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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 14:25

bible.jpgQuand Mme D.C. entre dans le bureau, je sens tout de suite que quelque chose cloche : son regard est fuyant et vaguement apeuré. Elle s’assoit et commence à me parler, sans me regarder. Je comprends à peine quelques mots de français par ci par là, mélangés à d’autres en portugais, mais j’entends surtout « république » et je crains le pire.

 

Après quelques questions, ma crainte est confirmée : elle veut écrire au président de la République. C’est un exercice qu’on me demande parfois et que je déteste au plus haut point. Je ressens une irritation à la fois contre la naïveté des gens de croire que le président peut tout, et contre tout ce qui les a désespérés et les pousse à tenter ce moyen singulier pour arriver à la résolution de leur problème.

 

Mais pourquoi, elle, veut-elle écrire ?

 

Elle me tend une lettre manuscrite que je lis. Les propos sont incohérents : elle parle un peu de sa situation personnelle, de façon très décousue, mais surtout de promesses du président non tenues, d’affirmations ou d’actes qui démoralisent les gens en France, et aussi de Jésus-Christ, « notre maître à tous qui voit et juge tout ». Il est hors de question d’adresser un tel courrier à qui que ce soit, et encore moins au président de la République.

 

Je continue les questions. Elle est sans papiers et a déposé une demande de titre de séjour depuis 2001… ou 2004. Je suggère de relancer son dossier et lui réclame les courriers de la préfecture, le récépissé de demande qu’elle a dû avoir. Non, elle a tout laissé chez elle. Elle recherche quelque chose dans un livre – une bible me dira-t-elle plus tard – qui contient des morceaux de papiers entre les pages, mais ne sort finalement rien.

Je rétorque qu’il va être très difficile pour la présidence de relier son courrier à un dossier si on ne mentionne aucune référence : ça semble lui passer par-dessus la tête.

 

Puis elle se lance dans un discours incompréhensible pour moi, où, encore une fois, je discerne difficilement quelques mots. Et je constate qu’elle s’enflamme dans ses propos, qu’elle est indignée, voire exaltée. Il est question de promesses non tenues et de comptes à rendre à Dieu quand on ne suit pas ses enseignements ni ceux de la bible, même quand on est « présidenté ».

 

Pendant qu’elle parle, je cherche vraiment à comprendre tout en me répétant « J’comprends rien. Qu’est-ce qu’elle dit ? ». Mais je me demande surtout ce que je vais bien pouvoir faire pour elle et, si je dois l’éconduire, quel prétexte compréhensible pour elle je vais bien pouvoir invoquer.

Puis elle finit en disant « Tu fais la lettre au “présidenté”, c’est bien, tu veux pas la faire, tant pis. »


« Je veux bien faire la lettre mais je veux comprendre ce que vous voulez lui dire : vous demandez des papiers et vous dites surtout que vous n’êtes pas contente de ce qui se passe dans ce pays ? »

Elle acquiesce.

 

Je prends une longue et discrète inspiration et me résous à écrire le courrier.

J’y parle un peu d’elle, sans rien réclamer, un peu de la politique d’immigration actuelle, en critiquant légèrement, et un peu de Dieu : Vous avez fait des promesses pour aider les femmes sans papiers mais, dans les faits, on s’aperçoit que vous favorisez surtout l’immigration d’origine européenne, en laissant de côté les autres étrangers. Or nous faisons tous partie de la même humanité et Dieu est le même pour tous et notre maître à tousJe suis vraiment très choquée par ce qui se passe dans ce pays, ce qui démoralise tout le monde, et je tenais à vous le dire. Quand je lui lis les deux dernières phrases, elle pousse un soupir, de soulagement me semble-t-il. J’ai l’impression qu’ainsi, elle pense avoir rempli sa mission.

Ai-je rempli la mienne ?

 

Contrairement à l’épisode avec Monsieur L. (voir le billet précédent), je n’ai pas hésité à écrire ce courrier. Il ne s’agissait pas de déverser du fiel et d’insulter mais de faire part de son profond désarroi et de son incompréhension devant des agissements qui choquaient sa morale. Au final, le fond est à peu près identique - c’est une critique - mais la forme n’a assurément rien à voir !

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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 14:31

Monsieur D.S.S. n’est pas content et ça se voit tout de suite. Petit homme d’une cinquantaine d’années, il a un maintien très digne et un air courroucé ; il porte un dossier qu’il ouvre aussitôt tout en m’expliquant son problème.

 

« La femme qui vivait avec moi a inscrit son enfant au centre aéré, sans me le dire. Elle a rusé et elle a donné mon adresse. Maintenant, je reçois des factures et je l’ai très mal pris. Je veux pas payer parce que j’étais pas d’accord. Mais j’ai fait une analyse ADN et c’est pas mon enfant, elle m’a trompé. Je suis allé à la mairie et j’ai expliqué ça mais ils m’ont dit qu’ils se mêlaient pas de la vie privée des gens. Alors je veux écrire au maire pour lui dire que je veux pas payer… »

 

Il me montre les factures, elles sont bien à son nom.

Reprenons…

 

« Vous recevez des factures du centre de loisirs pour l’enfant de la femme qui vivait avec vous. Qui est cette femme ? Votre épouse ?

— Oui.

— Vous êtes mariés ?

— Oui.

— Elle vous a quitté ?

— Oui.

— Et l’enfant, il porte votre nom ?

— Oui.

— Alors c’est officiellement le vôtre, c’est donc normal que vous payiez les factures qui le concernent.

— Oui mais je suis allé au tribunal parce qu’elle m’a trompé. »

 

Il brandit un dossier intitulé « Recherche de paternité ».

 

« D’accord, mais tant que le juge n’a pas dit officiellement que ce n’est pas votre enfant, vous êtes considéré comme le père. C’est normal que la mairie vous ait répondu ça : votre vie privée ne les regarde pas.

— Mais je veux pas payer.

— Si vous ne payez pas, on vous enverra l’huissier…

— Ben oui, mais je paierai pas. Je veux écrire au maire.

— Donc je fais un courrier au maire pour lui dire que vous ne paierez pas ces factures ?

— Oui.

— Et pour quel motif ?

— Parce que j’étais pas d’accord pour qu’elle inscrive l’enfant au centre. »

 

Bon…

Je lui lis le courrier, très court, que j’ai écrit, selon ses instructions.

« Merci ! »

Il a l’air satisfait...

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 09:00

Je ne pense pas connaître ce monsieur, ou alors je l’ai vu une fois il y a… très longtemps !

Il veut écrire « aux impôts » parce que son ex-femme ne déclare pas la pension alimentaire qu’il verse pour leurs enfants.

 

Houla ! Ça ne me plaît pas trop. Je le fais parler un peu plus…

 

Lui déclare cette pension mais ses enfants lui ont appris que leur mère ne la déclarait pas. Il n’a pas vraiment l’air scandalisé par cette affirmation…

Aux « impôts », on lui a dit de faire une réclamation.

 

Ça ne me plaît toujours pas. Je reformule ce que j’ai compris de sa demande et avance le mot « dénoncer » qui ne le fait pas bondir ; je vais plus loin.

 

« Est-ce que ça vous cause du tort ? Est-ce que ça vous enlève quelque chose ? Est-ce que ça vous pose un problème ?

- Non… Mais y a plein de gens qui me disent que je dois le dire aux impôts… »

 

Ah ! Il vient surtout sous la pression d’autres personnes.

 

« Je pense que ça ne vous regarde pas. Si vous, vous avez fait tout ce qu’il fallait : verser la pension, la déclarer, ce que votre ex-femme fait, elle, ou pas, ne vous regarde pas. Vous pourriez déposer une réclamation si, par exemple, vous vous aperceviez que les pensions que vous avez déclarées ne sont pas sur votre avis d’imposition, mais ce n’est pas le cas, elles y sont bien. Le reste ne vous concerne pas, c’est une affaire entre votre ex-femme et les impôts, c’est elle qui risque d’avoir des problèmes si c’est vrai.

En plus, vous n’avez aucune preuve, seulement ce que vous ont dit les enfants... Je trouve que ce n’est pas joli-joli de dénoncer… Non, c’est pas bien de faire ça ! »

 

Le monsieur semble rasséréné ; il se lève :

« Merci pour votre conseil. »

Et il part.

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25 août 2010 3 25 /08 /août /2010 20:52

Mme M.L. est un peu « colère » et veut écrire à son fournisseur d’électricité pour lui dire qu’il exagère !

 

En janvier dernier, alors qu’elle ne pouvait pas payer sa facture de 430 €, son assistante sociale lui obtient une aide de 300 €, charge à Mme M.L. de payer le reste. Or elle s’est aperçue que le montant total de la facture avait été prélevé sur son compte. D’après ses calculs, son compte chez le fournisseur serait donc créditeur de 300 €.

En mai, elle a reçu une nouvelle facture de 230 € et c’est ça qui la rend furieuse : elle ne paiera pas puisqu’elle a un crédit.

 

J’observe la dernière facture et reste perplexe : nulle part n’est indiqué un solde positif. Je lui demande plusieurs fois si elle est certaine que les 300 € ont bien été versés ; elle m’assure que oui puis, sur mon insistance, me donne le numéro de téléphone de l’assistante sociale que j’appelle aussitôt. J’ai de la chance : elle est à son bureau et disponible pour me répondre. Elle m’explique que le versement a été refusé par le fournisseur parce qu’il n’y avait plus de dettes ; les 300 € n’ont donc pas été réglés. Entre nous, je trouve dommage que Mme M.L. n’en ait pas été informée.

 

Quand je transmets cette information à Mme M.L., je vois son visage se crisper… L’assistante sociale « percute » tout de suite : 

« Elle ne peut pas payer cette nouvelle facture ?... Je peux lui donner un rendez-vous pour voir ce que nous pouvons faire… ».

Mme M.L. accepte, plutôt soulagée, et elles conviennent ensemble d’une date.

 

Encore une fois, j’ai eu raison de suivre mon intuition et vouloir comprendre le comment du pourquoi ! Je n’ai rien écrit, mais j’ai aidé la personne.

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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 11:17

Carima* travaille à la mairie. Comme tous les administrés, elle a pris un numéro à l’accueil pour me rencontrer car elle est empêtrée dans une histoire de contravention qui ne la concerne pas.


Elle a vendu sa voiture en octobre à un collègue mais ne l’avait pas signalé à la préfecture. En janvier, elle reçoit un avis de contravention du centre automatisé de Rennes pour un excès de vitesse relevé pour son ancien véhicule. Elle suit la procédure de contestation indiquée et envoie une copie du certificat de cession, qu’elle transmet aussi immédiatement à la préfecture.

 

En avril, quand je la vois, elle a déjà écrit deux fois, en renvoyant toujours le même document que le centre lui a retourné pour lui dire ensuite qu’il manquait.

J’écris un courrier reprenant l’historique et envoyant pour la troisième fois le certificat de cession.

 

Elle revient en mai car elle a maintenant reçu un avis d’amende forfaitaire majorée. Nouveau courrier explicatif, nouvel envoi de justificatifs.

L’été passe, elle n’a plus d’échos de cette affaire et pense que c’est terminé.

 

En septembre, elle reçoit une mise en demeure d’un huissier de justice et revient me consulter, très inquiète. Je pense, moi, que c’est plutôt une bonne chose car ainsi, elle a (enfin) un interlocuteur sensé qui comprendra et pourra sûrement agir pour faire valoir son bon droit.

Cinquième courrier, toujours recommandé bien sûr, et cinquième envoi des preuves.

 

Quelques semaines plus tard, elle m’interpelle joyeusement dans les couloirs : « Tu avais raison ! L’huissier s’est occupé de l’affaire : il arrête les poursuites et la contravention est annulée. »

 

Eh bé !… c’est bien, les centres « automatisés » !...

 

 

(*) Le prénom a été modifié.

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 14:06

 

Je connais Mme B. depuis que je tiens ces permanences. Je l’aide dans les nombreuses formalités de sa vie quotidienne mais, ces derniers temps, je la vois surtout pour ses démarches de recherche d’un nouveau logement. Ils vivent à cinq, deux adultes et trois adolescents, dans deux pièces, et rencontrent en plus des problèmes d’insalubrité. Leur dossier est déposé depuis… très longtemps mais rien n’aboutit. Mais elle est toujours de bonne humeur, plaisante et rit volontiers.

 

Aujourd’hui, quand elle s’installe, elle me tend une enveloppe prétimbrée en me disant :

« Je veux juste écrire à “l’IVEC” ».

- L’IVEC ? Qu’est-ce que c’est ? » (Je pense à un nouvel organisme proposant des logements).

Elle rigole :

«  Je vois que t’es pas chrétienne, tu sais pas ce que c’est ! »

En l’entendant, je comprends de suite : il s’agit de…

« Aaah, vous voulez écrire à l’évêque ?

- Oui.

- Pour lui dire quoi ?

- Parce que je veux faire ma confirmation. »

 

C’est une femme de quarante-deux ans, avec trois enfants de seize, quatorze et douze ans !

 

« Vous devez lui expliquer pourquoi vous voulez être confirmée à votre âge ?

- C’est ça.

- Alors, pourquoi ?

- Parce que j’ai été baptisée, j’ai fait mes communions mais pas ma confirmation…

- Et ça vous manque ?

- Oui. »

 

Alors je raconte pour elle : l’enfance au Cap-Vert, le trop long trajet pour aller suivre la préparation à la confirmation, puis l’exil en France, sa vie de femme, le baptême de ses enfants, sa pratique religieuse régulière, et son besoin, maintenant, de parfaire son parcours de chrétienne. Cela fait un an qu’elle y travaille, accompagnée par un diacre africain ; la cérémonie est prévue pour Pentecôte.

 

Je lui propose de recopier à la main mais elle ne sait écrire que le portugais. Je choisis donc une police manuscrite pour rendre la lettre plus personnelle.

 

J’ai dû me documenter sur la façon de s’adresser à un évêque car c’était une première pour moi (ce qui a bien fait rire Mme B. !).

Allez, je vous fais partager mon savoir tout neuf ! (C’est une des possibilités qui existent, avec Moult Majuscules, bien sûr, Pour Manifester Tout Son Respect) :

en suscription : « A son Excellence Monseigneur l’Évêque de... » ;

en appellation : « Monseigneur » ou « Excellence » ;

en formule de politesse finale, pour une femme : « Veuillez agréer, Monseigneur, l’expression de mes sentiments respectueux et dévoués. ».

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 12:33

Ce souvenir est difficile à aborder. Il me laisse une impression pénible et le regret de m’être laissée emporter par une tendance à la provocation, très dommageable dans l’exercice de mon métier. Heureusement, c’est extrêmement rare : depuis que j’exerce ce métier, soit plus de neuf ans, j’ai eu quelques altercations mais c’est la seule aussi violente.

Allez… je publie ce billet maintenant et on n’en parle plus !

 

Quand j’arrive, le monsieur attend déjà. Il fait quelques plaisanteries au sujet de la foule qui se presse devant le centre social, car c’est une journée d’inscription aux activités des mois à venir ; il semble plutôt détendu…

 

Je m’installe puis le fais entrer. Il s’assoit, dans une posture très raide, le visage figé, et commence à me raconter son drame d’un ton monocorde : durant toute son enfance, il a été abusé par un ami de ses parents. Celui-ci venait le chercher, faisait ce qu’il voulait de lui, et le ramenait. Sa mère savait, mais ne réagissait pas. Il n’a jamais été cru quand il a essayé de se défendre. Et la situation a duré jusqu’à ce qu’il s’enfuie de chez lui. Depuis, plus de vingt ans après, il n’a jamais connu de vie stable ; il habite ici ou là, bénéficiaire du RSA, il travaille quand il le peut… Il a plus ou moins rétabli des relations avec sa mère. Quand il parle de lui, il utilise le pronom « il » ou « ce jeune homme ».

 

Il a essayé plusieurs fois de demander réparation en justice. Je ne sais pas ce qu’il a entrepris, mais, selon ce qu’il me dit, rien n’a abouti. Il veut recommencer, mais « on » lui a affirmé que c’était trop tard, qu’il y avait prescription. Il veut que je trouve une solution, fasse un miracle. Il n’a aucun document à me montrer.

 

Je ne sais pas par quel bout prendre l’affaire ; je lui suggère d’aller à la permanence juridique : non, ce n’est pas la peine ; de consulter un avocat : non plus ; de s’adresser à une association d’aide aux victimes : on lui a dit qu’il y avait prescription… En désespoir de cause, puisque, apparemment la justice ne peut plus rien pour lui, je lui conseille de s’occuper de lui afin de pouvoir supporter ce fardeau et vivre mieux avec, de faire appel à un thérapeute : c’est encore non, pour diverses raisons.

J’arrive à lui faire entendre, non sans mal, que je ne peux rien non plus pour lui. Il n’est pas satisfait, mais semble l’admettre.

 

Puis il continue sur un autre problème : une amende pour voyage en train sans billet. C’est arrivé à Marseille il y a quelque temps (combien ? impossible de savoir). Depuis, il a déménagé et le Trésor Public a fini par le retrouver. Il veut… expliquer sa situation… demander une exonération…

« D’accord monsieur. Avez-vous la première contravention ? l’avis du Trésor Public ? »

Il n’a rien, a tout perdu…

« Mais je ne peux rien faire, monsieur. Je ne sais pas à qui m’adresser, je n’ai aucune référence de dossier… On ne vous retrouvera jamais… »

 

C’est un refus de trop. Il se lève et se met à crier : je suis comme les autres, je ne veux pas l’aider… Il va dire à tout le monde que je ne veux pas travailler, d’ailleurs, à qui doit-il s’adresser ? à la mairie ? Il va se plaindre au maire !

J’essaie de le calmer, de lui faire entendre raison… en vain. Il y a déjà plus d’une demi-heure que je l’écoute, je n’en peux plus… ce qui explique peut-être mon malheureux :

« Si vous voulez monsieur, je vous écris la lettre au maire. »

Trop c’est trop !

« Vous vous foutez de moi ? »

Ma petite moue est éloquente.

« Je vous demande si vous vous foutez de moi et vous répondez oui !… »

 

Je ne sais plus quelles imprécations il m’a lancées. Je réussis à le faire se rapprocher de la porte que j’ai ouverte. Le monsieur hurle à quinze centimètres de mon visage et je soutiens son regard. Bizarrement, je n’ai pas peur, mais c’est vraiment très pénible. L’agent d’accueil s’est rapproché de moi et parvient à le faire sortir. Ouf !

 

Je respire un grand coup et fais entrer la personne suivante. Je l’entends toujours à travers la porte.

Deux minutes après, le monsieur refait irruption dans le bureau et me maudit littéralement : « J’espère que Jésus… que vous aurez un accident… que vous tomberez morte dans la rue. C’est une honte de travailler comme ça… »

L’agent d’accueil le refoule « Oui, monsieur, vous l’avez déjà dit. Sortez maintenant. »

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 20:25

« Je voudrais écrire au procureur pour que mon fils porte le nom de son père. »

La dame, accompagnée de sa sœur, me montre à la fois l’acte de naissance de l’enfant et son livret de famille.

« Je suis mariée depuis janvier, mais je voulais pas que mon fils porte le nom de son père, mais maintenant la dame de l’état civil m’a dit d’écrire au procureur pour faire changer le nom. »

Pfffou… je ne comprends rien !

 

Je regarde l’acte de naissance : seule la mère apparaît, et l’enfant, pourtant né en septembre, porte son nom à elle.

« Mais… vous êtes mariée…

- Oui depuis janvier.

- Et… votre mari n’a pas reconnu l’enfant ?! Mais… c’est pas possible ça !

- Je voulais pas qu’il porte son nom… »

Je dois vraiment avoir l’air perdu à me tenir le front ou le menton et regarder, sourcils froncés, les deux documents qu’elle me tend.

« C’est la personne de l’état civil qui vous a dit d’écrire au procureur ? »

Et je réfléchis à toute vitesse : le mari n’apparaît pas, est-ce qu’il doit faire une demande en reconnaissance de paternité ?… Vraiment, je ne comprends rien !

« Si vous voulez, je vais demander à la dame de vous expliquer ?

- Oui, allez la chercher. »

 

L’employée de mairie, officier d’état civil, finit par arriver et elle m’explique tout :

« Madame, quand elle a accouché, n’a pas dit qu’elle était mariée et on lui a établi un livret de famille pour les mères célibataires. »

Et la dame brandit ce livret, qu’elle ne m’avait pas encore montré.

« Vous voyez, reprend l’officier d’état civil, ce n’est pas normal. Quand on est marié, l’enfant porte automatiquement le nom du mari. »

Elle se tourne vers la dame :

« Vous avez compris ? Il ne fallait pas faire ça ! Vous n’aviez pas le droit.

- Je sais… »

Je remercie l’officier d’état civil qui repart.

« Bien, madame, j’ai compris ! Vous n’avez pas dit que vous étiez mariée quand vous avez accouché.

- Je voulais pas qu’il ait l’enfant. Il est venu le voir que le deuxième jour, il s’en fout de son fils… La prochaine fois, je le ferai pas, j’ai compris. »

Et la sœur de renchérir :

« J’te jure, à ta place j’aurais fait pareil ! »

Elle se tourne vers moi :

« Elle était vraiment déprimée. »

 

J’écris donc au procureur en expliquant l’affaire, en essayant d’arrondir les angles « j’ai fait une erreur, j’ai omis de dire que j’étais mariée, je me suis rendu compte de mon erreur et du préjudice pour mon enfant… »

« Voilà madame, j’ai un peu expliqué, en espérant que le procureur sera compréhensif… »

 

En repartant, les deux sœurs continuent leurs commentaires :

« La prochaine fois, je ferai pas ça…

- La prochaine fois, tu te maries pas. On vit ensemble et c’est tout ! »

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31 mars 2010 3 31 /03 /mars /2010 21:03

Mme D.M., tout en sortant de son sac une facture de téléphone portable, m’explique qu’elle veut envoyer une lettre de réclamation. D’une part, elle a l’impression d’avoir payé – une somme importante –  deux fois à un mois d’intervalle alors que la facture est bimestrielle. D’autre part, elle a souscrit un forfait téléphonique qui inclut tous les numéros commençant par 01. Or, malgré ça, elle a une page de communications à payer.

« C’est mon fils, je lui avais dit qu’il pouvait appeler, que les numéros en 01, c’était gratuit. »

 

Pour le premier souci, comme elle n’est plus trop sûre des dates, je lui demande de vérifier sur son relevé bancaire quand a eu lieu l’avant-dernier prélèvement : début octobre, pas de problème, début novembre, elle revient me voir, il faut peut-être réclamer.

 

J’examine ensuite sa page de coups de fil facturés : c’est toujours le même numéro qui apparaît à des horaires bizarres, même la nuit, pour des durées parfois très longues.

« Vous avez demandé à votre fils où il appelait ?

- Il m’a dit que c’était une entreprise.

- Une entreprise ? C’est étonnant vu les horaires d’appels. En général, les entreprises ne sont pas ouvertes à une heure du matin.

- Sa sœur a téléphoné, mais elle n’a pas très bien compris, ça demande d’appeler un autre numéro… »

De plus en plus louche… J’ai ma petite idée et j’empoigne le téléphone pour vérifier.

« La la la (une musique)… Bonjour (une suave voix féminine), ici le service X Rose… patati patata… Retrouvez-nous aussi au 01… »

Je raccroche.

« C’est un téléphone rose. »

Mme D.M. secoue la tête en soupirant :

« Des conneries !… Excusez-moi !

- Bah, ce sont des trucs de garçons… Donc là, vous ne pouvez pas réclamer. Ce genre de numéro, même s’il commence par 01, n’est pas inclus dans le forfait… Regardez, c’est écrit là en tout petit sur la facture… Je pense qu’il le savait…

- Ben oui… Il va payer hein ! »

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 13:16

M. A prépare son dossier de retraite pour l’année prochaine. Il y a plus d’un an, il a reçu et vérifié sa reconstitution de carrière et remarqué que l’année 1986 n’était pas validée. Il a donc apporté à deux reprises et à un an d’intervalle le certificat de travail correspondant à l'antenne de la CNAV. Il est allé vérifier dernièrement et on lui a répondu « qu’ils ont pas trouvé ». Quand il a demandé ce qu’il pouvait faire, on lui a conseillé d’écrire pour réclamer… mais il ne sait pas à qui, ni quoi d'ailleurs.

Il me montre deux récépissés des documents déposés et le fameux certificat. Il a perdu tous les bulletins de paie de cette année, excepté celui de décembre.

 

Ses explications sont embrouillées et il ne parle pas bien le français. Je comprends d’abord que, par deux fois, la CNAV a perdu le certificat de travail et qu’il veut le renvoyer. Je répète pour être sûre : non, ce n’est pas ça… Il recommence les mêmes explications, je comprends toujours la même chose, et ce n’est bien sûr toujours pas ça !

 

Pendant ce temps, j’examine le certificat de travail. Il a été établi par un liquidateur judiciaire en 1989, car la société a fait faillite. Puis j’observe le bulletin de décembre et je remarque que le nom de l’entreprise est différent de celle qui a disparu. Il me confirme qu’elle a été souvent rachetée. Et soudain, illumination : « Monsieur, est-ce que la CNAV vous a dit qu’elle n’avait pas trouvé l’entreprise ? ». Il ne sait pas, mais je crois que j’ai une piste.

 

J’écris donc à la CNAV en reprenant l’historique, en signalant qu’en 1986, la société ne portait pas le même nom qu’en 1989 et en suggérant de faire une enquête avec le nom de l’époque. J’ajoute aussi que si les recherches étaient toujours vaines, et étant donné que les années d’avant et d’après ont été validées, on pouvait bien lui accorder le bénéfice du doute et compter 1986 malgré le manque d’informations.

J’essaie de lui expliquer, je pense qu’il a compris ; j’espère avoir eu le nez fin et que l’affaire se finira bien pour lui. J’espère aussi qu’il me tiendra informée ! C’est important de savoir si mes idées sont géniales, n’est-ce pas ?

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


journal.jpg

 

J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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