Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Mme S.M. s’est trompée d’heure de rendez-vous ; elle est soulagée que je puisse la recevoir quand même.
À peine m’a-t-elle rejointe dans le couloir qu’elle me met un sac en papier dans les mains ; il contient quelque chose d’assez lourd, je comprends que c’est un cadeau.
« Ah ! Madame Christine, si j’avais pas pu te voir, je l’aurais laissé à l’accueil pour toi…
— C’est un cadeau ? Merci madame, mais il ne fallait pas…
— Depuis que je viens et que tu t’occupes de mes papiers, c’est normal que je te fasse un cadeau ! »
J’attends bien sûr d’être dans mon bureau pour ouvrir le sac et regarder ce que c’est. Mais dans les quelques mètres que nous parcourons, je m’interroge en soupesant le paquet : elle est congolaise, si elle a voyagé, elle est peut-être retournée au pays… Que m’a-t-elle rapporté comme présent exotique ?
« Alors, voyons avec quoi vous m’avez gâtée… »
J’ouvre le sac : quatre boîtes rondes, et je lis « Président ».
Il me faut quelques instants pour comprendre qu’il s’agit de… camemberts !
« Ce sont des fromages ?! Où les avez-vous trouvés ?
— Je suis allée aux Pays-Bas. Là, c’est drôlement moins cher qu’en France. J’en ai rapporté trois douzaines et je les ai partagés. Ça, c’est pour toi. Il faudra les mettre au frigo, hein !
— C’est très gentil, je vous remercie. Mais ça fait trop, on ne mangera jamais tout ça chez moi. Je vous en redonne deux…
— Non non non, tu les donneras si t’en as trop. J’ai partagé, c’est pour toi ! »
J’ai beau insister, elle n’en démord pas.
Je la remercie une nouvelle fois et range le sac dans ma sacoche.
Je calcule par la suite qu’elle a dû rapporter environ neuf kilos de fromage. Je n’aurais pas aimé avoir à traîner sa valise !
Le soir, j’obtiens un joli petit succès avec mes proches quand je leur fais deviner ce qu’on m’a offert cette fois-ci.
J’ai acheté de la pâte brisée, je ferai une tarte au fromage…