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20 août 2013 2 20 /08 /août /2013 18:04

lettreavion.jpgM. X. Pour des raisons d’anonymat, je ne peux pas donner son nom ; disons que c’est aussi un adjectif peu valorisant et qu’il précise toujours, quand on lui demande l’orthographe : « X., comme “pas beau”. »

 

C’est un escogriffe échevelé d’une cinquantaine d’années qui semble empêtré de sa longue carcasse. Il travaille comme agent de service dans un hôpital et prépare le diplôme d’aide-soignant. Il me demande de l’aide pour rédiger certains devoirs : il apporte les idées, à moi de les mettre en forme.

 

Il me raconte son stage dans une association d’aide à la personne et ses surprises en découvrant des particularités anatomiques de ses patients dont il ne soupçonnait pas l’existence à son âge.

 

Son autre caractéristique, c’est qu’il veut trouver une femme. Il a des goûts exotiques et parcourt les petites annonces passées par des étrangères dans certaines revues que je ne connais pas.

 

Il m’explique qu’il a fréquenté quelque temps une Russe qui lui demandait régulièrement de l’argent pour des motifs toujours très louables. Après un voyage pour la rencontrer, il s’est aperçu qu’elle était surtout intéressée par ses euros et il a laissé tomber : « Ça m’a coûté cher, cette histoire ! ».

 

À présent, il se tourne vers les Africaines. Il est déjà allé passer des vacances au Togo et correspond avec plusieurs femmes plus jeunes que lui (Viviane, Isabelle, Lydie, Lucie, Éliane…). Je rédige ses réponses.

 

Il fait très attention à modérer les velléités de mariage de ces dames. Il est d’accord pour avoir des relations suivies (« Certaines couchent tout de suite, me dit-il, d’autres sont plus réservées à cause de la religion. »), mais freine des quatre fers dès qu’il a le moindre soupçon d’envie d’engagement de leur part


Il est aussi très embêté qu’elles lui réclament de l’argent pour financer qui l’achat d’un téléphone, qui l’installation d’un petit commerce. Il faut donc expliquer qu’il ne roule pas non plus sur l’or et que la France n’est pas l’Eldorado qu’elles imaginent.

 

C’est toujours réjouissant pour moi de le recevoir : il est direct dans ses propos, ne se pose pas de questions sur ce qu’il vit : c’est naturel. Je m’amuse beaucoup à l’écouter me narrer ses péripéties amoureuses…


Hélas, cela fait longtemps qu’il n’est pas venu me consulter !...

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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 18:04

 

Je veux rendre hommage à J., agent d’accueil d’un des centres sociaux où j’interviens. En poste depuis une vingtaine d’années, elle a vu passer plusieurs directeurs et de nombreux animateurs. Elle est restée.

rose

Elle appelle tous les habitués de la structure par leur nom, voire par leur prénom. Elle sait qui fait quoi, qui est qui : celui qui n’a pas de chance et se trouve dans le malheur et celui qui ne fait rien pour s’en sortir.

Elle connaît les rouages de la ville : les administrations, les associations, les organismes utiles… Elle est capable de renseigner sur de nombreux sujets qui ne dépendent pas du centre social.

 

J. n’a pas son pareil pour calmer un conflit naissant dans la bousculade des usagers venant me consulter. « Ecoutez, le rideau était fermé, moi je n’ai pas pu voir dans quel ordre vous êtes arrivés pour attendre à la porte. Vous êtes des adultes responsables, vous devez bien savoir après qui vous devez passer. » Et ça marche ! Et si l’un se plaint, elle trouve les mots pour l’apaiser, ou l’envoyer gentiment balader, au besoin.

 

Elle houspille les écoliers venant pour l’aide aux devoirs : « Bonjour ! », leur lance-t-elle et ils répondent tous : « Bonjour J. ! ». Ils ont retenu sa leçon.

 

Pour l’un qui n’a qu’un téléphone portable, elle appelle Pôle Emploi pour prendre un rendez-vous. Pour celle-ci qui ne parle pas bien le français, elle téléphone au centre des impôts et obtient un délai de paiement et un dégrèvement partiel de l’amende infligée à sa fille, adolescente, qui a fraudé dans le bus.

D’ailleurs, J. ne laisse pas passer l’affaire. Quand elle voit la jeune fille, elle la sermonne vertement, soulignant le courage de sa mère qui se tue à la tâche pour l’élever et son ingratitude à elle qui se comporte comme une écervelée. « Tu lui demanderas pardon, à ta mère. » Et J. peut vérifier ensuite que la demoiselle a agi ainsi.

 

D’une humeur toujours enjouée, J. est l’âme et le pilier du centre social qui est devenu, en grande partie grâce à elle, un repère indispensable du quartier.

 

Merci à toutes les J. ! Travailler avec elles est pour moi source de sérénité.

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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 10:02

sorciere.jpgM. O. !

Comme d’habitude, c’est le premier à m’attendre. Que veut-il cette fois ?

 

… Je vous jure que tout est vrai !

 

Il veut écrire à son fils, mais pas celui qui est en prison, celui qui est resté proche de sa mère. Il commence à dicter, tout en sortant des documents jaunis d’une pochette. Je transforme bien sûr le tout en français correct au fur et à mesure.

 

« Mon fils, je te demande de lire très attentivement les documents que je te joins et de les comprendre. Il y a plus de dix-sept ans qu’on ne s’est pas vus alors que je suis vieux et malade et que c’est moi qui t’ai élevé… »

 

Bon, ça ressemble à la lettre d’un vieux monsieur qui, voyant la fin de sa vie arriver, souhaite se réconcilier avec son enfant…

Je suis d’une naïveté !...

 

« Tout petits, ton frère et toi, ta mère vous a abandonnés. Alors je ne comprends pas pourquoi tu ne viens plus nous voir, moi et ton frère… »

 

Ces plaintes ne me semblent pas la meilleure façon d’arriver à une réconciliation, mais bon…

 

« La faute à qui ? À toi ou à ta mère ? De toute façon, vous êtes tous les deux pareils, pour moi, vous êtes des pourritures et ta mère, une sorcière. »

 

« Vous n’allez pas dire ça à votre fils ?!

- Ben si, je suis malade, il vient pas me voir…

- C’est sûr qu’avec ça, il aura encore moins envie de venir !

- Et vous ajoutez : Je te demande, n’oublie pas : tu dois changer de nom et de prénom, pour moi, tu n’es plus mon fils !

 

- Comment ça, changer de nom ? On ne change pas de nom comme ça.

- Ah si, c’est plus mon fils, je veux plus qu’il porte mon nom.

- Mais vous ne pouvez pas l’obliger à changer de nom !

- Si, à Paris, on peut. Et vous lui dites que dans deux mois, j’irai chercher un acte de naissance et que s’il l’a pas fait, je le brûlerai.

- Vous brûlerez qui ?

- Lui !

- Mais ça va pas ? »

 

Je croise les bras et le fixe.

« Je n’écris pas tout ça.

- Pourquoi ?

- Parce que je n’écris pas des lettres d’insultes. Pourriture et sorcière, ce sont des insultes ; on ne dit pas ça à son fils.

- Vous risquez rien, c’est moi qui signe.

- Non, j’ai une éthique professionnelle et je ne peux pas écrire des choses comme ça.

- Bon, alors je vais aller à la mairie, qu’on me dise où trouver un autre écrivain public parce que vous voulez pas me faire la lettre.

- Attention, vous direz bien quel genre de lettre je ne veux pas faire, parce que moi aussi, je peux m’expliquer.

- Oui oui, je suis franc, je dirai pourquoi.

- …

- Alors vous voulez pas écrire ?

- Pas des insultes…

- …

- J’enlève la pourriture et la sorcière ?

- Bon d’accord, mais vous lui dites de changer de nom. Et que s’il le fait pas, je réponds plus de rien.

- Mais enfin, M. O., même s’il le demande, ce ne sera jamais fait en deux mois. On est en France, un changement de nom, ce n’est pas rien ! »

 

Et là, délire total : À son âge, il sait des choses, moi, je pourrais être sa petite-fille, je ne sais rien ! La France, la France, elle a bien changé ! Il a mangé avec des présidents de la République qui lui ont dit que oui, un père pouvait faire changer le nom de ses enfants. C’était Mitterrand, même, et il lui a aussi dit que la France, c’était une poubelle.

 

Éclat de rire de ma part !

« Si, c’est vrai !

- Bien sûr, M. O… Qu’est-ce que vous voulez dire d’autre ?

- Ben, qu’il doit changer de nom le plus vite possible. Le reste, vous voulez pas l’écrire.

- Ben non. »

 

Je finis ce courrier ahurissant.

 

En partant, il me déclare :

« La nuit, je dors mal quand je pense à vous.

- Eh bien vous avez tort de ne pas dormir à cause de moi.

- Je dors mal parce que je me suis fait engueuler. »

ruedelapaix.jpg

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 15:03

denonciationM. T. est un client relativement récent. Dès la première fois qu’il m’a contactée, j’ai trouvé qu’il avait une façon bizarre de penser.

 

Il voulait intervenir auprès du dirigeant, qu’il ne connaissait que par personne interposée, de la société où travaillait la « future ex-femme-de-sa-vie », pour lui faire bénéficier, à elle, d’une formation qui lui avait été refusée. Il s’agissait pour lui de montrer à cette dame, avec qui il était en froid, qu’il tenait ses promesses et avait fait jouer ses relations en sa faveur, et peut-être de la reconquérir.

 

Il fallait faire passer tout cela dans le courrier : à la fois marcher sur des œufs car la démarche était plutôt cocasse, voire déplacée, insister sur l’avantage pour l’entreprise d’avoir une employée mieux formée et, de là, mieux dans sa peau, et sous-entendre que l’avenir de son couple était en jeu.

 

Il était satisfait de la lettre qui, à ma grande surprise, a atteint son but.

 

Il y a quelques jours, il me recontacte car il a encore besoin de moi. Il est hospitalisé, sous médicaments qui le perturbent quelque peu, ce qui entraîne de nombreux appels, ordres et contrordres et des explications embrouillées. Quand je le rencontre pour la dernière touche au courrier, il me confirme ce que j’avais cru comprendre : il faisait un faux pour obtenir la copropriété d’un bien qu’il avait offert à sa « future ex-compagne »… mais pas la même que la fois précédente. J’étais très engagée dans ce travail, je l’ai effectué jusqu’au bout, tout en ne me sentant pas très à l’aise dans mes chaussures. « Vraiment, me disais-je, quel tordu ! »

 

En début de semaine, il me téléphone, toujours de l’hôpital. Là, je suis plus attentive et sur le qui-vive. Il m’explique que ce qu’il escomptait avec la dernière lettre s’est mal déroulé et qu’il veut régler ses comptes avant de partir à l’étranger, qu’il connaît bien les agissements de la personne en question et qu’il va faire un courrier… Il a d’ailleurs rédigé un brouillon qu’il m’envoie par la Poste.

 

Ding ding ! Mon alarme résonne et j’attends cette missive avec inquiétude. Inquiétude confirmée hier quand je lis le brouillon en diagonale : il s’agit ni plus ni moins d’une dénonciation aux services fiscaux.

 

Aujourd’hui, j’ai respiré un grand coup avant d’empoigner mon téléphone :

 

« Monsieur T, j’ai bien reçu votre brouillon, mais je ne ferai pas ce courrier.

- Ah bon ?

- Non, je ne fais pas de lettre de dénonciation, je ne peux pas faire ça.

- Vous ne pouvez pas ? Bon, je vais me débrouiller et la faire manuscrite alors.

- Je vous retourne vos documents chez vous.

- Oui, d’accord.

- Au revoir monsieur. »

 

Le reverrai-je ?

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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 11:00

mere-fille.jpgMme B. est une habituée. Au début, je la trouvais un peu… nunuche mais, peu à peu, elle s’est décoincée, m’a fait confiance. J’en suis venue à l’apprécier quand elle a commencé à me confier, d’une manière assez drôle, les problèmes posés par la présence chez elle de sa mère, une personne âgée et malade. Elle n’en pouvait plus et, au prétexte que c’était pour son bien, l’envoyait le plus souvent possible en vacances au pays pour avoir, elle, un peu de répit.

 

S’est présenté le risque pour la vieille dame de rester trop longtemps à l’étranger et perdre ainsi le bénéfice de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, attribuée sous conditions de résidence en France. J’ai donc appris grâce à elle les exigences de la caisse de versement, que Mme B. suit à la lettre pour éviter que sa mère perde ses droits et se retrouve entièrement à sa charge.

 

Durant toutes nos rencontres – et, en plus de cinq ans, elles furent nombreuses –, j’avais vaguement compris qu’elle avait des enfants mais sans savoir combien ni de quel âge. Elle me disait seulement que les relations étaient difficiles entre sa mère et les enfants et que ça l’insupportait.

 

Aujourd’hui, pour la première fois, elle souhaite que je remplisse pour elle un dossier de demande de CMU complémentaire. Sur le formulaire, il faut indiquer les noms et âges des personnes à charge. J’apprends ainsi qu’elle a deux filles étudiantes et un garçon collégien ; tous les trois vivent chez elle et sont à sa charge. Comme je m’exclame que je l’ignorais, elle me parle un peu d’eux. L’aînée suit des études de commerce international et la deuxième est élève assistante sociale ; elle semble fière de leur parcours.

 

Tout en remplissant le dossier, je lui lance « Et l’assistante sociale, elle peut pas vous le faire, ça ? »

Qu’ai-je dit là ?

 

« Ah non, elle veut pas ! Elle me dit “Laisse-moi la grosse, débrouille-toi” ».

 

Gloups ! C’est plus fort que moi, je m’insurge aussitôt :

« Quand même, elle pourrait être aimable et vous respecter ! Elle vit chez vous, vous lui payez ses études…

-  Oui hein, on doit respecter ses parents ?! Les jeunes maintenant, c’est comme ça… »

 

Heuuu… pas chez moi...

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 19:06

dictee.jpgJe ne croyais pas revoir M. L, après notre altercation il y a quelque temps, mais il est tellement soupçonneux et ombrageux qu’il a toujours quelque récrimination à formuler ; il a donc besoin de moi. Il traîne toujours les pieds et secoue son trousseau de clés en marchant.

 

À peine assis, il m’ordonne, de son ton impérieux et comminatoire : « Aujourd’hui, il me faut trois courriers : un pour le tribunal administratif, un pour le ministère des affaires sociales et un pour le tribunal du contentieux de l’invalidité. Vous pouvez me les faire ? »

 

Je vérifie dans mon carnet d’adresses :

« Je n’ai pas l’adresse du ministère des affaires sociales…

- Ah bon ? Vous pouvez pas la trouver sur Internet ?

- Je n’ai pas Internet sur mon ordinateur et je n’ai pas accès à celui de la mairie.

- Ah ! Et comment je vais la trouver ?

- Je ne sais pas… à la Poste peut-être ?

- Ça m’étonnerait !

- On va déjà commencer par le premier… »

 

Il veut déposer un recours au tribunal administratif contre la MDPH de l’Essonne : on lui accorde l’AAH à partir de 2009 mais il estime qu’il y avait droit depuis 1999.

« Pourquoi vous dites que vous y aviez droit depuis 1999 ? Vous aviez déposé un dossier ?

- Non.

- Ben alors !...

- Ah mais laissez-moi finir ! À l’époque, j’étais sous curatelle et mon curateur ne s’est pas occupé de moi… Vous pouvez me faire le courrier ?

- Non, je vais d’abord vous envoyer voir le conseiller juridique.

- Pourquoi ?

- Parce que vous ne pouvez pas reprocher à la MDPH de ne pas vous avoir accordé quelque chose que vous n’avez pas demandé.

- Mais je savais pas que je pouvais le demander !

- Vous ne pouvez pas reprocher à la MDPH de ne pas vous avoir accordé quelque chose que vous n’avez pas demandé, quelles que soient les raisons pour lesquelles vous ne les avez pas demandées.

- Alors, vous voulez pas faire le courrier ?

- Je vous fais tous les courriers que vous voulez si je suis sûre que votre démarche est correcte. Là, je pense que vous allez être débouté vite fait bien fait et qu’en plus, vous pouvez être condamné aux dépens pour procédure abusive.

- C’est ça, c’est toujours les victimes qui trinquent !

- Les victimes peuvent se défendre, à condition qu’elles se retournent contre les bonnes personnes. Il ne faut pas se tromper d’interlocuteur et là, je pense que ce serait le cas. Allez voir le conseiller juridique, expliquez-lui toute l’affaire, apportez-lui tous les justificatifs que vous avez…

- Depuis dix ans, j’en ai plus !

- Expliquez-lui tout et nous verrons quel sera son conseil. Au besoin, vous revenez me voir et je vous fais le courrier. »

 

Je lui donne les horaires de la permanence juridique et il part, me promettant de revenir le mardi suivant avec les instructions du conseiller.

 

C’est tout ? Je croyais qu’il avait trois courriers à faire !

 

 

Eh ben, il est revenu ! Le conseiller juridique lui a dit qu’il était dans son droit et qu’il pouvait déposer un recours. Mais là, j’écris sous sa dictée – je l’avoue – et ça me repose, car c’est extrêmement compliqué, son histoire, et je n’ai pas tout suivi ! 

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17 octobre 2010 7 17 /10 /octobre /2010 12:50

... Et comment je n’en ai pas pleuré !

 

Monsieur L. est la personne suivante : je crains le pire !

 

Avant de le rencontrer, je l’avais déjà remarqué à plusieurs reprises faisant un scandale à l’accueil du centre administratif, proférant des propos grossiers envers tout le monde : maire, adjointe déléguée aux personnes âgées…

 

La première fois, il me brandit d’abord un paquet d’articles de journaux consacrés à la ville ou à son maire de l’époque, tout surlignés en rose et jaune, pour que je les lise car « c’est intéressant ! »… Ce jour-là, il conteste une facture astronomique (15 €) pour trois plateaux repas livrés mais, soi-disant non consommés. Puis il veut contester l’action de son ancien curateur auprès du médiateur de la République (pourquoi lui ? mystère !).

 

Un autre jour, il ressort une vieille affaire datant de 2002 et jugée en 2005, où il avait été condamné à payer une amende car, bien que victime d’une dégradation sur son véhicule, il avait assigné sans preuve la mauvaise personne. Le conseiller juridique (sûrement pour s’en débarrasser mais, avec un tel personnage, comment lui en vouloir ?) lui a suggéré d’écrire au garde des Sceaux et au président de la République. Et c’est moi qui m’y colle !

 

Puis il me parle de son projet d’écriture du livre de sa vie (car il lui en est arrivé, des choses incroyables !). Est-ce que je pourrai lui apporter des conseils ? C’est possible mais pas dans le cadre des permanences ; je lui donne ma carte, ça ne mange pas de pain mais je n’espère rien, ou plutôt si : qu’il m’oublie !

 

Aujourd’hui, à peine assis, il m’annonce qu’il veut deux courriers : l’un pour « Drucker » – l’animateur télé bien connu –, l’autre pour « Baroin » – l’actuel ministre du budget.

 

« Vous vous souvenez du courrier que vous m’avez fait pour Sarko ? Vous avez écrit “A son excellence…” pour cette espèce d’e… Eh bien, il ne m’a pas répondu !

- Ah ? Même son cabinet n’a pas répondu ?

- Non. Et la garde des Sceaux m’a dit que j’avais tort, que je devais payer !

- Aah ?

- Alors maintenant je vais écrire à Drucker. Vous connaissez son émission du dimanche ?

- Heu… non, je ne regarde pas la télé…

- Vous connaissez pas ? J’aime beaucoup ce qu’il fait. Je lui ai serré la main… c’était en 1960 à Boulogne… je ne sais plus trop dans quel café… Je lui avais dit que je l’appréciais… Mais là, vous savez quoi ? J’ai appris qu’il faisait du vélo avec Sarkozy !

- Et alors ?

- Et alors je veux lui écrire pour lui dire qu’il est tombé dans mon estime !

- Mais, ça ne vous regarde pas !

- Non mais je veux le lui dire.

- Je suis désolée, monsieur, mais je n’écris pas ce genre de courrier.

- Ah bon ? Vous voulez pas ?... Je veux aussi écrire à Baroin… Vous connaissez ?

- De nom. Pourquoi ?

- Pour lui dire ce que je pense de Sarkozy !

- Là encore, monsieur, je n’écrirai pas cette lettre. Si vous aviez un problème à exposer, une solution à rechercher, d’accord…

- Mais alors… vous êtes de droite ?

- Ça, ça ne vous regarde pas, monsieur.

- Et vous pensez que c’est normal que…

- Je ne pense rien, monsieur, je fais mon travail : écrire des lettres pour des gens qui ont des problèmes et pas pour qu’ils déversent leur fiel.

- Je m’en doutais !... Vous savez ? J’ai presque fini d’écrire mon livre, celui dont je vous ai parlé la dernière fois. Eh ben je vous le donnerai pas !

- Ce n’est pas grave, monsieur, vous faites ce que vous voulez. »

Je le raccompagne à la porte.

« Au revoir monsieur. »

Tiens, il ne me répond pas !

 

Il s’éloigne dans le couloir, en grommelant et en secouant son éternel trousseau de clés, énorme. Comme c’est l’été, il n’a pas mis sa chapka…

 

Je me mords les lèvres… Mais finis par éclater de rire !

Zut ! Un client en moins !

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8 août 2010 7 08 /08 /août /2010 13:46

Je connais Mme B. depuis plusieurs années. La première fois, elle était en congé de maternité et voulait démissionner de son emploi de femme de chambre : après un accident de voiture, elle souffrait beaucoup du dos et ne se sentait plus capable de reprendre le travail.

 

Je suis toujours inquiète de ce type d’annonce et ne peux m’empêcher d’en demander les raisons et si la personne a trouvé autre chose. J’ai parlé à Mme B. de la médecine du travail qui pouvait peut-être la déclarer inapte à ce poste, ce qui obligerait son employeur à lui en proposer un autre ou à la licencier… elle ne serait donc pas démunie. Je lui ai aussi suggéré de se renseigner sur le congé parental… Après avoir réfléchi, elle a finalement opté pour cette solution. Je l’ai revue plusieurs fois par la suite pour le prolonger puis en demander un autre après la naissance de son troisième enfant.

 

Elle m’a consultée d’autres fois pour diverses raisons et s’est confiée peu à peu, parfois en pleurant. Sa deuxième fille lui posait problème, il s’avéra qu’elle était épileptique ; elle est maintenant scolarisée dans un IME.

 

Je l’ai vue avec sa sœur, dont le fils aîné est aussi malade. La dernière fois qu’elles sont venues, ensemble, elles n’ont pas tari d’éloges sur mon travail et l’aide inestimable que je leur apportais. Bien sûr, j’étais ravie, et touchée car je les trouve très sympathiques et attachantes.

 

Aujourd’hui, Mme B. m’apporte plusieurs prescriptions de transport pour que sa fille puisse se rendre à l’hôpital où elle est suivie. L’une d’elles est accompagnée d’un courrier de la CPAM demandant une précision : elle n’a pas compris quoi… et moi non plus car il me semble que le formulaire est correctement rempli.

Pour les autres, d’après les explications jointes, elle aurait dû en envoyer une partie dès réception pour demander ensuite le remboursement des frais. Elles datent de plus d’un an et j’ai peur qu’elle ait trop tardé.

 

Elle m’affirme que je l’ai déjà aidée pour ces formalités mais je ne m’en souviens plus et je reste perplexe. Je lui avoue mon embarras et lui conseille de se rendre à une permanence de la CPAM pour demander conseil.

 

Je vois son visage se fermer d’un coup ; elle ramasse tous ses papiers et se lève, tout en me disant que je l’avais pourtant déjà fait, qu’elle avait attendu pour rien et qu’elle aurait mieux fait d’aller voir quelqu’un d’autre.

Je suis soufflée : « Vous préférez que je fasse n’importe quoi ? » mais elle est déjà partie.

 

Après un moment de grande surprise, je suis indignée : avec les bonnes relations que nous avions et la satisfaction qu’elle m’a si souvent exprimée, je prends sa réaction pour de l’ingratitude.

Puis… j’ai réfléchi : justement, je lui ai toujours apporté satisfaction, l’aidant à résoudre des problèmes qui la dépassaient. Elle attendait beaucoup de moi, trop sûrement, et là, je l’ai déçue.

 

Je n’en garde aucun ressentiment car je pense avoir compris sa réaction, ni aucune culpabilité au fond de moi car j’ai agi en toute bonne foi, sans envie inconsciente de me défausser : je ne savais vraiment pas comment procéder avec ses papiers.

 

Reviendra-t-elle ? Dans quelles dispositions ?

Quant à moi, je ferai comme si rien ne s’était passé.

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 12:19

Jolie jeune fille ! Les cheveux très bruns, longs, bouclés et en désordre, le teint mat. Et ses yeux ! Bruns aussi, un regard hostile, par en-dessous, coupant comme un scalpel. Je pense qu’elle n’est pas venue me voir de son plein gré ! Elle est accompagnée de sa mère, une femme d’une quarantaine d’années portant le foulard. Je l’ai déjà rencontrée et nous nous étions accrochées la première fois que j’avais travaillé pour elle à la rédaction d’une lettre de motivation : je posais des questions sur son projet, elle ne comprenait pas que je me montre aussi « indiscrète » et pressante.

 

Madame a amené sa fille pour une lettre de motivation aussi. Appelons-la Nadia : elle a dix-sept ans ; elle est au lycée, mais veut changer de section, ce qui n’est pas possible en cours d’année. Je n’ose pas demander ce qu’elle abandonne ni ce qu’elle envisage de faire : visage toujours aussi fermé, elle reste sur le qui-vive tout le long de l’entretien. En attendant la rentrée suivante, sa mère a décidé qu’elle devait travailler.

 

Je me tourne vers Nadia.

« Qu’est-ce que vous aimeriez faire ? À qui voulez-vous envoyer votre candidature ?

- Au théâtre.

- Ah, c’est une bonne idée. Pourquoi vous voulez travailler là ?

- Ben, j’ai pas le choix, faut que j’travaille.

- Quel poste vous intéresserait ?

- Je sais pas…

- Vous aimez le théâtre ? Vous y allez ?

- J’y suis allée une fois.

- Ah. Et qu’est-ce qui vous a plu là-bas ?

- Chais pas, c’était bien, j’aimais bien l’ambiance… Mais je veux juste une lettre…

- J’ai bien compris… Mais il faut que je sache quoi écrire dans cette lettre pour vous présenter, pour expliquer ce qui vous plaît… Postuler dans un théâtre, ce n’est pas la même chose que postuler dans un supermarché… »

Sa mère intervient :

«  Elle veut pas travailler dans un supermarché.

- C’est un petit boulot comme un autre, surtout que vous n’avez pas d’expérience ni de diplôme.

- Non non, pas au supermarché, je veux pas qu’on me voie, c’est la honte !

- C’est la honte de travailler ? C’est plutôt courageux de votre part ! Il n’y a rien à critiquer…

- …

- Bon, alors, qu’est-ce que je mets dans la lettre pour le théâtre ?

- Que je trouve ça bien… »

 

Alors, tant bien que mal, j’écris une lettre de motivation pour une jeune fille qui ne veut pas vraiment travailler, mais qui, si elle y est obligée, aimerait le faire au théâtre municipal.

 

« Je voudrais aussi une lettre pour la librairie du centre commercial.

- D’accord. Vous y allez ? Le libraire vous connaît ?

- Oui, j’y vais de temps en temps…

- Vous aimez lire ?

- Oui. »

L’espoir de trouver un point accrocheur à développer dans la lettre naît en moi.

«  Quels genres de livres ?

- Les mangas. »

Mon espoir diminue…

«  Les mangas… Vous vous y connaissez ? Vous seriez capable de conseiller quelqu’un qui voudrait découvrir ce genre de livres ?

- Heu… oui… »

Alors, tant bien que mal, j’écris une deuxième lettre de motivation pour la même jeune fille toujours aussi peu motivée pour travailler, qui tenterait bien une expérience en librairie, au rayon des mangas.

 

Ma foi, les deux lettres semblent lui plaire… Dans la foulée, je lui fais aussi un CV…

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10 avril 2010 6 10 /04 /avril /2010 14:14

Oh oh ! Il a changé ce monsieur : au début qu’il venait me voir, il paraissait effacé et peu sûr de lui… Il se tient maintenant plus droit, les cheveux presque rasés, le teint hâlé, il semble en meilleure santé. Il y a longtemps qu’il n’était pas venu…

 

Je l’ai aidé dans ses démarches pour obtenir un certificat de nationalité afin de renouveler sa carte d’identité. Accompagné de sa future femme, il avait besoin d’une carte en cours de validité pour se marier. Je n’ai jamais bien compris le problème et ne sais pas s’il a été résolu. En tout cas, il vient maintenant seul et sa fiancée s’est mariée avec un autre ! (Je le sais, elle continue à venir me voir.)

Il cherche aussi du travail, donc je lui rédige des lettres de motivation. C’est une nouvelle occasion pour moi de m’interroger sur le bien-fondé de ce genre de formalités pour des personnes comme lui, analphabètes, qui ne peuvent que rechercher un emploi non qualifié. Quel intérêt de leur demander une lettre de motivation alors qu’elles sont incapables de l’écrire elles-mêmes ? Je ne sais même pas si elles comprennent les mots que j’utilise, que je choisis pourtant très simples. Où se trouve la fameuse adéquation entre l’écrit réalisé pour le client et le client lui-même que revendique tout écrivain public qui se respecte ? Mais c’est un autre débat que j’aborderai sûrement plus tard…

 

Après l’avoir salué, je l’emmène dans l’ascenseur. Quatre étages à monter, ça laisse un peu de temps pour échanger quelques mots.

« Est-ce que je peux vous poser une question indiscrète ? »

Houlà, qu’est-ce qu’il va me sortir ? je m’attends à tout.

« Vous pouvez toujours la poser, je ne garantis pas d’y répondre…

- Non non vous êtes pas obligée. »

Nous sortons de l’ascenseur, parcourons les couloirs et entrons dans le bureau : toujours pas de question indiscrète.

« Alors, monsieur, qu’est-ce que vous vouliez me demander ?

- Est-ce que vous êtes mariée ? »

Nous y voilà !

« Ah ça, monsieur, c’est bien une question indiscrète !

- Oui oui, vous êtes pas obligée d’y répondre.

- Alors, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ? »

Ce jour-là, il avait besoin de remplir un imprimé pour Pôle Emploi.

Après avoir terminé, nous sortons et retournons à l’ascenseur.

« Vous savez pourquoi je vous ai demandé ça tout à l’heure ? »

Parfois j’ai la mémoire très très courte.

« Quoi donc monsieur ?

- Ben vous savez, si vous êtes mariée…

- Ah oui.

- C’est parce que je cherche une femme ! »

Ben oui, je suis une femme, pas trop moche, alors il tente sa chance !

Je ne suis pas choquée, plutôt amusée, mais surtout sidérée qu’il ne se rende pas compte de l’incongruité de sa démarche. Je crois que ça va plus loin que son intérêt pour ma petite personne, que c’est un signe qu’il est un peu « à côté de la plaque » dans la société où il vit.

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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