Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Au fur et à mesure que ce monsieur parle, je me souviens l’avoir déjà vu. Ce qu’il me dit et son attitude me confortent dans cette idée. Il a écrit au moins deux fois à la mairie, son ancien employeur. Une première fois, pour demander à retrouver son ancien poste, alors qu’il était parti à la retraite. On ne lui avait pas dit qu’il perdrait autant d’argent et il regrette sa décision. Une autre fois, il voulait se plaindre de prétendues injustices dont il aurait été victime dans son travail (il était déjà à la retraite depuis deux ans !).
Cette fois, il veut écrire à Monsieur M. Je crois reconnaître le nom du maire de la ville : encore ?
« À qui voulez-vous écrire ? Qui est M. M. ?
— C’est le directeur des services techniques de la ville. »
Ah bon ?
Si ce n’est pas le maire, c’est quand même la Mairie…
Ses explications sont très embrouillées : il pense à ça depuis longtemps et ça le mine, et j’ai du mal à suivre.
Après plusieurs demandes de précisions et plusieurs récapitulations, je finis par comprendre : quand il travaillait (quand ? mystère !), il s’était absenté un jour pour aller voir son fils à l’hôpital et il avait été noté en « absence injustifiée ». Puis, son fils était mort au Maroc et son chef lui avait refusé des jours de congé pour aller aux obsèques.
Depuis, il n’arrête pas de penser à ça et il veut des explications.
Devant mon air consterné, il s’arrête :
« Ça sert à rien ?!
— Ben non, ça ne sert à rien. C’est trop tard, monsieur, votre dossier a été archivé et, si quelqu’un avait envie de vous répondre, il n’irait pas le rechercher dans la cave de la mairie. C’est sur le moment que vous auriez dû agir. Absence injustifiée, c’est que vous n’avez donné aucun justificatif.
— Mais il était cinq heures quand je suis parti de l’hôpital, le médecin n’était pas là et je pouvais pas lui courir après.
— Et pour les congés, je ne sais pas quel était le motif, mais vous auriez dû faire intervenir les délégués syndicaux, par exemple, à ce moment-là. »
Il s’en va, dépité. Je pense qu’il va chercher un autre motif de dispute avec la mairie et reviendra dans quelque temps.
Je pense aussi que monsieur le maire devrait me remercier d’éviter d’encombrer son cabinet de courriers inutiles.