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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 12:35
Jeudi matin, vers 8 h 45

Jeudi matin, vers 8 h 45.

J’emprunte souvent le même chemin pour me rendre en permanence. Et j’ai mes habitudes.

Une petite habitude amusante, c’est de rencontrer chaque jeudi matin, à peu près toujours au même endroit, la même personne, qui gravit la côte sur le trottoir.

C’est un homme très reconnaissable. Il est à vélo, qu’il pousse parce qu’il s’agit d’une longue montée. Il est coiffé d’une casquette et mâche énergiquement un chewing-gum ; quand il pleut, il porte une grande cape de cycliste. Et, surtout, il arbore des moustaches de belle taille.

Parfois il est au téléphone, d’autre fois, il bavarde avec une passante… Une fois, il était sur la chaussée, en plein effort, debout sur ses pédales.

Dès que j’aborde cette rue (en descente pour moi), je ne peux m’empêcher de fouiller du regard les alentours et je me surprends à murmurer : « Alors, où il est ? »

Soulagement ravi quand je l’aperçois. Déception quand il n’est pas là et questions : est-il en retard ? En congé ? Malade ? A-t-il changé ses habitudes ?

Cet homme ne m’est rien, je ne sais rien de lui, je ne lui parlerai sans doute jamais. Mais il fait partie de ma routine du jeudi matin.

J’adore ce genre de situation !

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30 septembre 2016 5 30 /09 /septembre /2016 13:04
Après de nombreuses questions

Je ne pourrai jamais transcrire avec exactitude mes tâtonnements et mes questions pour arriver à comprendre certaines situations. Il faudrait enregistrer l’entretien, et encore ! Un enregistrement vidéo serait préférable pour noter aussi mes mimiques perplexes et mes nombreuses lectures et relectures des documents qui me sont présentés.

J’étais dans ce cas avec M. D.F. Voici, en gros, sa demande.

M. D.F. veut écrire à une commune qui a effectué un virement sur son compte, pour demander un titre exécutoire. Cet argent était destiné à sa fille et lui a été versé par erreur. Il ne peut pas le lui rendre parce que le Trésor public le lui a retiré.

Vous avez compris ? Autant que moi, je suppose, c’est-à-dire rien.

Je vais maintenant vous expliquer la situation. Gardez bien à l’esprit qu’il s’agit du résultat d’une très longue série de questions et de reformulations.

La fille de M. F.D. est gérante d’une entreprise de BTP qui a fait des travaux pour la commune en question. Elle a émis une facture une fois la tâche terminée.

Coïncidence : M. F.D. a, jadis, fait partie du personnel de cette même commune. Pour percevoir son traitement, il avait fourni un RIB. Il se trouve qu’une personne pas très attentive a ordonné le paiement par virement en se fiant uniquement au nom et c’est ainsi que le versement s’est fait sur le compte personnel du père. Je suppose que le nom de l’entreprise comporte son nom.

Il se trouve aussi que M. F.D. fait l’objet d’une opposition sur son compte pour rembourser une dette à la CAF. Dès que le Trésor public a vu cette forte somme arriver, il s’est empressé de la ponctionner. À présent, malgré toutes les explications, il refuse de la restituer à M. F.D. qui la rendrait à sa fille. Il lui faut pour cela l’ordre de la mairie.

Une fois que la situation est claire, je peux écrire à la commune pour l’entreprise de la fille, en expliquant la grave erreur et en réclamant le moyen de la rectifier.

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21 septembre 2016 3 21 /09 /septembre /2016 22:08
On attend...

J’arrive devant le centre cinq minutes à l’avance : personne n’est posté devant le rideau roulant.

À 9 h 7, je suis installée et prête : personne !

L’assistante sociale, à côté, n’avait qu’un rendez-vous : personne !

Hop, elle s’en va en souhaitant de bonnes vacances à tous.

Booon… Je m’occupe de mes statistiques.

9 h 27 : personne !

Je continue mes statistiques. Travail assez fastidieux.

10 h 2 : personne !

10 h 14 : l’accueil m’annonce quelqu’un ! Aaah, enfin !

J’interromps mes statistiques.

Mais la personne est partie aux toilettes.

10 h 18 : elle n’a toujours pas réapparu.

10 h 20 : la dame arrive.

***

Eh ben ! Ça valait la peine d’attendre !

Mme B., que je connais déjà, voulait écrire au consulat de France à Oran et au ministère des Affaires étrangères pour demander qu’on refuse le visa d’entrée à sa belle-mère qui « fout la merde » chez elle à chaque fois qu’elle vient, ainsi qu’à son beau-frère.

Mme B. n’a pas les moyens de les empêcher elle-même de venir, elle demande l’aide de l’État pour cela.

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 12:00
Bon, on va pas dire ça.

On ne peut pas louper M. K. ! Où qu’il soit, quel que soit le public qui l’entoure, il raconte sa vie, d’une voix assez forte, à qui veut – ou ne veut pas – l’entendre.

Et ce matin, il est venu me voir, comme d’habitude.

Il est tout excité et m’annonce fièrement, à moi aussi, qu’il a acheté une moto.

Ah, une moto !

Je savais qu’il tentait de passer le permis, mais je n’imaginais pas qu’il l’aurait obtenu aussi vite, et je croyais que c’était le permis voiture. J’ai donc du mal à croire que ce soit une grosse cylindrée. Il paraît qu’elle est superbe.

Je suis un peu inquiète pour lui, car il me dit qu’elle a de très nombreuses années, mais n’a jamais été immatriculée. Cependant, il ne semble pas inquiet et ce n’est d’ailleurs pas pour ça qu’il est là.

Il veut écrire à son bailleur pour louer deux boxes dans le parking souterrain de son immeuble.

Deux boxes ? Pour une moto ?

Mais oui !

D’abord, un box, c’est 30 €, deux boxes, c’est 50 €. C’est donc une bonne affaire.

Certes…

Mais en plus, il en a vraiment besoin de deux : l’un pour garer sa moto et stocker tous ses vélos, l’autre pour bricoler ses vélos.

Ben oui, M. K. s’est trouvé un travail : il achète des vélos pas chers, les retape et les revend un peu plus cher sur Le Bon Coin. Trafic de vélos ?

« Moi, j’ai besoin de rien. Je veux juste travailler ! »

— Bon, ben on va pas dire que vous allez y travailler, parce que je ne suis pas sûre que vous ayez le droit.

— J’ te fais confiance. Avec toi, c’est toujours bien ! »

Merci, M. K.

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 12:00
C'est tout ?

« Alors, moi, mon ex-mari a demandé une audience au JAF parce qu’il dit qu’il peut pas payer la pension alimentaire. »

Ouf ! À peine assise, Mme T. commence ses explications.

Je suis moi-même encore debout et dois d’abord remplir mon tableau de statistiques.

Voilà, c’est fait.

« Que puis-je faire pour vous, madame ?

— Mon ex-mari dit que le calcul de la pension a été fait avec des chiffres faux.

— … (Je réfléchis au fur et à mesure : serait-elle accusée d’avoir falsifié des documents ? L’envoyer à un juriste, voire à son avocat).

— Quand on a fait le divorce à l’amiable, il a donné ses fiches de paie et l’avocat a estimé la pension à 190 € par enfant.

— … (Je continue de réfléchir, toujours la même idée.)

— Et maintenant, il dit qu’il peut pas payer et a fait une demande au JAF. Et je suis convoquée le 19 août.

— … (Lui demander si elle a vu son avocat.)

— Et mon avocat m’a dit qu’il serait pas là parce qu’il est en vacances.

— … (Ah ! Elle a vu son avocat.)

— Et moi non plus. Alors il faut écrire pour demander à décaler la date.

(C’est tout ?) Vous voulez écrire au TGI pour demander un report d’audience ?

— Oui, parce que mon avocat sera pas là et moi je serai ou en vacances ou au travail…

— Donc, je fais une lettre pour le JAF pour décaler la date. Très bien. »

Et voilà. C’est tout.

Comme quoi, il ne faut pas s’emballer.

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30 juillet 2016 6 30 /07 /juillet /2016 12:20
Vous êtes pratiquante ?

Mme P. a bien préparé les éléments du courrier qu’elle me demande : son adresse, l’adresse et le nom des destinataires. Elle veut expliquer aux pasteurs d’une église évangélique à Paris pourquoi elle ne peut pas se rendre aux réunions et cultes qui s’y tiennent. Pour des raisons de santé, elle préfère aller à l’église près de chez elle.

C’est clair, mais je ne peux m’empêcher de demander des précisions : pourquoi devrait-elle aller jusqu’à Paris pour pratiquer sa religion ?

Parce qu’elle habitait Paris auparavant et qu’elle avait l’habitude d’aller dans cette église. Elle a continué quelque temps à y retourner, mais les trajets en transport en commun la fatiguent vraiment beaucoup. Elle veut donner des explications pour que ses condisciples ne s’inquiètent pas.

Ah, je comprends mieux ! Je sais que les fidèles sont très soudés et qu’ils se considèrent comme une grande famille.

J’écris donc un courrier moins administratif que si je m’étais tenue à ses premières indications. À la fin, j’ajoute même qu’elle pense toujours bien à eux et qu’elle les associe à ses prières. Elle ne l’avait pas évoqué, mais apprécie beaucoup. Du coup, elle m’interroge :

« Vous êtes pratiquante ? Catholique ?

– J’ai été baptisée catholique, mais je ne suis plus rien.

– Parce que vous avez trouvé exactement les bons mots.

– C’est aussi mon métier, madame. »

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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 12:05
Une porte coupe-feu, deux portes coupe-feu, trois…

J’ai compté SIX portes coupe-feu pour atteindre le bureau qui est maintenant attribué à l’écrivain public et aux permanences en général.

Je n’ai pas mesuré la distance, mais c’est à l’autre bout du bâtiment.

Je n’ai pas non plus compté les marches à gravir. Ce n’est qu’au premier étage et il paraît que l’ascenseur sera réparé… bientôt.

Et, ce matin, j’ai découvert que ce n’était pas un arrangement temporaire pendant la période estivale, comme je le croyais naïvement. Pas du tout !

Les grands esprits de la mairie se sont réunis, sans prévenir les deux seules personnes qui connaissent bien le travail des prestataires extérieurs qui assurent les permanences. Ils ont estimé qu’il était très malin de recevoir du public au premier étage, au fond d’un couloir, après avoir traversé tout le centre administratif, et de réserver le bureau du rez-de-chaussée pour le standard des prises de rendez-vous pour établir un passeport.

Ce matin, la première personne que je recevais était un très vieux monsieur marchant avec une canne. Je m’en suis heureusement aperçue la veille et j’ai prévenu mon interlocutrice : impossible de lui faire monter un étage !

J’ai donc été casée dans l’ancien bureau, coincée entre un ordinateur, une cafetière et un four à micro-ondes (plus rien n’y manque !) pour la première demi-heure. J’ai ensuite tout rangé pour rallier mon bureau au premier étage où j’ai tout réinstallé en vitesse. Et les allée et venues ont repris.

C’est ahurissant et consternant.

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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 12:01
Quand l’écrivain public joue au Petit Poucet

Pendant les grandes vacances, en général, l’organisation des permanences en mairie varie un peu en fonction de la fermeture de certains sites. Il est fréquent que je navigue entre plusieurs bureaux inhabituels.

Cette année, en plus, persiste une grosse panne d’ascenseur au centre administratif, consécutive aux dernières inondations.

Ce matin, Sophie m’avait prévenue : « Prévois des chaussures plates, car il faudra emprunter l’escalier ». À raison de six usagers à aller chercher et raccompagner au rez-de-chaussée, heureusement que le bureau n’est qu’au premier ! Séance de step gratuite.

Sophie avait oublié de me dire de prendre des petits cailloux pour marquer mon chemin !

Le bâtiment est bâti autour d’une cour intérieure, on peut donc en faire le tour. Il s’agit de partir du bon côté pour prendre le plus court chemin et de faire confiance à la signalétique.

Ce n’est pas ce que j’ai fait et les agents ont vu passer plusieurs fois un écrivain public de plus en plus énervé, parcourant les couloirs à grandes enjambées en tirant sa mallette, pestant contre ce labyrinthe.

Il faut savoir que, quand on est devant une porte n’arrivant, semble-t-il, nulle part, il ne faut pas hésiter à la franchir et passer celle qui est encore derrière : le couloir continue et, au bout, se trouve, enfin, mon bureau.

Plus tard…

J’assure à Mme S.M. que je dois la raccompagner au risque qu’elle erre dans les couloirs jusqu’au lendemain. Très amusée, elle me prend au mot, me précède… et parvient à me guider dans hésitation jusqu’à l’escalier.

Je lui tire mon chapeau !

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 19:01
Trop vieux ?

M. F. parle beaucoup et m’affirme plusieurs fois qu’il va se taire pour me laisser me concentrer sur son courrier ; puis il repart dans ses explications.

Il faut dire qu’il est à la fois agacé et frustré. Il est au chômage depuis deux ans, après une longue carrière dans l’informatique. Je crois comprendre qu’il a été ingénieur et enseignant en maths et physique. Il pourrait sûrement retrouver un emploi dans l’informatique, mais il a constaté que le secteur des réseaux et télécommunications est en pleine expansion et il veut se reconvertir pour y travailler, mais a besoin d’une formation.

Comme il n’a pas les deux pieds dans le même sabot, il a cherché des organismes qui en proposent, a passé et réussi les tests de sélection ; puis il a présenté sa demande de financement à Pôle emploi. Hélas, elle n’est jamais acceptée, sans qu’on lui explique vraiment pourquoi.

Il est persuadé qu’on le considère trop vieux et ça le met hors de lui. En désespoir de cause, il veut plaider sa cause au le directeur de Pôle emploi. Je ne peux qu’abonder dans son sens, mais je l’avertis qu’à mon avis, ce sera en pure perte. Pas grave, il veut s’exprimer.

Pendant que j’écris, il continue de parler – malgré sa promesse de se tenir coi. Il raconte qu’il a toujours fait preuve de bonne volonté en acceptant toutes les prescriptions de Pôle emploi : par exemple, une remise à niveau en arithmétique, alors qu’il a été enseignant en maths et physique.

Soupir.

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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 11:39
Je me sens pas belle.

Coiffée d’un voile brun soigneusement drapé tout autour du visage et vêtue d’une espèce de robe-sac noire, Mme R. est difficilement reconnaissable !

Quand je l’ai connue, il y a quatre ou cinq ans, elle était en jean et tête nue, j’ai donc un choc en la voyant. Puis je me souviens qu’elle vient de se remarier avec un homme « du pays » et je crois comprendre qu’il lui arrive la même chose qu’à nombre de ses compatriotes : monsieur exige qu’elle se conforme aux coutumes de chez lui.

Zut, je suis consternée !

Je rédige les courriers qu’elle me demande. Juste avant que notre entretien se termine, elle s’exclame :

« Je me sens pas belle comme ça ! », en me montrant son foulard.

Devant mon air interrogatif, elle poursuit :

« J’aime pas ça, mais je suis obligée.

— Que vous arrive-t-il ? »

Elle m’explique qu’elle perd ses cheveux et qu’elle n’a trouvé que ce stratagème pour cacher les trous. C’est une copine qui lui a fourni et placé ce voile et l’espèce de bonnet qui se porte dessous.

J’ose : « Ah, c’est pour ça ! Je croyais que c’était parce que vous vous étiez mariée. J’étais triste pour vous !

— Ah non ! Jamais on m’obligera à porter le voile. Mes parents m’ont élevée sans religion, ça ne signifie rien pour moi.

— Alors, je vous conseille de porter autre chose, parce que quand on voit ce voile, de cette couleur, en plus, et passé sous le menton, on ne peut pas penser à autre chose qu’à la religion. Je comprends que vous vouliez cacher vos cheveux, mais essayez un petit foulard coloré, ou un béret… Ce sera beaucoup plus joli et on n’imaginera rien de plus en le voyant. »

Elle est étonnée de ce que je lui dis. Je veux bien la croire, mais je suis tout de même perplexe qu’elle ne se soit pas aperçue de l’image qu’elle pouvait renvoyer en se montrant ainsi.

Bon… je verrai bien la prochaine fois qu’elle viendra…

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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