Il me laisse une impression pénible et le regret de m’être laissée emporter par une tendance à la provocation, très dommageable dans l’exercice de mon métier. Heureusement, c’est extrêmement rare : depuis que j’exerce ce métier, soit plus de neuf ans, j’ai eu quelques altercations mais c’est la seule aussi violente.

Allez… je publie ce billet maintenant et on n’en parle plus !

 

Quand j’arrive, le monsieur attend déjà. Il fait quelques plaisanteries au sujet de la foule qui se presse devant le centre social, car c’est une journée d’inscription aux activités des mois à venir ; il semble plutôt détendu…

 

Je m’installe puis le fais entrer. Il s’assoit, dans une posture très raide, le visage figé, et commence à me raconter son drame d’un ton monocorde : durant toute son enfance, il a été abusé par un ami de ses parents. Celui-ci venait le chercher, faisait ce qu’il voulait de lui, et le ramenait. Sa mère savait, mais ne réagissait pas. Il n’a jamais été cru quand il a essayé de se défendre. Et la situation a duré jusqu’à ce qu’il s’enfuie de chez lui. Depuis, plus de vingt ans après, il n’a jamais connu de vie stable ; il habite ici ou là, bénéficiaire du RSA, il travaille quand il le peut… Il a plus ou moins rétabli des relations avec sa mère. Quand il parle de lui, il utilise le pronom « il » ou « ce jeune homme ».

 

Il a essayé plusieurs fois de demander réparation en justice. Je ne sais pas ce qu’il a entrepris, mais, selon ce qu’il me dit, rien n’a abouti. Il veut recommencer, mais « on » lui a affirmé que c’était trop tard, qu’il y avait prescription. Il veut que je trouve une solution, fasse un miracle. Il n’a aucun document à me montrer.

 

Je ne sais pas par quel bout prendre l’affaire ; je lui suggère d’aller à la permanence juridique : non, ce n’est pas la peine ; de consulter un avocat : non plus ; de s’adresser à une association d’aide aux victimes : on lui a dit qu’il y avait prescription… En désespoir de cause, puisque, apparemment la justice ne peut plus rien pour lui, je lui conseille de s’occuper de lui afin de pouvoir supporter ce fardeau et vivre mieux avec, de faire appel à un thérapeute : c’est encore non, pour diverses raisons.

J’arrive à lui faire entendre, non sans mal, que je ne peux rien non plus pour lui. Il n’est pas satisfait, mais semble l’admettre.

 

Puis il continue sur un autre problème : une amende pour voyage en train sans billet. C’est arrivé à Marseille il y a quelque temps (combien ? impossible de savoir). Depuis, il a déménagé et le Trésor Public a fini par le retrouver. Il veut… expliquer sa situation… demander une exonération…

« D’accord monsieur. Avez-vous la première contravention ? l’avis du Trésor Public ? »

Il n’a rien, a tout perdu…

« Mais je ne peux rien faire, monsieur. Je ne sais pas à qui m’adresser, je n’ai aucune référence de dossier… On ne vous retrouvera jamais… »

 

C’est un refus de trop. Il se lève et se met à crier : je suis comme les autres, je ne veux pas l’aider… Il va dire à tout le monde que je ne veux pas travailler, d’ailleurs, à qui doit-il s’adresser ? à la mairie ? Il va se plaindre au maire !

J’essaie de le calmer, de lui faire entendre raison… en vain. Il y a déjà plus d’une demi-heure que je l’écoute, je n’en peux plus… ce qui explique peut-être mon malheureux :

« Si vous voulez monsieur, je vous écris la lettre au maire. »

Trop c’est trop !

« Vous vous foutez de moi ? »

Ma petite moue est éloquente.

« Je vous demande si vous vous foutez de moi et vous répondez oui !… »

 

Je ne sais plus quelles imprécations il m’a lancées. Je réussis à le faire se rapprocher de la porte que j’ai ouverte. Le monsieur hurle à quinze centimètres de mon visage et je soutiens son regard. Bizarrement, je n’ai pas peur, mais c’est vraiment très pénible. L’agent d’accueil s’est rapproché de moi et parvient à le faire sortir. Ouf !

 

Je respire un grand coup et fais entrer la personne suivante. Je l’entends toujours à travers la porte.

Deux minutes après, le monsieur refait irruption dans le bureau et me maudit littéralement : « J’espère que Jésus… que vous aurez un accident… que vous tomberez morte dans la rue. C’est une honte de travailler comme ça… »

L’agent d’accueil le refoule « Oui, monsieur, vous l’avez déjà dit. Sortez maintenant. »

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 16:52

Et voici LE livret !

Pour les mélomanes avertis, je précise que le refrain (repéré en caractères gras), lancinant, se chante sur l’air de Il était un petit navire ; le reste s’interprète sur l’air que l’on veut. EP signifie… écrivain public bien sûr.

 

M. Loiseau

Excusez-moi madame, je ne me suis pas rasé…

 

EP

Cela n’a aucune importance, monsieur. Je vous en prie, asseyez-vous.

alors qu’il se lève ! regard étonné

 

M. Loiseau

Ah madame !

J’ai une très très belle montre (bis)

Qui appartenait à feu mon papa (bis)

 

EP

Que voulez-vous fair’ de cett’ montre

Asseyez-vous et racontez-moi ça.

idem plus haut

 

M. Loiseau

J’avais offert cette bell’ montre

Il y a quarante ans à mon cher papa

Mon père est décédé, madame, l’année dernière. Sur son lit de mort, il m’a fait promettre

de trouver à vendre la montre

pour tirer la famille du tracas

 

EP

Oui… Et  que puis-je faire pour vous ?

 

M. Loiseau

Je voulais écrire à monsieur Julien Dray

car c’est un amateur de montres

Et je suis certain qu’il l’apprécierait.

 

EP

Ah ? vocalise qui se termine en quinte de toux.

Alain lui tend un verre d’eau qu’elle boit, lui tapote la main et se fait rembarrer quand ça va mieux.

Il collectionne les montres ?

 

M. Loiseau

Oui, je l’ai entendu sur RTL… parce que j’écoute RTL…

Je l’ai appelé plusieurs fois, sans réussir à l’avoir. Et finalement, figurez-vous que pour une fois que j’avais trouvé

un grand collectionneur de montres

C’est trop fort il est mis en examen.

 

EP

Heuuu… Tentative de vocalise mais Alain lui donne un coup de coude qui l’arrête net.

C’est sûr, ce n’est pas de chance !

 

M. Loiseau

J’avais aussi pensé écrire à monsieur le président de la République…

qui lui aussi aime les montres

Mais je n’ose pas le déranger pour ça…

 

EP

Je crois que vous avez raison, monsieur. On n’écrit pas au président de la République pour une histoire de montre.

 

M. Loiseau

Je vais donc écrire à monsieur le maire qui connaît bien monsieur le président de la République et pourra lui parler

de cette très très belle montre

qui fonctionnera comme au premier jour.

 

EP

Fonctionnera ? Elle est en panne ?

 

M. Loiseau

Oui, je l’ai déposée chez le meilleur horloger de la ville. D’ailleurs, c’est juste à côté de la mairie, monsieur le maire n’aura qu’à traverser la rue

pour aller admirer la montre

constater que ce que je dis est vrai.

 

EP

Votre réparateur de montres,

il ne connaît pas de collectionneur ?

 

M. Loiseau

Je le lui ai demandé, madame, mais il ne fait rien, il attend que je le paie.

 

EP

Que vous le payiez ?… J’comprends plus rien…

Écoutez monsieur, ce n’est pas que je ne veux pas vous faire la lettre pour le maire, mais je pense

qu’il se moqu’ bien de votre montre

et qu’à la poubelle ira le courrier.

 

M. Loiseau

Oh ! madame, on ne met pas à la poubelle

une si précieuse montre

qui vaut bien dans les 30 000 euros.

 

EP

Je ne parle pas de la montre

Mais de la lettr’ que je vous écrirai.

 

EP

Le réparateur l’a estimée à 30 000 euros ?

 

M. Loiseau

Non. Mais je le sais.

Vous comprenez, avec cet argent, je pourrai commander une pierre tombale et prendre une concession de trente ans au cimetière.

 

EP

Bon… après tout… Je vais vous le faire, le courrier pour le maire.

 

M. Loiseau

Merci beaucoup madame. Vous savez

Tant que j’n’ai pas vendu la montre

Je n’peux pas aller visiter papa.

 

EP

Elle chantonne « Oha oha » en écho à la fin du refrain.

Tenez. Signez… je vais vous faire une copie.

 

M. Loiseau

Je vous en suis infiniment reconnaissant.

Au revoir madame.

Ils se serrent la main.

 

EP

Au revoir, monsieur.

 

Public indulgent, tous nos confrères présents nous ont fait un triomphe !

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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 19:14

Le métier d’écrivain public amène à vivre des situations pénibles, tragiques, conflictuelles, mais aussi étonnantes, drôles et franchement comiques. Le plus difficile est de conserver pendant la consultation une distance toute professionnelle et un sérieux imperturbable.

Ensuite, quand nous nous retrouvons « entre nous », nous échangeons nos souvenirs et piquons les fous rires que nous avons dû refouler sur le moment.

Un épisode de ce type m’a inspirée pour écrire une parodie d’opérette que j’ai « chantonnée » avec mon confère et ami Alain Delacour lors du forum 2009 de notre association professionnelle, le GREC, où nous avions décidé de mettre en scène des anecdotes savoureuses de notre pratique.

 

Le titre en est La montre de papa. Tout est vrai !

L’introduction écrite par Alain a permis de donner le ton dès l’ouverture. J’ai laissé les indications de mise en scène… C’est sans aucune prétention artistique, mais nous nous sommes bien amusés tous les deux.

 

Introduction lue par Alain

 

Mesdames, messieurs,

 

Je suis heureux de vous accueillir ici, dans le cadre de nos soirées lyriques du CISP. Nous terminons aujourd'hui notre cycle consacré aux grandes heures de l'opérette française avec une oeuvre injustement oubliée intitulée : La montre de papa. Cette oeuvre a été composée à la limite du XIXe et du XXe, du côté de la porte d'Aubervilliers. Le livret original en a été écrit par la célèbre librettiste Christina Teugé. Cela mérite d'autant plus d'être souligné, que les femmes librettistes sont rares dans le PIM, le Paysage international de la musique. Christina a composé, entre autres, une opérette célèbre qui connut en son temps son heure de gloire et intitulée : « Mets deux tunes dans le bastringue ».

 

La montre de papa évoque la rencontre d'un certain M. Loiseau avec un écrivain public. Cela est d'autant plus remarquable que le thème de la relation client/écrivain public avait peu inspiré jusque-là les auteurs et compositeurs lyriques.

 

Nous devons la musique de cette opérette au célèbre compositeur Maurice Raviole, bien connu pour une oeuvre phare à laquelle il doit la postérité de son nom : le Bolino de Raviole.

 

Avec La montre de papa, Raviole signe une musique de facture relativement classique, mais dont la richesse mélodique avait été soulignée en son temps par les critiques musicaux les plus en vue de l'époque. Notons que le thème le plus célèbre de cette œuvre connut un tel succès populaire qu’il fut repris par la suite dans une chanson pour enfants.

 

Mais je ne vous en dirai pas plus. Je vous laisse découvrir cette oeuvre qui fit les belles heures de l'opéra-comique et qui va être interprétée ce soir, dans le rôle de l’écrivain public, par la grande diva de renommée internationale qui me fait l’honneur d’être à mes côtés : j’ai nommé « La Christine » (prononcé La Christ-eine à « l’allemande »).

 

Christine arrive des coulisses en minaudant, salue puis se met sur le côté pour faire un gargarisme assez bruyant qui perturbe Alain.

 

Quant à moi, j’aurai le grand avantage d'interpréter pour vous, mesdames et messieurs, le rôle de son client, M. Loiseau.

 

Musique, maestro !

 

Christine fait comprendre à Alain qu’il n’y a pas de musiciens : d’abord des signes plus ou moins discrets puis elle chuchote à son oreille.

 

Alain, se reprenant : Ah, j’allais oublier de vous préciser, mesdames et messieurs : dans la grande tradition de l’opéra économique, pardon de l’opéra comique, nous allons avoir le grand honneur d’interpréter La montre de papa a capella.

Quand vous voulez très chère… Alain sort son mouchoir blanc qu’il ne lâchera plus.

 

Christine donne le la et Alain essaie de s’harmoniser, mais c’est complètement faux. Il a pourtant l’air très content de lui et se tient prêt à commencer à chanter.

 

Là, Alain s’aperçoit que ses partitions sont à l’envers et il retourne ma chemise cartonnée. Il s’apprête à chanter, mais fait tomber les partitions et tout un fatras de papiers par terre. Il essaie de les ramasser avec maladresse et prend un temps fou à les remettre dans l’ordre. Pendant ce temps, Christine refait un gargarisme puis s’énerve et tire Alain vers le public pour qu’il commence, laissant les papiers par terre.

 

Alain commence enfin à chanter.

 

Chacun se lève rapidement à chaque fois qu’il commence à chanter et s’assied tout aussi rapidement dès qu’il a fini.

 

À suivre…

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:25

« Je voudrais écrire au procureur pour que mon fils porte le nom de son père. »

La dame, accompagnée de sa sœur, me montre à la fois l’acte de naissance de l’enfant et son livret de famille.

« Je suis mariée depuis janvier, mais je voulais pas que mon fils porte le nom de son père, mais maintenant la dame de l’état civil m’a dit d’écrire au procureur pour faire changer le nom. »

Pfffou… je ne comprends rien !

 

Je regarde l’acte de naissance : seule la mère apparaît, et l’enfant, pourtant né en septembre, porte son nom à elle.

« Mais… vous êtes mariée…

- Oui depuis janvier.

- Et… votre mari n’a pas reconnu l’enfant ?! Mais… c’est pas possible ça !

- Je voulais pas qu’il porte son nom… »

Je dois vraiment avoir l’air perdu à me tenir le front ou le menton et regarder, sourcils froncés, les deux documents qu’elle me tend.

« C’est la personne de l’état civil qui vous a dit d’écrire au procureur ? »

Et je réfléchis à toute vitesse : le mari n’apparaît pas, est-ce qu’il doit faire une demande en reconnaissance de paternité ?… Vraiment, je ne comprends rien !

« Si vous voulez, je vais demander à la dame de vous expliquer ?

- Oui, allez la chercher. »

 

L’employée de mairie, officier d’état civil, finit par arriver et elle m’explique tout :

« Madame, quand elle a accouché, n’a pas dit qu’elle était mariée et on lui a établi un livret de famille pour les mères célibataires. »

Et la dame brandit ce livret, qu’elle ne m’avait pas encore montré.

« Vous voyez, reprend l’officier d’état civil, ce n’est pas normal. Quand on est marié, l’enfant porte automatiquement le nom du mari. »

Elle se tourne vers la dame :

« Vous avez compris ? Il ne fallait pas faire ça ! Vous n’aviez pas le droit.

- Je sais… »

Je remercie l’officier d’état civil qui repart.

« Bien, madame, j’ai compris ! Vous n’avez pas dit que vous étiez mariée quand vous avez accouché.

- Je voulais pas qu’il ait l’enfant. Il est venu le voir que le deuxième jour, il s’en fout de son fils… La prochaine fois, je le ferai pas, j’ai compris. »

Et la sœur de renchérir :

« J’te jure, à ta place j’aurais fait pareil ! »

Elle se tourne vers moi :

« Elle était vraiment déprimée. »

 

J’écris donc au procureur en expliquant l’affaire, en essayant d’arrondir les angles « j’ai fait une erreur, j’ai omis de dire que j’étais mariée, je me suis rendu compte de mon erreur et du préjudice pour mon enfant… »

« Voilà madame, j’ai un peu expliqué, en espérant que le procureur sera compréhensif… »

 

En repartant, les deux sœurs continuent leurs commentaires :

« La prochaine fois, je ferai pas ça…

- La prochaine fois, tu te maries pas. On vit ensemble et c’est tout ! »

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:19

Jolie jeune fille ! Les cheveux très bruns, longs, bouclés et en désordre, le teint mat. Et ses yeux ! Bruns aussi, un regard hostile, par en-dessous, coupant comme un scalpel. Je pense qu’elle n’est pas venue me voir de son plein gré ! Elle est accompagnée de sa mère, une femme d’une quarantaine d’années portant le foulard. Je l’ai déjà rencontrée et nous nous étions accrochées la première fois que j’avais travaillé pour elle à la rédaction d’une lettre de motivation : je posais des questions sur son projet, elle ne comprenait pas que je me montre aussi « indiscrète » et pressante.

 

Madame a amené sa fille pour une lettre de motivation aussi. Appelons-la Nadia : elle a dix-sept ans ; elle est au lycée, mais veut changer de section, ce qui n’est pas possible en cours d’année. Je n’ose pas demander ce qu’elle abandonne ni ce qu’elle envisage de faire : visage toujours aussi fermé, elle reste sur le qui-vive tout le long de l’entretien. En attendant la rentrée suivante, sa mère a décidé qu’elle devait travailler.

 

Je me tourne vers Nadia.

« Qu’est-ce que vous aimeriez faire ? À qui voulez-vous envoyer votre candidature ?

- Au théâtre.

- Ah, c’est une bonne idée. Pourquoi vous voulez travailler là ?

- Ben, j’ai pas le choix, faut que j’travaille.

- Quel poste vous intéresserait ?

- Je sais pas…

- Vous aimez le théâtre ? Vous y allez ?

- J’y suis allée une fois.

- Ah. Et qu’est-ce qui vous a plu là-bas ?

- Chais pas, c’était bien, j’aimais bien l’ambiance… Mais je veux juste une lettre…

- J’ai bien compris… Mais il faut que je sache quoi écrire dans cette lettre pour vous présenter, pour expliquer ce qui vous plaît… Postuler dans un théâtre, ce n’est pas la même chose que postuler dans un supermarché… »

Sa mère intervient :

«  Elle veut pas travailler dans un supermarché.

- C’est un petit boulot comme un autre, surtout que vous n’avez pas d’expérience ni de diplôme.

- Non non, pas au supermarché, je veux pas qu’on me voie, c’est la honte !

- C’est la honte de travailler ? C’est plutôt courageux de votre part ! Il n’y a rien à critiquer…

- …

- Bon, alors, qu’est-ce que je mets dans la lettre pour le théâtre ?

- Que je trouve ça bien… »

 

Alors, tant bien que mal, j’écris une lettre de motivation pour une jeune fille qui ne veut pas vraiment travailler, mais qui, si elle y est obligée, aimerait le faire au théâtre municipal.

 

« Je voudrais aussi une lettre pour la librairie du centre commercial.

- D’accord. Vous y allez ? Le libraire vous connaît ?

- Oui, j’y vais de temps en temps…

- Vous aimez lire ?

- Oui. »

L’espoir de trouver un point accrocheur à développer dans la lettre naît en moi.

«  Quels genres de livres ?

- Les mangas. »

Mon espoir diminue…

«  Les mangas… Vous vous y connaissez ? Vous seriez capable de conseiller quelqu’un qui voudrait découvrir ce genre de livres ?

- Heu… oui… »

Alors, tant bien que mal, j’écris une deuxième lettre de motivation pour la même jeune fille toujours aussi peu motivée pour travailler, qui tenterait bien une expérience en librairie, au rayon des mangas.

 

Ma foi, les deux lettres semblent lui plaire… Dans la foulée, je lui fais aussi un CV…

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 14:14

Oh oh ! Il a changé ce monsieur : au début qu’il venait me voir, il paraissait effacé et peu sûr de lui… Il se tient maintenant plus droit, les cheveux presque rasés, le teint hâlé, il semble en meilleure santé. Il y a longtemps qu’il n’était pas venu…

 

Je l’ai aidé dans ses démarches pour obtenir un certificat de nationalité afin de renouveler sa carte d’identité. Accompagné de sa future femme, il avait besoin d’une carte en cours de validité pour se marier. Je n’ai jamais bien compris le problème et ne sais pas s’il a été résolu. En tout cas, il vient maintenant seul et sa fiancée s’est mariée avec un autre ! (Je le sais, elle continue à venir me voir.)

Il cherche aussi du travail, donc je lui rédige des lettres de motivation. C’est une nouvelle occasion pour moi de m’interroger sur le bien-fondé de ce genre de formalités pour des personnes comme lui, analphabètes, qui ne peuvent que rechercher un emploi non qualifié. Quel intérêt de leur demander une lettre de motivation alors qu’elles sont incapables de l’écrire elles-mêmes ? Je ne sais même pas si elles comprennent les mots que j’utilise, que je choisis pourtant très simples. Où se trouve la fameuse adéquation entre l’écrit réalisé pour le client et le client lui-même que revendique tout écrivain public qui se respecte ? Mais c’est un autre débat que j’aborderai sûrement plus tard…

 

Après l’avoir salué, je l’emmène dans l’ascenseur. Quatre étages à monter, ça laisse un peu de temps pour échanger quelques mots.

« Est-ce que je peux vous poser une question indiscrète ? »

Houlà, qu’est-ce qu’il va me sortir ? je m’attends à tout.

« Vous pouvez toujours la poser, je ne garantis pas d’y répondre…

- Non non vous êtes pas obligée. »

Nous sortons de l’ascenseur, parcourons les couloirs et entrons dans le bureau : toujours pas de question indiscrète.

« Alors, monsieur, qu’est-ce que vous vouliez me demander ?

- Est-ce que vous êtes mariée ? »

Nous y voilà !

« Ah ça, monsieur, c’est bien une question indiscrète !

- Oui oui, vous êtes pas obligée d’y répondre.

- Alors, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? »

Ce jour-là, il avait besoin de remplir un imprimé pour Pôle Emploi.

Après avoir terminé, nous sortons et retournons à l’ascenseur.

« Vous savez pourquoi je vous ai demandé ça tout à l’heure ? »

Parfois j’ai la mémoire très très courte.

« Quoi donc monsieur ?

- Ben vous savez, si vous êtes mariée…

- Ah oui.

- C’est parce que je cherche une femme ! »

Ben oui, je suis une femme, pas trop moche, alors il tente sa chance !

Je ne suis pas choquée, plutôt amusée, mais surtout sidérée qu’il ne se rende pas compte de l’incongruité de sa démarche. Je crois que ça va plus loin que son intérêt pour ma petite personne, que c’est un signe qu’il est un peu « à côté de la plaque » dans la société où il vit.

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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