Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Mme A. vient me consulter de temps en temps. Sa façon de parler donne l’impression qu’elle formule des évidences, c’est toujours étonnant de l’entendre (mais il n’est pas facile de traduire cette impression en mots, c’est évident).
Elle vient d’avoir un bébé et, bien sûr, lui a donné un prénom qui lui plaisait ainsi qu’à son mari.
Mais, le grand-père, en Turquie, leur a fait savoir que ce prénom ne lui convient pas. Et quand il est venu en France, il n’était pas content – et Mme A. fait un geste de la main depuis son menton montrant bien qu’il « faisait la tronche ».
Qui plus est : « Ma fille, elle aime pas le prénom. »
Qu’à cela ne tienne, Mme A. est retournée au service d’état civil où la naissance du petit a été déclarée pour faire modifier son prénom. Pour aller au plus facile, elle voudrait simplement en ajouter un deuxième qui serait utilisé à la place du premier.
Le service d’état civil lui a bien sûr affirmé que c’était IMPOSSIBLE et qu’il fallait demander l’intervention du procureur de la République. Elle me demande donc d’écrire ce courrier en expliquant la situation : le grand-père et la sœur ne sont pas d’accord.
« Et moi aussi, je suis triste ! »
Pendant que j’écris, en me mordant les lèvres pour ne pas rire, elle me redit que « sa fille, elle aime pas. »
C’est plus fort que moi :
« Elle a quel âge, votre fille ?
— Onze ans.
— Et c’est elle qui décide ?
— Oh non ! »
N’empêche que…
Puis, nouvelle justification : elle n’a pas bien réfléchi au prénom.
« En France, ça va trop vite, on a que trois jours pour déclarer le bébé ! »
Là encore, c’est plus fort que moi :
« Vous aviez quand même neuf mois pour y penser ! »
Allez, le courrier est écrit !
Quelque temps plus tard, elle revient pour un autre sujet et me reparle de cette affaire.
« Le procureur a dit qu’il fallait prendre un avocat. Et mon mari a dit que c’était trop cher. »
Donc, si j’ai bien compris, tant pis pour le grand-père ou la sœur ! Le bébé portera toujours ce prénom contesté.