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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 21:03

Mme D.M., tout en sortant de son sac une facture de téléphone portable, m’explique qu’elle veut envoyer une lettre de réclamation. D’une part, elle a l’impression d’avoir payé – une somme importante –  deux fois à un mois d’intervalle alors que la facture est bimestrielle. D’autre part, elle a souscrit un forfait téléphonique qui inclut tous les numéros commençant par 01. Or, malgré ça, elle a une page de communications à payer.

« C’est mon fils, je lui avais dit qu’il pouvait appeler, que les numéros en 01, c’était gratuit. »

 

Pour le premier souci, comme elle n’est plus trop sûre des dates, je lui demande de vérifier sur son relevé bancaire quand a eu lieu l’avant-dernier prélèvement : début octobre, pas de problème, début novembre, elle revient me voir, il faut peut-être réclamer.

 

J’examine ensuite sa page de coups de fil facturés : c’est toujours le même numéro qui apparaît à des horaires bizarres, même la nuit, pour des durées parfois très longues.

« Vous avez demandé à votre fils où il appelait ?

- Il m’a dit que c’était une entreprise.

- Une entreprise ? C’est étonnant vu les horaires d’appels. En général, les entreprises ne sont pas ouvertes à une heure du matin.

- Sa sœur a téléphoné, mais elle n’a pas très bien compris, ça demande d’appeler un autre numéro… »

De plus en plus louche… J’ai ma petite idée et j’empoigne le téléphone pour vérifier.

« La la la (une musique)… Bonjour (une suave voix féminine), ici le service X Rose… patati patata… Retrouvez-nous aussi au 01… »

Je raccroche.

« C’est un téléphone rose. »

Mme D.M. secoue la tête en soupirant :

« Des conneries !… Excusez-moi !

- Bah, ce sont des trucs de garçons… Donc là, vous ne pouvez pas réclamer. Ce genre de numéro, même s’il commence par 01, n’est pas inclus dans le forfait… Regardez, c’est écrit là en tout petit sur la facture… Je pense qu’il le savait…

- Ben oui… Il va payer hein ! »

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 13:16

M. A prépare son dossier de retraite pour l’année prochaine. Il y a plus d’un an, il a reçu et vérifié sa reconstitution de carrière et remarqué que l’année 1986 n’était pas validée. Il a donc apporté à deux reprises et à un an d’intervalle le certificat de travail correspondant à l'antenne de la CNAV. Il est allé vérifier dernièrement et on lui a répondu « qu’ils ont pas trouvé ». Quand il a demandé ce qu’il pouvait faire, on lui a conseillé d’écrire pour réclamer… mais il ne sait pas à qui, ni quoi d'ailleurs.

Il me montre deux récépissés des documents déposés et le fameux certificat. Il a perdu tous les bulletins de paie de cette année, excepté celui de décembre.

 

Ses explications sont embrouillées et il ne parle pas bien le français. Je comprends d’abord que, par deux fois, la CNAV a perdu le certificat de travail et qu’il veut le renvoyer. Je répète pour être sûre : non, ce n’est pas ça… Il recommence les mêmes explications, je comprends toujours la même chose, et ce n’est bien sûr toujours pas ça !

 

Pendant ce temps, j’examine le certificat de travail. Il a été établi par un liquidateur judiciaire en 1989, car la société a fait faillite. Puis j’observe le bulletin de décembre et je remarque que le nom de l’entreprise est différent de celle qui a disparu. Il me confirme qu’elle a été souvent rachetée. Et soudain, illumination : « Monsieur, est-ce que la CNAV vous a dit qu’elle n’avait pas trouvé l’entreprise ? ». Il ne sait pas, mais je crois que j’ai une piste.

 

J’écris donc à la CNAV en reprenant l’historique, en signalant qu’en 1986, la société ne portait pas le même nom qu’en 1989 et en suggérant de faire une enquête avec le nom de l’époque. J’ajoute aussi que si les recherches étaient toujours vaines, et étant donné que les années d’avant et d’après ont été validées, on pouvait bien lui accorder le bénéfice du doute et compter 1986 malgré le manque d’informations.

J’essaie de lui expliquer, je pense qu’il a compris ; j’espère avoir eu le nez fin et que l’affaire se finira bien pour lui. J’espère aussi qu’il me tiendra informée ! C’est important de savoir si mes idées sont géniales, n’est-ce pas ?

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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 18:17

Mme N. m’amuse car elle m’approuve toujours, même si je la contredis, en commençant ses phrases par « Oui oui ».  Elle vit seule avec son fils d’une quinzaine d’années et a le souci de bien s’en occuper, surveiller ses études et ses fréquentations.

Aujourd’hui, elle m’annonce qu’elle veut résilier son abonnement à Internet. Elle n’a pas la facture mais me montre le récapitulatif de l’offre qu’elle a choisie, j’ai donc son numéro de client. Je l’interroge : quand a-t-elle souscrit cet abonnement ? s’est-elle renseignée auprès du fournisseur ? a-t-elle le droit de résilier maintenant ?


Son abonnement date d’août dernier, donc de moins d’un an. Je lui fais remarquer qu’en général, l’engagement est de douze mois et que résilier avant l’obligera à payer la totalité de ce qu’elle aurait de toute façon payé.

« Oui oui, c’est ce qu’on m’a dit. Mais tant pis parce que, normalement, je devrais payer environ 40 € mais j’ai des factures de 200 €.

- Si vous aviez une facture sur vous, je pourrais voir pourquoi c’est aussi cher.

- C’est depuis que mon fils utilise les clés pour aller sur Internet. »


Les clés… je ne sais pas trop ce que c’est… Nous continuons à parler et je finis par comprendre qu’il s’agit d’une clé 3G, pour se connecter à Internet par le réseau satellitaire. Un coup d’œil plus observateur sur le document qu’elle m’a montré et je vois qu’elle a une option « Everywhere » ; ça doit être ça.

« La clé, c’est ce qu’on appelle une clé 3G ?

- Oui oui, c’est ça qu’on m’a dit. Depuis le 17, je lui ai pris les clés et je les ai cachées et il ne se sert plus de l’ordinateur parce qu’il ne sait plus comment faire.»


Je lui explique alors que si son fils n’utilise son ordinateur qu’à la maison, il lui suffit de se brancher sur la prise du téléphone pour accéder à Internet, il n’a pas besoin de clé 3G.

Je lui dis aussi qu’il me semble dommage pour un jeune garçon de ne pas pouvoir se servir d’internet.

« C'est vrai, il en a besoin à l’école…

- Et aussi pour communiquer avec ses copains… Il n’en a pas un qui pourrait lui montrer comment faire sans clé 3G ?

- Un copain, je sais pas, mais dans mon immeuble, je connais quelqu’un qui peut lui expliquer, je vais lui demander…

- Voilà, ce serait bien, il pourrait continuer à aller sur internet et vous ne paieriez pas plus que ce qui était prévu. Et puis, vous pourriez essayer de changer votre abonnement… Ce n’est pas sûr que le fournisseur accepte maintenant mais vous pouvez toujours demander. En tout cas, il faudra y penser en août, au moment de son renouvellement. Il faut dire exactement de quoi vous avez besoin, certainement pas de la 3G… Allez-y avec quelqu’un qui s’y connaît parce que souvent on ne comprend rien à ce que raconte le vendeur… Moi, par exemple, je n’y connais pas grand-chose et…

- Si si, vous m’avez bien expliqué. Je vais aller voir pour changer l’abonnement…

- Attention, je vous dis que ce n’est pas sûr que ce soit accepté. Mais tant que vous gardez les clés cachées, vous ne risquez plus rien.

- Oui oui. Merci beaucoup madame. »

 

Et voilà, un écrivain public qui n’écrit rien !

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 18:43

M. K. vient de recevoir un courrier du ministère de l’Immigration, de l'Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire à la suite de sa demande de naturalisation. Elle est refusée car il n’a pas montré qu’il avait « fixé de manière stable le centre de ses intérêts matériels et de ses attaches familiales ». En effet, son épouse et ses deux enfants sont encore au pays.

 

En tant que réfugié, sa demande de regroupement familial a été acceptée assez facilement. Il a ensuite déposé une demande de visa au consulat de France à Dakar mais « ça traîne depuis deux ans ».

Comme proposé au verso du courrier, il souhaite déposer un recours contre cette décision car il est en attente de la réponse du consulat et ne veut pas laisser passer le délai de deux mois (plus d’un mois s’est déjà écoulé !).

Au premier chef, je pense que, comme je l’ai souvent constaté, l’administration consulaire tergiverse pour accorder l’autorisation d’entrée en France. Par le passé, j’avais accompagné une dame, réfugiée elle aussi mais d’un autre pays, dans ses formalités pour que ses enfants la rejoignent ; il avait même fallu faire intervenir le délégué du médiateur de la République.

 

Avant de proposer à M. K. de relancer la requête auprès du consul, je lui demande de m’expliquer où en sont les démarches. C’est ainsi que j’apprends que sa femme a été convoquée plusieurs fois mais ne s’est pas rendue aux rendez-vous, qu’elle a, de plus, toujours une bonne excuse pour ne pas aller aux nouvelles.

« Mais, elle a vraiment envie de venir en France, votre femme ?

- Ben non, elle est très attachée au pays, aussi à ma mère qui vit avec elle…

- Donc elle ne fait aucun effort pour répondre au consulat ?

- Heu… non. »

 

Je lui explique les termes du courrier du ministère, les raisons invoquées et lui affirme qu’un recours, sans élément nouveau, ne servirait à rien. En revanche, je lui indique que dans un couple marié, quand l’un demande la nationalité française mais pas l’autre, ce dernier doit écrire pourquoi il ne le fait pas. Tenant compte de ce point, je lui propose de préparer un courrier pour son épouse expliquant son choix de rester dans son pays. Elle le signera et le lui enverra avec une copie de sa pièce d’identité (pour prouver que c’est bien elle qui s’exprime). À ce moment-là, il reviendra me voir et nous préparerons une demande de révision à adresser au ministère.

 

Ce compromis lui semble correct : au moins, sa femme sera obligée de se prononcer clairement sur ses intentions. J’attends donc sa visite une fois qu’il aura la lettre de « désistement » de madame.

Il revient quelques semaines plus tard : sa femme ne s’est toujours pas décidée…

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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 14:03
Aujourd’hui, ma permanence ne se déroulera pas seulement entre l’usager (c’est ainsi qu’on nomme le « client » dans le service public) et moi. Dans mon petit bureau de 7 m² environ, il faudra aussi caser un ingénieur du son et un cameraman, plus le réalisateur posté dans l’encadrement de la porte, car la télévision publique (France 2, oui oui oui !) a décidé de tourner un reportage sur le métier d’écrivain public ; mon expérience à la fois en mairie et en cabinet privé lui a semblé intéressante.

L’équipe arrive une heure après moi, j’ai bien sûr déjà commencé et la laisse s’installer. À chaque nouvel usager, je demande s’il veut bien être filmé. Les hommes sont d’accord, les femmes non. Je traite les mêmes cas que d’habitude. Pendant ce temps, la journaliste essaie de faire parler les personnes qui attendent ; elle s’arrache les cheveux car les volontaires sont très peu nombreux : l’une est en congé maladie et craint que son employeur ne la voie hors de chez elle, l’autre a peur de la réaction de son fils et un autre encore de celles de ses voisins. Enfin, un homme que je viens de voir accepte de répondre à quelques questions, ainsi qu’une dame que je ne connais pas et que je n’ai d’ailleurs pas le temps de recevoir ce jour-là !


Ouf, la matinée est terminée ! Tournage de mon arrivée à la mairie, juste avant de la quitter, et nous partons tous vers mon cabinet pour la suite, après avoir déjeuné ensemble. Un plan sur ma voiture en train de se garer et sur ma petite personne tirant sa mallette à roulettes et se dirigeant à grands pas vers son bureau… L’après-midi est planifiée puisque j’ai sollicité une de mes clientes préférées et… mon beau-frère (pour faire plus simple). Invasion des locaux que je partage avec ma sœur, déjà en pleine consultation (pardon LN, je ne les savais pas si bruyants !).


Ma cliente a une vraie demande que je traite dans des conditions presque normales (si on peut trouver normal de sentir une caméra au-dessus de son épaule droite et d’apercevoir un micro dans le coin de son champ de vision ou de répéter la phrase qu’on vient juste de prononcer – qu’est-ce que je viens de dire ? – parce qu’il y a eu une faiblesse dans l’enregistrement). Ma cliente, charmante, accepte de répondre aux questions de la journaliste et ce qu’elle dit me fait grand plaisir !
J’enjambe la housse de la caméra abandonnée dans l’entrée pour ouvrir à mon beau-frère. Il a lui aussi une vraie demande sur laquelle nous devions travailler ensemble, c’est l’occasion. Hélas, c’est trop compliqué à faire comprendre en quatre mots et trois images au public de l’émission et nous n’aurons au final qu’une vue de nous deux discutant.


Puis, c’est à moi d’être interviewée. L’équipe est très agréable, ils se montrent tous patients, courtois… mais je suis fatiguée. Et certaines questions de la journaliste me paraissent tout à coup « inrépondables » ; je bafouille, je dois répéter… Je commence une phrase, mais ne sais plus ce que je voulais dire… Je suis sûre que mon confrère, Alain Delacour, interrogé de son côté, aura été beaucoup plus performant que moi !
Stoooop ! J’en ai assez ! Partez tous maintenant ! Avant, n’oubliez pas de m’informer de la date de diffusion, que je puisse prévenir ma mère, ses amies, ma marraine, ses amies, ma belle-mère, ses amies, mes confrères, tout mon petit monde quoi !

L’émission est passée, je l’ai regardée et enregistrée, j’ai reçu quelques compliments… et c’est tout… (
Bof, ça me suffit !...)

C’était il y a près d’un an. À ce jour, l’émission est toujours visible sur le site de France 2, en suivant ce lien :
 http://cestauprogramme.france2.fr/index-fr.php?page=article&id_article=3174&mode=video

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 19:36

 

Madame B. vient me voir pour la première fois sur les conseils d’un voisin. Il faut que je vérifie sa demande d’aide juridictionnelle, car elle veut divorcer. Elle a soixante-trois ans, est mariée depuis quarante-deux ans, mais ne veut plus de son mari !

Elle a déjà demandé et obtenu l’aide juridictionnelle l’année dernière pour le même motif, mais ne l’a appris que récemment. En cherchant un papier dans les affaires de sa fille cadette (vingt et un ans quand même !), elle a trouvé la notification du bureau du palais de justice. Sa fille n’étant pas d’accord avec sa démarche, elle a subtilisé et caché ce document. Madame B. n’a plus qu’à recommencer et, pour cela, préfère venir me voir, car elle ne veut plus rien demander à ses enfants.

 

Et peu à peu, elle me raconte sa motivation pour divorcer. Son mari, maintenant à la retraite, veut s’installer au Maroc.

« Quand j’avais mon père et ma mère là-bas, il voulait jamais y aller. Et maintenant qu’ils sont morts, j’irais là-bas ? Tous mes enfants sont en France, et maintenant j’ai des petits-enfants. C’est toute ma vie ! Je veux aller les voir quand je veux, parce qu’y’avait personne pour m’aider quand j’étais jeune, c’est pour ça que je veux aider mes filles.

Jaloux, il était jaloux, il voulait pas que j’aille au marché toute seule… Peut-être que moi je suis pas comme les autres ? Je veux aller voir mes voisines si je veux… C’est comme voir mes enfants, ça me fait du bien. Mon mari, pendant six mois il m’a pas parlé ; je faisais à manger, je posais tout, il mangeait et il partait sans rien me dire. Pendant quarante-deux ans, il fallait que je fasse à manger, la lessive… et des enfants, on est bonne pour faire des enfants. Mais c’est fini l’esclavage !

Moi je viens de découvrir que la vie, elle est belle, seulement maintenant… C’est beau la vie ! Mais alors, lui, j’en veux plus… Mes enfants sont pas d’accord, c’est leur père. Ils disent “Mais qu’est-ce qu’il va faire tout seul à son âge ?” C’est plus mon problème. »

 

Elle parle, je suis debout, prête à quitter le bureau, car j’ai fini le travail qu’elle m’a demandé, mais je l’écoute, je souris et je suis émue… Elle porte le foulard, mais, malgré son âge, c’est une femme qui s’est émancipée, évitant les embûches ; elle continue, car « ça lui fait du bien ».

« Pardon, je te raconte mes problèmes…

- C’est pas grave madame… Vous êtes vraiment courageuse et forte. Je vous souhaite bon courage pour la suite. Et n’hésitez pas à revenir me voir si vous avez besoin… Moi, je ne vous cacherai pas vos papiers !… (Elle rit.) Vous venez ? le photocopieur est là-bas.

- Je viens. »

Elle saute sur ses pieds, ramasse ses affaires et sort.

J’espère que je la reverrai.

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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 19:47

Premier jour de permanence. Une jolie jeune femme veut écrire au préfet pour plaider la cause de son compagnon sans papiers, père de son troisième fils. Elle m’explique que c’est un homme gentil et affectueux qui s’occupe bien de leur enfant – contrairement au père de ses deux premiers – , il mérite d’obtenir un titre de séjour pour rester avec eux. Je lui demande quelques renseignements pour rédiger le courrier, notamment, et on ne peut faire moins, les nom et prénom du monsieur. Elle connaît à peu près le nom sans savoir l’écrire, mais est incapable de me donner le prénom.

« Vous ne connaissez pas son prénom ?

- Ben non… Je sais pas s’il en a un…

- Vous l’appelez comment ? mon doudou ? »

Stupéfaction puis éclat de rire :

« Oui. »

Elle revient le lendemain avec le nom de Doudou et semble très étonnée quand je lui montre le prénom sur le document qu’elle m’a apporté. Elle repart avec la lettre enfin terminée.

 

Le temps passe…

Quinze mois plus tard, la même jeune femme, beaucoup moins souriante.

Elle demande l’aide juridictionnelle pour obtenir une pension alimentaire de Doudou. Elle est très en colère et m’affirme qu’il a seulement voulu avoir un enfant né en France pour obtenir des papiers. D’ailleurs, elle veut aussi écrire au préfet pour dénoncer les agissements indignes de cet homme qui s’est servi d’elle, s’occupe mal de son fils, se montre parfois violent et vit maintenant avec une autre femme.

 

Six mois plus tard…

La même jeune femme, enceinte, accompagnée d’un homme qu’elle me présente comme son nouveau compagnon et le père de son futur bébé. Elle écrit au juge aux affaires familiales qui vient d’organiser pour Doudou droit de visite et versement d’une pension. Celui-ci n’a jamais rien payé, « prend » son fils quand il y pense, sans prévenir, pour le confier à sa compagne du moment.

 

Deux ans plus tard…

Elle revient, toujours remontée contre Doudou. Sa demande est un peu embrouillée : elle veut lui faire respecter le jugement, le dénoncer au préfet… Finalement, elle choisit une lettre au préfet. Elle est accompagnée d’une amie et de son dernier enfant, une fille. Elle demande à l’amie de sortir avec la petite pour pouvoir parler librement de sa situation. Son dernier compagnon, le père de sa fille, agit à peu près de la même façon que Doudou. Il a disparu de sa vie après l’accouchement, mais lui ne veut même pas entendre parler de l’enfant ; il nie même qu’ils aient pu avoir une relation et refuse de lui ouvrir sa porte quand elle essaie de le voir… pour le bien de l’enfant.

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 17:31

Enfin, le 10 mai, c’est mon grand jour : cinq personnes le matin, deux seulement l’après-midi. Lettres de motivation, lettre au préfet pour plaider la cause d’un compagnon sans papiers (je reparlerai de ce cas dans mon prochain billet), chèques (loyer, EDF…), dossier de renouvellement de CMU… La routine commençait sans difficultés particulières.

J’arrive quand même à saluer un homme en lui disant « Bonjour madame. ». Il se lève sans rien laisser paraître et ne me fait aucune remarque. Gloups ! C’est à ce moment que je m’en aperçois et je n’ose pas m’excuser, tout en me traitant in petto de cruche. Quand je le revois maintenant, je ne comprends pas d’où est venue cette méprise… peut-être à cause de sa chevelure hirsute qu’on aurait pu croire mise en plis ?

 

Dans l’après-midi, au détour d’un couloir, je croise la responsable qui gérait les permanences à l’époque, toute surprise :

« Tiens vous êtes là ?

- Heu oui, depuis ce matin.

- Si j’avais su que vous commenciez aujourd’hui, je serais venue vous souhaiter la bienvenue ! »

Pardon madame d’avoir annoncé mon arrivée trop longtemps à l’avance. Je me suis débrouillée toute seule et m’en suis plutôt bien sortie.

 

Détail amusant : pendant ma pause déjeuner que je passe dans un square au soleil, je suis abordée par un vieux monsieur maghrébin. Il me montre son dossier de retraite pour vérifier si tel papier correspond bien à ce qu’on lui demande. Je crois que c’est un signe : je suis vraiment écrivain public, c’est marqué sur mon front !…

 

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15 janvier 2010 5 15 /01 /janvier /2010 18:35

Mercredi 16 mars : je dois être présentée au secrétaire général de la mairie par ma consœur Françoise. A son départ à la retraite deux mois plus tard, je dois la remplacer et assurer à mon tour les permanences qu’elle tient depuis dix ans.

Nous avons rendez-vous à 15 h 30. Je retrouve Françoise une petite heure avant pour boire un café et échanger encore une fois sur ce travail, puis nous nous présentons à l’accueil de l’hôtel de ville.

Monsieur B. n’est pas encore rentré de déjeuner. Bon… nous nous installons dans le petit hall pour attendre en papotant. Elle a de nombreuses anecdotes très intéressantes pour la presque novice que je suis encore et je bois ses paroles. Plusieurs fois, l’hôtesse nous confirme, désolée, que le monsieur n’est pas encore là.

Enfin, son arrivée est annoncée et nous sommes conduites dans un bureau presque aussi grand que ma salle de séjour ; nous nous installons autour de la table de réunion.


Soudain, à 16 h 40, M. B. fait une entrée majestueuse, suivi d’un jeune homme très bien mis, portant solennellement sur le bras un pardessus plié qu’il va accrocher à un porte-manteau (« C’est le chauffeur » me glisse Françoise) ; peu après une grande femme blonde élégante le rejoint, son adjointe.


Monsieur B, le cheveu rare, petit et ventripotent, en bras de chemise, la cravate desserrée, se dirige vers nous la main tendue. Il nous salue et nous fait asseoir. Je remarque alors quelques taches sur la chemise blanche… berk. De près comme de loin, il est plus que quelconque ! Se tournant vers Françoise, il commence un numéro de charme :

« Ah madame, je regrette que nous n’ayons pas eu plus d’occasions de nous rencontrer… blablabla… J’ai beaucoup entendu parler de vous et je suis ravie de faire votre connaissance… blablabla… Vous êtes charmante, splendide… »

Françoise répond quelques amabilités, très grande dame.

Puis il se tourne vers moi et – quel plouc ! – me tient le même discours, dans les mêmes termes :

« Blablabla… vous êtes charmante, splendide… et, oserai-je, désirable ?

- Non non, monsieur, vous n’avez pas à oser ! »

Misère, où suis-je ? Je jette un coup d’œil à ma consœur, toujours très maîtresse d’elle, qui maintenant présente son activité et parle de moi en termes flatteurs.

Je risque un : « Si vous le souhaitez, j’ai apporté quelques exemples de mes dernières réalisations…

- Merci madame. Mais pour trouver son remplaçant, nous faisons entièrement confiance à madame… hum… puis-je vous appeler Françoise ? »

Puis très rapidement, il clôt l’entretien et nous reconduit à la porte.

« Au revoir mesdames, j’ai eu plaisir à vous rencontrer. Il me regarde. J’aimerais que notre collaboration aille plus loin… »

Petit sourire crispé de ma part.

« Nous en resterons là, monsieur. Au revoir. »

 

Chic ! j’adore les petits chefs négligés et libidineux ! Fort heureusement, je ne l’ai jamais revu et il a d’ailleurs quitté ses fonctions peu après cette rencontre.

 

Dans l’escalier, Françoise et moi échangeons un regard perplexe, mais attendons d’être sur le parvis pour dire nos impressions : « C’est quoi ce cirque ? » Elle ne l’avait jamais vu, mais en avait entendu de belles sur son compte ; elle s’empresse de me les rapporter et je veux bien les croire !

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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 22:31

Depuis plus de quatre ans et demi, j’assure quatre demi-journées de permanences par semaine dans une grande commune de l'Essonne et depuis quelques mois, je travaille de la même façon pour le CCAS d'une ville importante de Seine-et-Marne.

La population que je rencontre est d’origine étrangère pour 95 % des cas. Elle ressent un besoin quasi vital d’accéder à l’écrit, que ce soit pour communiquer ou pour comprendre.

Les 5 % restants comptent des personnes qui, bien que sachant lire et écrire, sont bien heureuses de m’avoir trouvée pour se débarrasser de leur corvée d’écriture, souvent parce qu’elles ont conscience de leurs lacunes, parfois pour suppléer une déficience physique… J’en soupçonne certaines de chercher aussi un peu de compagnie !


Je remplis des dossiers administratifs : CMU, CAF, retraite, déclaration de handicap, aide juridictionnelle, naturalisation, titre de séjour… ; je rédige des courriers de toutes sortes : recours, requêtes, résiliations, litiges… ; plus rarement, des courriers privés pour la famille, les amis ou les « petites » amies… ; et, bien sûr, tout ce qui concerne la recherche d’emploi : CV et lettres de motivation, dossier Pôle Emploi...


Je peux représenter la dernière solution, mais aussi le conseil pour agir, ou non, le tuyau pour trouver une aide ailleurs… quelquefois, tout simplement, l’oreille attentive qui écoute patiemment. J’essaie dans ce cas de rester professionnelle, mais parfois, je ne peux m’empêcher de dire ma façon de penser ; ces personnes l’acceptent, car elles m’ont apporté leur confiance et s’y attendent donc.


J’ai vu des femmes pleurer, à cause de leur fils, jeune adulte insupportable, ou de leur mère, atteinte de la maladie d’Alzheimer ; j’ai entendu des hommes me parler de leur mal du pays natal ou de leurs peines de cœur… J’écris pour eux mais je crois être aussi un repère dans cette société où ils vivent, à laquelle ils ont parfois du mal à s’adapter.


Je ressors de ces permanences souvent épuisée, mais tellement réconfortée quant à mon utilité sociale !

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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