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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 12:00
Dans mon pays...

La façon de s’exprimer de M. S. est assez pénible : il a une voix monotone et parle sans discontinuer.

C’est donc sur ce ton insupportable qu’il me raconte ce qu’il veut dénoncer à son bailleur : les problèmes dans le parking souterrain où il gare sa voiture.

Son badge d’activation de la porte automatique ne fonctionne plus à cause d’une panne de logiciel que personne ne peut réparer.

Il a subi des vols dans son véhicule, non pris en charge par son assurance, sans que les mesures de sécurité soient renforcées par la suite.

Un atelier de mécanique clandestin s’y est installé, gênant la circulation des locataires. Personne n’ose se plaindre par crainte de représailles.

Il est indigné du laxisme du bailleur. Il étend ses plaintes aux incivilités et violences qui se passent dans le quartier. Selon lui, les policiers se font régulièrement prendre à partie.

« Qu’est-ce que c’est que cette démocratie où on se fait agresser ? Chez moi, en Iran, quelqu’un qui insulte un policier, on le tue tout de suite ! »

C’est vrai que l’Iran est un pays démocratique bien connu.

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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 17:43
Les premières jonquilles et...

Hier après-midi, permanence bien remplie : dix personnes en un peu moins de trois heures.

Pendant que je photocopie le courrier de l’usager que je viens de recevoir, je remarque que J., l’agent d’accueil, dispose des fleurs dans un récipient.

« Oh, les premières jonquilles ! Mi-février, c’est vraiment tôt.

- Eh oui, c’est déjà le printemps, y a plus de saisons ! »

C’est sûr, mais ça fait quand même plaisir de revoir ces fleurs.

En me retournant pour appeler la personne suivante, je vois un monsieur, attendant tranquillement pour me rencontrer, un bouquet de tulipes posé à côté de lui.

Tiens, c’est la journée des fleurs !

Enfin, le tour de ce monsieur arrive. À peine entré dans le bureau, il me tend le bouquet : « Ça, c’est pour vous ! »

Oooh ! Ça aussi, ça me fait plaisir !

Il m’apprend que sa demande de congé individuel de formation, pour laquelle j’avais écrit la lettre de motivation, a été acceptée. Il entamera dans quelques jours une formation qualifiante de huit mois dans un domaine assez pointu de l’industrie, qui lui permettra à coup sûr de trouver un emploi intéressant et rémunérateur.

Et maintenant, une bonne nouvelle !

Quel chouette après-midi !

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10 février 2016 3 10 /02 /février /2016 12:00
Sjd o esd go eosf hqam sipd

L’homme que je reçois m’indique un endroit connu, dans un quartier de la ville, comme son lieu d’habitation. Puis, il explique son besoin.

Explique… ce serait trop beau ! En fait, je ne comprends rien ou pas grand-chose. Et, en même temps, je constate sur les papiers qu’il me donne qu’il est domicilié dans la ville voisine.

Qu’est-ce que je fais ? Je le « rembarre » en prenant cette adresse pour prétexte ? Ou bien j’évite l’affrontement en considérant qu’il n’a qu’une domiciliation postale et qu’il est vraiment hébergé dans cette ville ?

J’opte pour cette seconde solution. Que je regrette au fur et à mesure que j’essaie de comprendre ce qu’il veut. Il a sollicité un rendez-vous avec procureur de la République pour signaler des problèmes dans un commissariat. Le procureur ne reçoit pas et demande un courrier explicatif.

Mes questions commencent :

« Quand êtes-vous allé au commissariat et pourquoi ?

— 2010, sdkjfqk médicaments.

Je fais répéter : même réponse.

— Vous êtes allé au commissariat pour des médicaments ?

— Oui.

— Vous avez été convoqué ou vous y êtes allé tout seul ?

— Moi tout seul. »

Je continue à lire ses documents : en 2010, il a déposé une plainte pour viol ; dans ses déclarations, il ne sait pas vraiment s’il a été violé, mais il en a l’impression. Il a aussi eu une histoire avec un travesti… Beuh… pas clair tout ça !

Bon, cela ne me concerne pas.

Pour l’instant, j’en suis ici :

« Je ne comprends pas ce que vous dites, monsieur. Quelle est votre langue maternelle ?

Spzesidg (Ben, chuis pas plus avancée !)

— Il faudrait que vous veniez avec quelqu’un qui parle cette langue et le français pour faire la traduction. »

Il m’apprend qu’il a déjà pris un traducteur un jour, mais que… On dirait que ça s’est mal passé...

« Vous ne connaissez personne ? Dans vos amis ? »

Peut-être que oui, peut-être que non ! Il semble avoir compris ma demande, ramasse ses affaires et s’en va.

Je m’en suis sortie pour cette fois. Reviendra-t-il ? Accompagné ?

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 12:00
Et des impressions...

Depuis plus de dix ans que je tiens des permanences en institution, je rencontre toujours les mêmes cas : des personnes, majoritairement d’origine étrangère, ne maîtrisant pas bien le français écrit, parfois ne sachant ni lire ni écrire dans leur langue maternelle.

Par leur situation sociale souvent difficile, elles sont confrontées à de nombreuses tracasseries administratives qui les dépassent complètement.

Et elles n’ont personne dans leur entourage ou dans les administrations qui puisse ou veuille les aider.

Le recours au service d’un écrivain public est leur bouée de secours. Je ne compte plus le nombre de fois où l’usager que je recevais m’a déclaré que je lui sauvais la vie.

Depuis dix ans, pas de changement dans les tâches que j’effectue :

  • Des dossiers : demande de logement, de reconnaissance de handicap, de CMUC (couverture médicale universelle complémentaire), d’aide juridictionnelle, de naturalisation…
  • Des lettres – beaucoup de lettres, elles représentent la moitié de mon activité : de relance des demandes de logement, de résiliation d’abonnements divers, de contestation et de recours – la plupart sans aucun espoir d’aboutir –, de demande de remise de dette ou de facilités de paiement, de motivation avec le CV assorti…
  • Des conseils – parfois hors de mes attributions classiques : j’oriente vers d’autres permanences, ou dans un autre service, ou… chez un médecin…
    Je donne mon avis quand on me le demande, sur une situation compliquée que vit l’usager (je pense à une mère, hier, qui, après que je lui eus rédigé le courrier tout simple dont elle avait besoin, juste avant de partir, m’a parlé du harcèlement que subissait sa fille au collège ; je lui ai recommandé de prendre ça très au sérieux et d’alerter le professeur principal et le conseiller principal d’éducation. Je ne crois pas qu’elle y aurait pensé ou aurait osé faire la démarche).

Parfois – rarement –, mon ton monte un peu, en cas de mauvaise foi manifeste ou quand la personne ne m’écoute pas. Il redescend rapidement : j’ai de « la bouteille » et sais que ça ne sert à rien et, après tout, la personne fait ce qu’elle veut ! Tant pis pour ma mission de conseil !

Cette activité me procure environ la moitié de mon chiffre d’affaires. Autant dire qu’elle est essentielle si je veux manger et nourrir ma famille.

Elle m’apporte de grandes satisfactions quant à mon utilité sociale (enfin, surtout celle de ma fonction !).

Mais aussi de la lassitude et de la frustration : les cas traités se suivent et se ressemblent ; j’ai parfois l’impression que rien n’évolue ni ne s’améliore. Serait-il temps que je passe à autre chose ?

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 11:28
Des chiffres

Les fidèles lecteurs de ce blog se souviennent peut-être que j’assure des permanences d’écrivain public dans deux villes de la Région parisienne : C. et M., similaires en nombre d’habitants et en type de population.

C. propose quatre fois trois heures de permanences par semaine, sur rendez-vous ; M., trois fois trois heures, sans rendez-vous. Je partage ces temps avec ma consœur, Sophie Strnadel.

Les statistiques de 2015 sont terminées.

Toutes permanences confondues :

  • nous avons travaillé 944 heures ;
  • nous avons reçu 1 758 personnes, soit 1,86 personne par heure ;
  • nous avons réalisé 2 673 prestations pour elles, soit 2,83 prestations par heure et 1,52 par personne.

En comparant les chiffres de deux villes, nous nous apercevons que, pour un nombre d’heures de permanence moindre à M. (396 heures, contre 548 pour C.), nous avons reçu le même nombre de personnes (878 pour M. et 880 pour C.) et réalisé le même nombre de prestations (1 336 pour M. et 1 337 pour C.).

Pourquoi ?

À cause de la différence du mode de fonctionnement : un rendez-vous par demi-heure pour C. et des permanences libres pour M.

Ma conclusion

Pour ce qui concerne le fonctionnement, je ne dirai rien, j’avais suffisamment argumenté à C. contre la mise en place de rendez-vous.

Pour ce qui concerne notre confort de travail, je ne peux qu’encourager la ville de C. à continuer ainsi. Je rentre beaucoup plus fatiguée de mes permanences M. !

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 22:00
Reprise

Durant les fêtes de fin d’année, j’ai eu quelques jours de repos. Un peu par nécessité, un peu contrainte et forcée puisque certaines structures où j’interviens d’habitude étaient fermées.

Pour moi, le repos commence dès que je suis en vacances de permanences, même si, comme ce fut le cas – et comme c’est le cas la plupart du temps –, je suis partie en villégiature avec un roman à corriger.

Lundi, première permanence de l’année. Je pars avec autant d’allant que d’habitude et attends patiemment que se lève le rideau du centre, dans ma voiture, en lisant mon journal favori.

Le moment venu, j’ouvre le coffre pour attraper… rien ! J’ai oublié ma mallette dans mon garage !

Cette mallette contient tout mon matériel : ordinateur et imprimante portables, stylos, documentation, etc. Je réfléchis rapidement : impossible de m’en passer.

Boon… Je vais annoncer à l’accueil que je dois retourner chez moi et que j’aurai une vingtaine de minutes de retard.

Ce n’est que l’étourderie la plus « grave » de la semaine.

Me suis-je vraiment bien reposée ?

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30 décembre 2015 3 30 /12 /décembre /2015 10:12
Il faut le dire ?

Mme T. dépose sur le bureau un relevé de la Banque postale. Elle veut contester un paiement par carte bancaire, car elle affirme que ce n’est pas elle qui l’a effectué.

En préparant le courrier, je l’interroge, à tout hasard : sa carte a-t-elle été volée ?

« Oui, elle était bloquée.

— On vous a volé votre carte ?

— Non, je l’ai perdue et on l’a bloquée.

— Vous avez perdu votre carte et vous l’avez signalé à la banque ?

— Oui, et ça, c’est après.

— Vous avez signalé la perte de votre carte et le paiement que vous contestez a eu lieu après le blocage ?

— Oui… Il faut le dire à la banque ?

— Oui, et à moi aussi d’ailleurs. La banque vous a fait un papier ?

— Oui, mais je l’ai perdu… Mais ils l’ont, ils le savent !

— La banque le sait peut-être, mais c’est important de le préciser dans la lettre. »

Maintenant, je peux écrire un courrier bien argumenté.

Pff…

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20 décembre 2015 7 20 /12 /décembre /2015 10:40
Club de journalistes

Dans le cadre des nouvelles activités périscolaires, j'anime depuis l'année dernière un club de journalistes auprès d'élèves de CM1-CM2.

Je viens de terminer le premier cycle de cette année avec un groupe a-do-ra-ble : quatre filles et deux garçons motivés. Ils aimaient écrire, ils avaient des idées, ils s'écoutaient et échangeaient calmement leurs avis, ils riaient de bon cœur...

Ils ont chacun écrit un article sur un sujet qui les intéressait : une critique de livre, un concert, un spectacle de cirque, une visite de château, les gestes écolos au quotidien...

Ils ont aussi déliré avec les jeux d'écriture que je leur ai proposés : cadavres exquis (succès garanti à chaque fois !), histoires inspirées par des images tirées au hasard, liste de cadeaux en tant qu'adjoints du père Noël...

Je me suis hâtée de boucler le journal pour qu'ils en emportent un exemplaire en vacances.

J'ai eu grand plaisir à les accompagner !

Et les premiers retours du responsable de ces activités sont très enthousiastes, je suis attendue avec impatience pour le prochain cycle début janvier.

Travailler avec des enfants est parfois fatigant, mais souvent très réjouissant. Et c'est aussi un défi permanent, car ils ne font preuve d’aucune indulgence si on ne les captive pas immédiatement. Travailler ensuite avec des adultes devient tellement plus facile !

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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 12:06
Pâtissière

Mme O.R. veut refaire son CV. L’ancien est sur trois pages, c’est sûr que ça ne convient pas. Même s’il est en gros caractères avec de nombreux interlignes, il est bien fourni. Mme O.R. est une pâtissière chevronnée, avec une solide expérience et de nombreuses spécialisations en chocolat, bonbons, gâteaux de mariage ou de Noël…

J’entreprends donc la refonte de ce document et lui demande des précisions.

Et elle se raconte : elle est spécialisée dans les gâteaux exceptionnels qu’elle imagine, ou élabore selon un modèle fourni par le client, et décore. Elle me montre des photos : classique gâteau de mariage à plusieurs étages avec des fleurs en sucre ou naturelles, gâteaux d’anniversaire multicolores en forme d’ours, de smiley, de Bob l’éponge ou représentant une sorcière en pied… Je suis bluffée !

Elle me dit qu’elle adore ça : elle prépare des gâteaux chez elle avec ses enfants, a animé des ateliers pâtisserie chez un boulanger… En partant, elle me désigne un gros oiseau décorant l’accueil, réalisé en papier mâché, et m’explique comment elle le réaliserait en gâteau…

Tout ce qu’elle a fait, c’était au Portugal. En France, elle est confrontée au problème de la langue, me dit-elle. Je trouve pourtant qu’elle maîtrise bien le français, mais ce n’est pas assez pour trouver un emploi intéressant.

Alors elle travaille chez un fabricant de pâtisseries portugaises où, pendant de longues heures, elle forme à la main des fonds de tartelettes. En un mot, elle s’ennuie.

Mais ce n’est pas le pire. Elle pensait qu’il serait plus facile de travailler chez un compatriote. Pas du tout ! Elle est tombée chez un vieux macho qui la harcèle à coups de vannes sexistes et de reproches injustifiés sur ses compétences, qu’il ne connaît pas puisqu’il n’a pas voulu voir son CV, et qu’il met en doute en l’accusant d’avoir photographié des gâteaux fabriqués par d’autres.

Ses collègues, seulement des hommes, profitent de la mauvaise conduite du patron et ne sont pas tendres non plus, ponctuant ouvertement tous ses faits et gestes de commentaires salaces.

Quel gâchis !

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30 novembre 2015 1 30 /11 /novembre /2015 12:02
La fenêtre est ouverte

Il fait doux en cet après-midi d’octobre et la fenêtre de mon bureau est ouverte.

Je suis occupée à écrire un courrier pour une jeune femme, accompagnée de sa copine qui traduit.

Soudain : « Bonjour ! »

Une tête apparaît entre les barreaux, penchée pour m’apercevoir.

« Bonjour madame.

— Vous m’avez dit que j’avais pas droit aux tickets service…

— Je ne sais pas de quoi vous parlez, madame.

— Vous m’avez dit que j’avais pas droit aux tickets service et j’y ai droit…

— Je ne sais pas de quoi vous parlez.

— Vous êtes pas l’assistante sociale ?

— Non madame.

— Ah !

— Et ça ne se fait pas de s’adresser aux gens comme ça par la fenêtre, il faut faire le tour et vous adresser à l’accueil.

— La fenêtre est ouverte !

— Et alors ?

Je me lève.

— D’ailleurs je vais la fermer…

— Vous allez avoir chaud.

— Tant pis, et je ne serai plus dérangée. »

Vlan, je claque la fenêtre.

Les deux jeunes femmes dans le bureau sont écroulées de rire.

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
  • Contact

Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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