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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 21:03

feuillesoins.jpgJ’ai déjà vu ce vieux monsieur, c’est un chibani tout ratatiné qui marche à petits pas. Il marmonne souvent « Si tu veux, tu fais, si tu veux pas, tant pis… ».

 

Il pose sur le bureau un imprimé de la Sécurité sociale servant à récapituler les frais de soins à l’étranger pour se les faire rembourser en France.

 

J’ai déjà rempli ce type de document et je n’aime pas trop le faire. À première vue, c’est assez simple : il suffit de noter pour chaque catégorie de soin (consultation chez le médecin, le dentiste, hospitalisation, pharmacie…) le total des dépenses. En fait…

 

En fait, il faut d’abord éplucher les feuilles de soins étrangères souvent accompagnées d’ordonnances.

Trouver le montant payé chez le médecin : soit il n’est pas indiqué, soit il est représenté sous la forme d’une vague plus ou moins dentelée.

Déchiffrer les chiffres dans les colonnes réservées au pharmacien : la monnaie du pays étant ce qu’elle est, le nombre de chiffres est impressionnant, et la position de la virgule pas vraiment déterminée.

 

Et mon monsieur de ce jour me tend une pile d’au moins trois centimètres d’épaisseur de feuilles de soins et d’ordonnances. En plus, berk !, elles ont un aspect plutôt crasseux, des « choses » sont collées sur certaines.

 

Je les attrape du bout des doigts… et je trie : je trouve des ordonnances datant de 2000 !

Je m’exclame : « 2000 ! Mais c’est trop vieux !

- La dame, elle m’a dit, tu m’apportes tout et je paierai… 

- Eh ben, vous avez de la chance ! »

 

Je fais des tas par année… Je retrouve même des feuilles de soins que j’avais remplies il y a quelques mois.

« Vous ne les aviez pas données, celles-là ? C’est moi qui les ai remplies, je reconnais mon écriture.

- Non, on m’a dit que c’était pas bon.

- Je suppose qu’il manquait la feuille bleue… » (Le récapitulatif).

 

Puis je rassemble feuilles de soins et ordonnances, et j’en trouve sans correspondance ; je les mets de côté, elles ne pourront pas être traitées. Je remplis les feuilles… Pff…

 

« Ce que tu fais, ça sert à rien !

- Pourquoi ça sert à rien ?

- Parce qu’y a pas les vignettes !

- Eh ben il faudra les coller.

- Tu peux le faire ?

- Ah non, monsieur, je ne colle pas les vignettes, je n’ai pas le temps ! D’ailleurs, je vais m’arrêter là et vous reviendrez parce que, maintenant, il faut calculer tout ce que vous avez payé, et ça va prendre du temps. Revenez cet après-midi. »

 

L’après-midi, il est le premier. Je reprends le paquet crasseux et j’additionne les dinars, quand ils sont indiqués… Je ne suis pas très sûre du calcul vu les difficultés évoquées plus haut, en particulier la position de la virgule.

 

Pendant ce temps, il pose subrepticement un plein sac de boîtes de médicaments vides. 

« Non non, monsieur, je ne colle pas les vignettes ! »

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 11:34

coeur-brise.jpgMichèle est une jolie jeune femme aux superbes yeux bleus. Elle semble assez dégourdie, c’est pour cela que je suis étonnée par son histoire.

 

Elle vient de recevoir l’avis de signification d’un acte d’huissier de justice diligenté par le destinataire d’un chèque à elle qui n’a pas été payé car il était sans provision.

 

Elle me raconte qu’il y a quelques mois, elle était très amoureuse d’un homme qui lui avait promis de venir vivre avec elle. Mais avant, il avait des dettes à régler, notamment à son propriétaire. Pour le faire patienter, il demande à Michèle d’établir des chèques en blanc qu’il remettra, avec l’assurance qu’ils ne seraient pas encaissés, le temps qu’il le paie en espèces.

 

Depuis, Michèle a rompu et n’a plus de nouvelles du joli cœur. Mais celui-ci n’a pas dû payer puisque le propriétaire a voulu encaisser les chèques. Elle se retrouve dans des ennuis terribles car elle ne s’est pas contentée de faire des chèques en blanc, elle lui a aussi prêté de grosses sommes et contracté des crédits à son nom à elle. Elle est maintenant frappée d’interdit bancaire et va déposer un dossier de surendettement.

 

Nous rédigeons une lettre au propriétaire malheureux où elle explique sa situation, n’hésitant pas à dire clairement qu’elle s’est fait avoir. Elle affirme qu’elle assumera ses inconséquences mais lui demande de renoncer à ses poursuites contre elle.

 

J’ai établi ce chèque à la demande de Monsieur J. A., votre locataire, afin de lui rendre service. Il m’avait assuré qu’il s’agissait de vous faire attendre le temps qu’il vous paie en espèces ce qu’il vous devait, mais qu’en aucun cas, ce chèque ne serait remis à l’encaissement.

J’étais amoureuse et naïve et je l’ai cru. Or il s’avère qu’il a été malhonnête avec vous aussi bien qu’avec moi puisque, si vous avez voulu encaisser le chèque, c’est qu’il ne vous a pas payé.

 

Je l’ai dépanné pour de grosses sommes et contracté des crédits pour lui et je me retrouve maintenant à devoir tout rembourser alors que je n’ai pas profité de cet argent et que nous sommes séparés. Ma situation financière est devenue extrêmement difficile : je suis frappée d’un interdit bancaire et vais déposer un dossier de surendettement pour essayer de trouver un arrangement et faire face à mes dettes. Je vis seule avec mon fils et mon salaire n’est pas très élevé.

 

Je vais essayer d’assumer le maximum des remboursements mais j’aimerais que vous fassiez preuve de compréhension et renonciez à vos poursuites. J’ai été victime d’un escroc, au même titre que vous, et j’avoue avoir pêché par excès de confiance. À part une relation amoureuse éphémère, je n’ai rien à voir avec cet homme.

 

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à ce courrier et de ce que vous accepterez de faire pour ne pas envenimer ma situation, je vous prie de recevoir, Monsieur, mes meilleures salutations.

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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 17:20

Mme A. arrive avec une poussette occupée par un petit garçon qu’elle garde, car elle est assistante maternelle.fete-voisins.jpg

Elle ne me dit pas tout de suite ce qu’elle veut, mais commence à raconter. Son jeune fils de quatre ans est souvent invité à aller jouer avec celui de la voisine. Il reste quelque temps, mais quand sa mère veut qu’il revienne chez elle, la voisine refuse sous divers prétextes : il veut faire la sieste avec son copain, son fils à elle ne mange pas s’il est tout seul… Bref, parfois, à 22 heures, l’enfant n’est toujours pas rentré chez lui. Le père est obligé d’aller le chercher et se dispute avec la voisine.

Je l’écoute en ouvrant de grands yeux et suis scandalisée, à la fois par l’attitude de la voisine et par celle de la mère qui ne s’impose pas, mais je ne fais pas de commentaires.

Les relations s’enveniment avec échanges d’insultes. Puis, un jour, le couple reçoit une convocation à la MDS (maison départementale des solidarités) pour une enquête sur les problèmes qu’ils pourraient rencontrer avec leurs enfants.

Ils s’y rendent et apprennent que les services sociaux ont été alertés par une lettre anonyme que leurs enfants et ceux que madame garde ne seraient pas bien chez eux. Ils comprennent tout de suite d’où provient cette dénonciation calomnieuse et font part de leurs doutes. On leur fixe un autre rendez-vous à leur domicile avec des travailleurs sociaux pour la semaine suivante.

Madame veut écrire à l’inspecteur des services de protection de l’enfance pour expliquer ce qui se passe.
Sachant qu’ils ont déjà donné ces explications et qu’une autre rencontre va avoir lieu, je lui conseille d’en attendre le résultat. Mais je l’envoie tout de même, et sans attendre, consulter l’association d’aide aux victimes qui tient des permanences dans la ville.

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 18:39

traductionMme G. arrive, suivie, plusieurs pas derrière, d’une jeune fille d’une quinzaine d’années. Elles s’installent pendant que je mets mes fichiers à jour. Quand je lève le nez de mon clavier, je constate que la jeune fille est assise à l’envers sur son siège et me tourne délibérément le dos.

 

Eh bé ! ça commence bien ! Je me mets à imaginer que la mère a traîné sa fille pour… un CV par exemple, alors qu’elle ne veut surtout pas travailler…

Madame adresse à sa fille quelques mots dans sa langue sur un ton qui laisse penser à une petite engueulade, et la fille finit par se retourner.

 

La mère sort une lettre de son avocat, datée de mars, accompagnée d’une convocation devant le juge aux affaires familiales pour une audience prévue le 12 mai en vue d’un divorce (nous sommes début juillet). Je commence à expliquer et remarque que la mère se tourne vers la fille. Je finis par comprendre et lui demande :

« Vous êtes venue pour faire la traduction ? »

Oui, et sûrement pas de son plein gré.

 

« Madame, vous êtes allée au tribunal en mai ? »

Elle me répond dans sa langue : « Pouvez-vous me traduire s’il vous plaît mademoiselle ? »

La jeune fille grommelle quelques mots d’un ton agressif : il semble que oui.

 

Je continue à poser des questions, par fille interposée, toujours aussi aimable, et finis par comprendre la demande de la mère : « Je veux savoir si je suis divorcée. »

 

« Vous n’avez rien reçu de votre avocat depuis ? »

Non, mais je crois entendre la date du 7 juillet, qui est peut-être le 7 juin, mais qui, après d’autres échanges hargneux entre elles, s’avère bien être le 7 juillet. À cette date, l’avocat devrait recevoir un papier… Lequel ? Mystère. Je pense que ce sera le jugement.

 

« Vous avez revu votre avocat ? »

Traduction : non, car elle ne comprend pas ce qu’il dit.

C’est sûr, c’est une bonne raison !

 

Je me tourne vers la charmante demoiselle :

« S’il vous plaît, pouvez-vous dire à votre mère qu’avec ce papier, je ne peux pas savoir ce qui a été dit au tribunal, qu’il n’y a qu’une façon de le savoir, c’est de demander à l’avocat ? Il faut donc qu’elle prenne rendez-vous et y aille avec quelqu’un qui traduise. »

 

Je n’ai pas osé ajouter qu’il valait mieux que ce ne soit pas elle !

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30 novembre 2011 3 30 /11 /novembre /2011 19:40

Mme K. est une habituée mais je ne la voyais pas très souvent… jusqu’à ce que ses voisins changent. Commença alors une période infernale pour elle et sa famille. Les voisins, probablement dérangés, faisaient du bruit en permanence, jour et nuit, à se demander s’il leur arrivait de dormir. Toutes les tentatives de discussion et d’arrangement amiable s’étant terminées dans les insultes, le bailleur semblant impuissant ou inerte, Mme K. ne voit plus qu’une solution : déménager.

 

S’ensuit une longue bataille avec le bailleur, la mairie, soutenue par une amicale de locataires, et aidée par les courriers que je lui écrivais.

 

Enfin, on lui propose un autre logement, en rez-de-chaussée. Il n’a pas été occupé depuis longtemps et pour éviter les squatters, il a été muré. Elle le visite avec son mari le soir, sans pouvoir ouvrir les volets. L’intérieur leur convient et, pressés par leur besoin urgent de déménager, ils signent le bail.logement-enterre.jpg

 

Sitôt installés, ils commencent à déchanter. Il ne s’agit pas d’un rez-de-chaussée classique car il est semi-enterré. De ce fait, il est entouré d’une butte de terre qui arrive au niveau des fenêtres. Les passants sont en hauteur par rapport à eux et ont une vue plongeante chez eux. L’atmosphère est humide et étouffante mais il est impossible de laisser les fenêtres ouvertes pour aérer car les chats et les insectes en profitent pour entrer. Mme K. me confie que parfois, elle a l’impression d’être enterrée vivante. De plus, elle craint les cambriolages.

 

Elle alerte de nouveau toutes les instances décisionnaires pour dénoncer leurs conditions de vie. Après une visite, le bailleur avoue que ce « local » ne devrait pas être destiné à l’habitation mais au stockage des vélos et poussettes. Mme K. est ravie de l’apprendre !

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20 novembre 2011 7 20 /11 /novembre /2011 13:35

reflechir.jpgFatiha travaille à la mairie. Cela fait longtemps que je la connais et qu’elle me consulte. Son fils unique est malade et lui cause beaucoup de soucis car il est placé dans un institut spécialisé.

 

Dernièrement, l’équipe qui le suit a proposé un changement dans son mode de vie : le soir dans une famille d’accueil, la journée en institut et le week-end chez sa mère. Fatiha a refusé : elle pense que si un IME avec une équipe de spécialistes ne viennent pas à bout de son fils, une « simple » famille n’y arrivera pas mieux ; de plus, elle craint que le suivi médico-psychologique ne soit plus assuré correctement.

 

Devant ce refus, le conseil général a demandé au tribunal des enfants de lui donner délégation de signature pour mettre en œuvre ce placement. Fatima a donc décidé d’interjeter appel et m’a fait rédiger le courrier. Le même jour, elle écrit à l’inspecteur de l’aide sociale à l’enfance pour lui demander un rendez-vous.

 

Aujourd’hui, soit un mois plus tard, elle veut deux lettres : l’une à la MDPH qui n’aurait pas versé à l’institut la part qu’elle lui doit. J’essaie de lui dire que ça ne la concerne pas vraiment : « Oui, mais je vais écrire quand même. » Alors j’introduis beaucoup de précautions, soulignant que ça l’inquiète et demandant s’il y a un problème quelque part.

 

Deuxième lettre : elle annule sa demande d’appel. « J’ai rencontré l’inspecteur. Il m’a dit que mon fils sera bien dans cette famille et que je l’aurai toujours le week-end. »

 

Ben oui… Il aurait peut-être mieux valu attendre un peu avant de lancer la grosse artillerie, non ?

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 13:33

M. K. est un monsieur que je n’apprécie pas : profiteur, râleur, tout lui est dû ; je trouve ça insupportable. Hélas, il semble, lui, trouver intérêt à me fréquenter car, ces derniers temps, je le vois à chaque permanence.

C’est l’occasion de faire un travail sur moi, sur mes inimitiés, pour rester le plus professionnelle possible. Je progresse avec l’expérience !

 

Un de ces derniers jours, il veut écrire au consulat de son pays pour que son père soit reconnu comme « chahid ». Il n’est pas capable de me dire ce qu’est un chahid. Renseignement pris plus tard, j’apprends que cela signifie « martyr » pour l’islam et désigne en Algérie un combattant mort pour l’indépendance. 

Mais M. K. voit surtout que cette reconnaissance peut lui donner droit à une pension. Et comme il est toujours à court d’argent, ça lui serait bien utile.

 

Il a fait rédiger un courrier par « un écrivain public » mais il manque un détail. Le papier est un torchon et les formules très ampoulées et alambiquées.

« C’est un écrivain public qui vous a écrit ça ?

- Oui.

- Mais il est où, cet écrivain public ?

- À D.

- C’est l’écrivain public de D. ?

- Non, c’est quelqu’un que je connais…

- Mais qui n’est pas écrivain public ?

- Non. »

 

Ouf ! Je préfère, pour l’avenir et l’image de la profession, savoir que ce n’est pas un confrère qui a rédigé ça.

J’écris le courrier mais ne recopie pas.

 

La permanence suivante, soit trois jours plus tard, M. K. revient avec un grand sourire :

« Je voudrais que vous refassiez votre charmante lettre… »

Et il me tend une feuille manuscrite. Il faut que je la recopie telle quelle « parce qu’il n’a pas une bonne écriture », en enlevant les fautes, tout de même. Il a pris des mots du courrier que j’avais fait et a tout réécrit à sa façon.

 

Une bouffée de rage m’envahit…

Je respire…

« Vous voulez que je recopie tout comme vous l’avez écrit ?

- Oui. »

 

… Eh bien, allons-y...

 

Avec le recul, je me dis que la prochaine fois, je refuserai…

Qu’auriez-vous fait à ma place ?

feuille-dechiree.jpg

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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 19:42

flechette.jpgMlle L. est une belle, grande et fraîche jeune fille. En deuxième année préparatoire dans une école d’ingénieur, elle doit effectuer un stage « ouvrier » dans une grande entreprise, afin de choisir sa spécialisation en mastère.

Elle voudrait postuler dans celle que dirige l’ancien maire et a essayé d’obtenir un rendez-vous avec lui en s’adressant à la mairie où il a toujours ses quartiers. Cela ne semble pas possible mais, ce matin, elle vient d’apprendre que le maire actuel accepte de la recevoir. Il lui demande d’apporter une lettre pour lui, exposant sa demande d’aide, et trois lettres de motivation destinées à deux sociétés de la ville et à son prédécesseur.

 

Il est 10 h 15, elle doit le rencontrer à 13 heures : c’est la panique !

 

Certes, elle a préparé une lettre de motivation en appliquant scrupuleusement les conseils de son professeur : suivre le sacro-saint plan « Vous/moi/nous ». Elle a recherché sur Internet des informations sur les entreprises à contacter et a rédigé un paragraphe reprenant les grandes lignes de présentation des activités. Le professeur est ravi ; elle, pas du tout !

D’une part, elle n’aime pas avoir « pompé » les sites, d’autre part, elle a l’impression de faire un exposé et trouve ce paragraphe très artificiel.

 

Je suis d’accord avec elle, n’en déplaise à tous les conseilleurs en rédaction, persuadés de détenir la recette de LA lettre de motivation idéale et DU CV gagnant. Désolée, mais si ça existait, ça se saurait ! Avec cette idée fausse, tout le monde fournit le même type de documents de présentation et je suis sûre que ça finit par agacer les recruteurs.

 

Mlle L. acquiesce quand j’affirme que la lettre doit lui ressembler et « montrer ses tripes ». Car si ce qu’elle a écrit ne lui plaît pas, elle n’en sera pas fière, ne mettra aucune flamme pour le défendre et ne convaincra pas.

 

Ensemble, nous construisons le courrier, pesant soigneusement les mots, reprenant des éléments concernant chaque entreprise, mais les mêlant subtilement à son ressenti à elle et l’expression de ce qu’elle recherche. Je reproduis presque in extenso la partie où elle parle d’elle car elle nous semble convenir : elle a su exprimer de façon enthousiaste qui elle est et ce qu’elle souhaite. Je supprime juste quelques adjectifs, insérés pour faire plaisir à son professeur, mais vraiment redondants.

 

La première lettre est la plus longue à rédiger, ensuite seuls quelques détails sont à changer.

Au final, elle est satisfaite car elle s’y reconnaît.

 

« C’est ma mère qui m’a conseillé de venir vous voir. Elle n’est venue qu’une fois mais elle s’en souvient et en a gardé une très bonne impression. Moi, j’avais peur que les lettres ne soient pas personnalisées…

- Au contraire, vous avez vu, nous les avons conçues ensemble. Mon métier, c’est de faire du sur-mesure, quelque chose qui convienne parfaitement à la personne pour qui j’écris. »

 

Reste le courrier de demande au maire : vite fait bien fait, car il n’est vraiment pas compliqué.

 

Il est 11 h 15. Nous avons passé un long moment ensemble et je me suis régalée ; il est vraiment intéressant de construire un écrit de cette façon, avec quelqu’un qui sait ce qu’il veut.

 

« Ça va. J’ai le temps de rentrer chez moi me doucher, enfiler mon tailleur puis courir à la mairie. Je reviendrai mardi avec ma clé USB pour récupérer les fichiers et je vous raconterai comment ça s’est passé. »

 

Bonne chance, jeune demoiselle, vous la méritez !

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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 19:46

nettoyage.jpgMme R.F. est accompagnée de son fils adolescent mais il n’intervient pas, bien que j’aie quelques difficultés à comprendre ce qu’elle dit.

 

Elle travaille depuis dix ans dans une entreprise de nettoyage. Son employeur lui a envoyé une lettre recommandée fin janvier pour lui signifier qu’il avait perdu le contrat pour lequel elle intervenait et que, à compter du 7 février, l’entreprise qui l’avait gagné reprenait les salariés rattachés, selon des dispositions du Code du travail.

 

À la date indiquée, Mme R.F., n’ayant aucune consigne particulière, se rend comme tous les jours sur son lieu de travail habituel. Là, elle rencontre le patron de la nouvelle entreprise : le lieu d’intervention du contrat avec ce client a changé, il n’est donc pas tenu de la reprendre ; elle n’a rien à faire là et doit retourner chez elle.

 

Rentrée chez elle, elle appelle son ancien employeur qui lui affirme que son contrat de travail est repris par l’autre entreprise. Elle va à l’Inspection du travail qui confirme.

 

Elle vient me voir car elle a oublié de préciser le fameux détail : le contrat ne concerne plus les mêmes locaux.

 

D’après mes maigres connaissances, ce détail ne me semble pas changer grand-chose à l’affaire, mais je l’envoie tout de même à la Bourse du travail. Elle aura besoin de conseils avisés car je crains qu’elle ne doive aller devant les prud’hommes.

 

Je lui rédige un courrier pour ce nouvel employeur, rappelant la situation et qu’elle est à sa disposition pour travailler pour lui. Avant de l’envoyer, je lui demande de la montrer au conseiller syndical qu’elle va aussi rencontrer.

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30 septembre 2011 5 30 /09 /septembre /2011 12:25

hache de guerreLa première fois que j’ai vu Mme B., elle avait un gros problème avec un frigo américain dont la porte se dégondait tant elle était lourde. Après plusieurs réparations, elle demandait le changement de l’appareil et elle a dû se battre contre le magasin avec l’aide de l’UFC-Que choisir pour cela. D’ailleurs, je ne sais plus trop si elle a obtenu gain de cause. Je la trouvais plutôt sympathique.

 

Puis, elle m’a exposé un problème de logement. Elle habite au rez-de-chaussée à l’extrémité d’un immeuble et souffre non seulement d’une humidité récurrente qui abîme ses papiers peints, mais aussi des âneries des ouvriers qui rénovent le bâtiment : plusieurs fois, des trous percés à l’extérieur se sont prolongés dans ses chambres.

 

Le bailleur fait la sourde oreille. Il y a quelques années, il lui a suggéré de faire une déclaration de sinistre à son assureur qui a pris en charge le changement des revêtements. Cette fois, il lui assure aussi que ce n’est pas de son ressort et qu’elle n’a qu’à procéder de la même façon. Elle est excédée mais, malgré les apparences, n’agit pas vraiment. Je lui donne différentes pistes à suivre et elle me raconte ce qu’elle a entrepris : soit on l’envoyait directement au tribunal, ce qu’elle ne veut pas faire pour l’instant, soit elle n’a pas osé exposer l’intégralité du problème à son nouvel assureur, soit…

Elle a toujours une bonne raison. Et elle n’écoute pas ce que je lui dis, se contentant de dresser la liste de tout ce qui ne va pas et de toutes les aberrations qu’on lui a répondues.

 

Ce matin, elle me reparle de ça et je constate encore une fois qu’elle ne fait pas ce qu’il faut… Je me sens vraiment démunie mais ne peux rien de  plus pour elle !

Mais elle n’est pas venue pour ça (ouf !) : elle veut écrire à l’académie pour son fils.

 

Celui-ci a bientôt 21 ans, il a abandonné ses études – lesquelles ? elle ne sait pas trop – ne sort pas de chez lui, passe son temps à dormir, manger et regarder la télé. Elle n’en peut plus et veut demander à l’académie qu’on lui trouve un lycée où reprendre ses études – lesquelles ? elle ne sait pas trop… « dans la vente ou quelque chose comme ça ».

 

J’arrive à lui faire admettre que, vu l’âge de son fils, ce n’est plus à elle de faire les démarches, que s’il n’a pas envie de retourner au lycée, ça ne servira à rien de l’inscrire.

 

« Mais j’en ai marre, ça peut pas continuer comme ça, il faut qu’il fasse quelque chose…

- Il se bougera quand il ne se sentira plus bien chez vous. Faites la grève, ne lui préparez plus à manger, ne lavez plus son linge, ne faites plus le ménage dans sa chambre, mettez la télé en panne, faites sonner tous les réveils de la maison à 6 heures du matin pour qu’il aille s’inscrire à Pôle Emploi… Déclarez-lui la guerre. Ce sera dur pour vous, mais c’est pour son bien et pour le vôtre. »

 

Ma proposition semble lui plaire…

Et elle repart, pour faire la guerre à son fils.

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

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