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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 12:23

calendrier.jpgMme T. vient souvent me voir mais ne reste jamais bien longtemps. Hormis quelques dossiers à remplir, elle me demande de lui expliquer des courriers. Mais, la plupart du temps, elle m’apporte des convocations ou des petites fiches où sont notés des rendez-vous médicaux, pour que je lui dise à quelle date elle doit s’y rendre.

 

Elle attend parfois une ou deux heures juste pour ça. J’ai beau lui dire que l’agent d’accueil peut lui donner ce renseignement, elle persiste à vouloir ne voir que moi.

 

Les premières fois, je me contentais de lui lire les dates. Rapidement, j’ai commencé à lui donner des repères : le mois prochain, dans trois jours ou deux semaines… À chaque fois, elle me répondait « Ah, d’accord ! ». Et la fois suivante, je m’apercevais qu’elle avait loupé une date.

 

Ensuite, j’ai pris un calendrier pour qu’elle « voie » le temps qu’il lui restait : « Ah, d’accord ! ». Et elle ratait encore un rendez-vous.

 

J’ai fini par lui conseiller d’acheter un petit calendrier et de faire noter les dates. « Ah, d’accord ! ». Pas plus de résultat.

 

Aujourd’hui, je suis encore allée chercher un calendrier à l’accueil pour lui montrer : deux futurs rendez-vous en août et deux loupés en mai.

 

Elle n’a pas acheté de calendrier car elle ne sait pas où on peut en trouver. De toute façon, je sais qu’elle n’a pas beaucoup d’argent et me doute qu’elle a d’autres priorités.

A-t-elle quelqu’un autour d’elle qui pourrait l’aider ? Non, personne ne sait bien lire, et elle non plus.

 

Soudain, j’ai une idée lumineuse (elles le sont très souvent mais guère rapides à jaillir) : je fais une photocopie du calendrier.

Je repère la date de ce jour en rouge et note les deux prochains rendez-vous.

Puis je lui explique de cocher chaque jour qui passe à compter de celui-ci. Elle devra garder ce papier et y faire noter tout nouveau rendez-vous. Au besoin, elle n’aura qu’à m’apporter ses convocations pour que je le fasse moi-même.

« Ah, d’accord ! ».

 

J’espère que ça va marcher car je n’ai plus d’autre idée.

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 12:20

Un petit courrier agréable : M. P. veut écrire au maire pour son anniversaire de mariage (le sien, pas celui du maire !).

 

Peut-être veut-il réserver une salle ?

Non.

 

Mais alors que veut-il ?


50 ans

Demander au maire la célébration d’une cérémonie pour son cinquantième anniversaire de mariage qui tombera l’année prochaine pile poil un samedi.

Il tient à lui faire savoir qu’il a une nombreuse descendance : cinq enfants, onze petits-enfants et deux arrière-petits-enfants.

 

Il m’explique qu’il a déjà réservé une salle. Il en a trouvé une pas trop chère qui appartient à la paroisse.

 

En tant que responsable d’une association de la ville, il a déjà eu l’expérience de nombreuses pertes inexplicables de courriers destinés au maire. Il veillera à vérifier la bonne réception du sien et à relancer l’affaire si la réponse tarde trop.

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30 août 2011 2 30 /08 /août /2011 13:21

fraude.jpgMme R. est assistante maternelle ; elle ne vient pas souvent me consulter mais toujours avec une poussette occupée par un bambin endormi. Aujourd’hui, elle me raconte une mésaventure qui vient de lui arriver, qui me surprend et me laisse quelque peu soufflée, je n’avais encore rien entendu de semblable.

 

Ces derniers mois, elle avait plusieurs employeurs dont deux femmes qui, manque de chance, lui ont joué le mauvais tour de déclarer à l’Urssaf plus d’heures qu’elle avait réellement effectuées et, de ce fait, un salaire plus important que celui qui a été versé.

 

La réception des fiches de paie étant un peu décalée, elle s’en est aperçue quand la CAF lui a appris qu’elle n’avait plus droit à l’APL car ses ressources avaient beaucoup augmenté.

 

Quand elle a demandé des explications à ces deux dames, elles ont, l’une comme l’autre, admis une fraude pour récupérer un peu plus d’argent de la CAF qui subventionne la garde des enfants.

 

Mme R. est vraiment très déçue de se voir traitée de la sorte ! Jusqu’à présent, il y avait toujours eu un climat de confiance entre elle et ses employeurs dont elle gardait les enfants. Elle regrette d’être maintenant obligée de faire signer le relevé de ses heures de travail pour éviter toute contestation.

 

Je lui rédige un courrier pour le centre Pajemploi, l’Urssaf spécialisée dans la gestion de ces salariés particuliers. Je pense que l’affaire ne va pas s’arrêter là et que ces dames vont avoir un redressement de la CAF.

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20 août 2011 6 20 /08 /août /2011 13:13

spirale.jpg

 

M. H. est un grand monsieur discret. Depuis plusieurs années, il n’a plus de logement et,  malgré son salaire décent, n’arrive pas à en trouver dans le parc locatif social. Il est hébergé ici ou là, et se domicilie chez qui veut bien.

 

ll vient de recevoir un avis d’imposition concernant la taxe d’habitation 2010. Déjà, en tant que personne hébergée, il ne devrait pas être imposé. Mais, en plus, cette taxe concerne un logement où il s’était simplement domicilié, qui n’est plus habité depuis un an car l’immeuble a été définitivement fermé à la suite d’un incendie et tous les locataires sont relogés ailleurs.

 

M. H. n’a pas pensé à effectuer la formalité de changement d’adresse ; toujours par monts et par vaux, il devrait le faire presque chaque mois.

 

Il s’est rendu aux services fiscaux, a expliqué sa situation et déposé une demande d’exonération. Cette demande a été jugée recevable mais à condition que la personne qui le domiciliait produise des preuves de sa résidence au 1er janvier dans le logement en question (quittances, factures EDF…). Il avait pourtant fourni une attestation du bailleur certifiant que l’immeuble était vide.

 

Devant cette exigence à laquelle il ne pouvait pas répondre, il n’a pas donné suite et a reçu un courrier rejetant sa réclamation.

 

Pour une fois, les voies de recours indiquées étaient utiles. Il m’a demandé un courrier pour le conciliateur fiscal reprenant les faits, fournissant l’attestation du bailleur et demandant son intervention. Je pense que cette personne prendra le temps d’examiner les pièces et tranchera en sa faveur.

 

J’ai conseillé à M. H. de se faire domicilier dans une association du type de la Croix Rouge afin d’avoir une adresse permanente, unique et fiable.

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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 15:40

fil-aiguille.jpg

 

M. et Mme L.M. me demandent de vérifier leur déclaration de revenus. Tant qu’il ne s’agit que de cela, ça va, je peux le faire. Dès que c’est un peu plus compliqué, avec une déclaration de salarié à domicile pour une personne âgée, par exemple, je renvoie la personne aux services fiscaux.

 

Pour cette vérification, j’ai besoin des fiches de paie de 2010 de monsieur ; madame, elle, vient d’arriver en France où elle n’a pas encore trouvé de travail.

 

En consultant ces documents, je constate d’abord une anomalie concernant l’adresse : sur certaines, c’est à Paris, sur d’autres à Fontainebleau, mais aucune n’indique la bonne. Monsieur m’affirme qu’il a déjà signalé cette erreur, mais…

 

Du coup, je regarde mieux tous les détails et trouve autre chose : son matricule change à partir du mois de juillet et… les cumuls de salaire et d’heures travaillées sont remis à zéro, ainsi d’ailleurs que le compteur des congés payés.

 

Ça ne va pas du tout ! J’explique à M. L. M. que c’est comme s’il s’agissait d’une autre personne qui travaillait. Il faut faire corriger ça.

J’écris donc un courrier de réclamation au patron pour signaler ces erreurs, demander une rectification et la confirmation que les déclarations sociales ont été faites correctement à son nom.

 

Ensuite, je m’occupe de la déclaration de revenus pour laquelle ils étaient venus.

 

Je ne suis pas sûre qu’ils aient compris, mais je ne pouvais décemment pas laisser passer ces âneries !

 

Heu… Me suis-je encore mêlée de ce qui ne me regardait pas ?

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 15:36

sous chapeauCe matin, M. I.M. ne tarit pas d’éloges sur moi. Hier, justement, il a assisté à une réunion dans un des quartiers où j’interviens. Il a entendu une conversation à mon sujet à laquelle il s’est mêlé, confirmant les dires des personnes : l’écrivain public est compréhensive, ses courriers sont bien écrits et clairs et ont toujours un résultat positif.

 

Même si ça frôle l’obséquiosité, c’est plutôt agréable à entendre, mais, échaudée et prudente, j’émets des réserves : « Attention, je ne fais pas de miracles ! ». Il acquiesce : évidemment qu’il le sait !

 

C’est lui aussi qui a commenté mes tenues vestimentaires en m’affirmant que je m’habillais « comme à la télé » ; j’imagine que c’est un compliment…

 

M. I.M. vient souvent me voir, que ce soit à titre privé pour divers problèmes de la vie quotidienne, ou pour son EURL de peinture en bâtiment qu’il a créée il y a quelque temps. Il recherche des marchés pour la faire tourner et payer ses salariés, qu’il prend soin d’embaucher dans le quartier, ce qu’il avance comme argument quand il sollicite des élus.

 

Dernièrement, il a rencontré sur le marché les partisans d’une candidate aux prochaines cantonales puis, un autre jour, a engagé la conversation avec le mari sur le quai de la gare. Bien sûr, tous lui ont conseillé de la contacter directement pour lui demander aide et appui. Il lui a ainsi envoyé deux courriers que j’ai rédigés pour lui.

 

Il a toujours plusieurs lettres à écrire qu’il me réclame à peine la précédente est-elle terminée ; j’avoue que cela m’agace un peu car j’ai l’impression de n’être qu’un distributeur.

 

Aujourd’hui, il écrit d’abord à un client pour clarifier une histoire tordue ; j’ai l’impression qu’il s’est fait avoir et n’hésite pas à le lui dire.

 

Puis il me parle de réparations à faire sur son véhicule professionnel, dont il a grand besoin pour aller travailler, notamment pour un futur chantier au Havre. Mais il n’a pas d’argent… Alors, il veut tout bonnement en demander… à la candidate.

 

Je suis soufflée, lui fais répéter, mais ne moufte pas… Je commence à taper…

« Vous pensez que je dois joindre le devis ?

Grimace de ma part.

« Ah, non ?... Alors je le mets pas…

- Je ne sais pas… Déjà, je trouve bizarre de demander de l’argent à quelqu’un que vous ne connaissez pas…

- Mais je la connais !

- Vous la connaissez bien ?

- Oui.

- Alors pourquoi vous ne lui demandez pas de vive voix ? Ça me semblerait plus logique et normal…

- …

- …

- Vous faites la lettre et je verrai… »

 

Ah là là ! Je crois que je ne pourrai jamais me présenter à aucune élection !


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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 15:28

conflitDans la salle d’attente, une jeune fille et un jeune homme, assis loin l’un de l’autre, discutent dans leur dialecte. Ils se présentent tous les deux quand j’appelle la personne suivante. La jeune fille, S., me demande si elle peut entrer avec son frère ; je n’y vois pas d’inconvénient, imaginant soit qu’ils sont venus ensemble, soit, comme cela se fait souvent, qu’ils ont demandé l’accord des autres personnes.

 

Je m’occupe d’abord du garçon qui dépose un recours contre un ajournement de sa demande de naturalisation « en raison du caractère incomplet de [son] insertion professionnelle ». Il argue qu’il travaille depuis quelques mois. Quelque chose dans son attitude me fait éviter de relever qu’il est seulement en CDD.

 

S. a le même souci : sa demande de naturalisation est ajournée car le ministère n’est pas « sûr de la pérennité de [son] activité professionnelle ». Elle travaille à temps partiel comme surveillante de cantine pour la mairie. Là, j’arrive à lui expliquer qu’on considère qu’elle n’est pas (encore) autonome et capable de vivre seule avec ses ressources. Elle semble comprendre (j’en profite pour prévenir son frère qu’un CDD n’est pas considéré comme une situation stable, laissant entendre que son recours risque de ne pas aboutir). Elle veut quand même écrire le courrier de contestation. Entre-temps, le frère part car il va travailler.

 

Au moment où elle sort, le monsieur suivant qui entre l’interpelle, lui reprochant d’avoir prétendu qu’elle était avec son frère et sous-entendant qu’elle mentait. Le ton monte très vite, surtout pour S. qui ne supporte pas qu’on croie que c’était son copain, car elle n’en a pas, de copain ! J’interviens en poussant le monsieur dans le bureau et en fermant la porte.

 

Pendant que je travaille pour lui, j’entends des éclats de voix avec les mots « frère » et « copain » qui reviennent.

 

Quand je raccompagne M. G., je repère le frère, d’abord dans l’entrée du centre, puis devant. Cela m’inquiète et j’en parle à K., l’agent d’accueil, et le monsieur entend aussi : pour lui, pas d’autre solution que d’appeler la police.

« On n’appelle pas la police pour un oui ou pour un non ! ».

 

Je décide de bousculer les événements et m’adresse au frère dehors : « Avez-vous oublié quelque chose ? ».

Non, il veut discuter avec le monsieur qui a mal parlé à sa sœur.

 

Scène étrange : le monsieur est dans le centre, le frère, à l’extérieur, et moi, dans l’encadrement de la porte, entre les deux. Et ils s’expliquent.

Au bout d’un moment, les arguments tournant en boucle, j’essaie de calmer le jeu : le frère n’était pas là, il ne sait pas comment ça s’est passé ni ce qui a été dit, moi j’y étais, ma version est légèrement différente et j’ai entendu que la sœur a aussi levé la voix… Est-ce que tout cela est si grave ? Et puis ils ont triché, ce qui explique l’énervement du monsieur…

 

Le frère finit par se retourner vers moi, me disant que je n’ai rien à faire là, que je n’ai qu’à rentrer chez moi. Ah pardon, je me sens un peu concernée, et puis je n’ai pas envie qu’un jeune coq agresse un vieux monsieur pour une histoire ridicule, alors qu’il l’a quand même un peu trompé en lui passant devant.

Je rappelle aussi au jeune homme qu’il devait aller travailler et qu’il risquait d’être en retard.

 

Ils finissent par partir chacun de son côté. J’espère que l’affaire en restera là.

 

K. est scandalisée, et inquiète car elle est seule à l’accueil. Elle avait essayé de calmer la jeune fille qui faisait un esclandre.

 

Moi, je suis choquée de voir l’arrogance de ces jeunes gens, leur incapacité à prendre du recul, faire la part des choses et, également, assumer leurs actes. Quel manque de discernement et d’éducation ! Je comprends comment certaines bagarres peuvent éclater.

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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 13:24

et une pincée de psychologiepsy.jpg

 

Je n’ai encore jamais vu cette dame et ne connais donc pas son histoire. Elle veut contester une décision de la préfecture qui confirme l’ajournement de sa demande de naturalisation pour deux motifs : elle vit grâce aux aides sociales, ce qui est vrai, et elle aiderait au séjour irrégulier du père de son fils. C’est ce dernier point qu’elle nie : elle affirme qu’elle n’a plus de contact avec cet homme qui l’a abandonnée pendant sa grossesse et n’a jamais vu ni entendu parler de son fils.

 

Pendant que j’écris la lettre, elle continue de me raconter sa vie. Elle a un autre enfant avec son nouveau compagnon, un homme très gentil que son fils aîné, âgé de trois ans, appelle « papa ».

 

Soudain, elle dit quelque chose qui me fait dresser l’oreille et lever le nez de mon écran : « Je lui dirai quand il sera grand, je sais pas quand. » et je comprends qu’elle parle de la filiation de ce premier enfant : il n’est pas au courant que celui qu’il appelle papa n’est pas son père.

 

« Mais non, il ne faut pas attendre ! Vous auriez dû le lui dire depuis longtemps, depuis toujours même.

- Mais il est petit, je veux pas lui faire du mal.

- Mais c’est après que vous lui ferez du mal. Il a besoin de vérité pour grandir, de s’appuyer sur des choses qui ne bougeront pas…

- Oui, mais pour moi, c’est trop difficile…

- Pour vous, peut-être, mais il s’agit de lui. Je ne suis pas psychologue mais je vous assure qu’un enfant doit connaître la vérité… Vous m’avez dit que vous alliez à la PMI, parlez-en au pédiatre, il doit aussi y avoir un psychologue, ils vous aideront. Vraiment c’est important pour votre fils. »

 

Je crois que j’ai ébranlé toutes ses certitudes. Elle repart en me disant que oui, elle ira à la PMI et en parlera.

 

Et voilà, je me suis encore mêlée d’autre chose que d’écriture. Pour cette fois, à ma décharge, je dois reconnaître que depuis que j’ai des enfants, je me sens un peu « mère universelle » !

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10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 12:15

feminin.jpgM. G. m’a déjà consultée à plusieurs reprises : pour demander une indulgence après une contravention et ne pas perdre de points sur son permis, ou pour la reconnaissance de la nationalité française à sa fille restée dans son pays d’origine…

 

Aujourd’hui, il veut que je remplisse pour lui un imprimé de requête auprès du tribunal de proximité. Je lui demande ce qui lui arrive.

 

Il veut récupérer la somme précise de 2 493 € qu’il a donnée en plusieurs fois à sa voisine pour couvrir les frais médicaux de suivi de sa grossesse. En effet, elle lui a affirmé qu’elle était enceinte de lui ; elle avait besoin d’argent pour une échographie, ou pour s’équiper d’une poussette double pour préparer la naissance des jumeaux qu’elle attendait…

 

« Elle est partie en Charente et elle a accouché là-bas. Les enfants sont nés en avance, ils étaient en couveuse, mais ils vont bien. Ils s’appellent Dylan et Dimitri. Mais j’ai jamais pu les voir, j’ai pas vu de photos… Elle est revenue ici mais sans eux parce qu’elle les a laissés je sais pas où… »

 

Oh là là !

 

« Comme je les ai pas vus, j’ai fait une recherche à la CAF mais ils ont rien trouvé. Ils m’ont dit que si je voyais pas les enfants, je devais arrêter de donner de l’argent… À partir d’août, j’ai plus rien donné.

« Toute ma famille est au courant et a vu que je lui donnais tout ce qu’elle me demandait… J’ai des preuves, regardez ! »

Il me montre un papier plié en quatre, griffonné de listes de sommes : 50 €, 20, 200…

 

« Monsieur, ce papier, ce n’est pas une preuve… Avez-vous consulté le conseiller juridique ?

- Oui. Il m’a dit de porter plainte et d’aller au tribunal. Mais le commissariat a pas voulu prendre ma plainte parce que j’avais pas été forcé ou menacé pour lui donner de l’argent. Alors je vais au tribunal.

- Je vais remplir l’imprimé mais, avant de le déposer, allez voir le conseiller juridique pour bien préparer toutes les preuves que vous pouvez apporter. »

 

Et je commence à écrire… Nom et prénom… et profession du demandeur et du défendeur…

« Quelle est la profession de la dame ?

- Retraitée. »

 

Quoi ?

Je lève le nez du formulaire :

« Mais elle a quel âge ?

- 58 ans, comme moi.

- Et on peut avoir des enfants à 58 ans ?

- Oui. Elle m’a dit que sa mère avait eu un enfant à 61 ans. »

 

Grimace de l’écrivain public, qui finit pourtant de remplir le fameux imprimé.

 

« Surtout, monsieur, allez voir le conseiller juridique pour bien préparer votre dossier ! »

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 09:53

A.jpgMme R.Y. est un jeune conducteur. En juin dernier, elle a été verbalisée pour ne pas avoir apposé le A réglementaire à l’arrière de son véhicule. Piteuse, elle achète immédiatement un timbre-amende de 22 € et dépose le volet de paiement à l’adresse indiquée, soit l’hôtel de police de la ville.

 

Quelques semaines plus tard, elle reçoit un avis d’amendes et condamnations pécuniaires à la suite d’un jugement de l’officier du ministère public ; elle doit une amende majorée de 75 €. Sur les conseils de la trésorerie des amendes, elle envoie l’original du volet « justificatif de paiement » à cette instance.

 

Début janvier, elle reçoit un avis d’huissier lui réclamant la même somme augmentée de frais divers. Heureusement, elle a gardé une copie de ces justificatifs qu’elle fournit à l’huissier. Elle me demande d’écrire un courrier explicatif pour l’officier du ministère public : historique et envoi de la copie du justificatif.

Je commence à lui parler d’un recours possible au médiateur de la République.

 

Début février, le ministère public lui répond : il ne peut pas étudier son dossier car il manque… le justificatif de paiement.

Courrier réclamant un justificatif à l’hôtel de police qui, à ce jour, n’a pas répondu. Quand elle s’y est rendue peu après, on lui a conseillé… d’écrire, ainsi qu’à l’officier du ministère public, tout en sous-entendant que rien ne prouvait qu’elle avait bien déposé le paiement chez eux.

Entretemps, elle est retournée à la trésorerie des amendes qui l’a renvoyée… à l’officier du ministère public ; on lui a aussi dit qu’il faudrait qu’elle paie.

 

Vraiment, on tourne en rond !

Elle risque de dépenser plus en courriers recommandés que si elle avait payé d’emblée ce qu’on lui réclamait à tort.

 

Mme R.Y. est désespérée, elle n’en dort plus. Quand j’évoque le médiateur de la République, elle m’apprend qu’elle a un rendez-vous pour la semaine prochaine. Je suis soulagée car je crois qu’il n’y a plus que lui qui puisse rompre le cercle vicieux qui s’est mis en place.

 

Je la croise quelques semaines plus tard ; elle s’exclame : « Bonjour madame, et merci ! ». Elle me raconte qu’elle a réussi à obtenir un justificatif d’achat du timbre amende à la trésorerie. Elle a eu la chance, cette fois, de voir la personne qui le lui avait vendu ; devant ses supplications et ses larmes (quand même !), celle-ci a accepté de rechercher son dossier déjà archivé. Mme R.Y. a produit le document et l’affaire a été classée. Cela lui a pris neuf mois et de nombreux recommandés… pour 22 €.

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

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