Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Quand je raccompagne l’administrée que j’ai reçue pendant que M. M. cherchait son papier, je le vois se lever d’un bond ; il me fait signe qu’il a trouvé.
Nous retournons dans le bureau et il me tend une liste de bailleurs sociaux, il y en a une dizaine. Il veut les alerter sur son besoin urgent d’obtenir un logement.
Je récupère aussi son attestation de dépôt de demande et constate qu’il est domicilié à Argenteuil, ce qui m’amène à reposer la question de son adresse.
Il est encore très embrouillé : il vit loin, dans un endroit reculé où il n’a accès à aucun service. J’insiste encore : il me faut une adresse dans la ville ; en a-t-il une ?
Après plusieurs questions de plus en plus insistantes, il déclare que l’écrivain public d’A. (donc, ma consœur Sophie Strnadel) a refusé de travailler pour lui.
J’ai compris. « Bien sûr, lui répondis-je, c’est un service réservé aux habitants de la ville ! »
Le discours de M. M. devient de plus en plus pressant ; le ton monte, il joue sur sa détresse avec des menaces voilées : il est obligé de mentir pour qu’on s’occupe de lui, sinon, on le laisse crever, et il est malade...
Houlà !
Tout en lui répétant calmement que JE NE PEUX PAS, que JE N’AI PAS LE DROIT, je réfléchis à toute vitesse. Il est d’un gabarit très imposant et me semble capable de tout.
Du coin de l’œil, je vois, par la cloison vitrée, que ma camarade du PIMMS est en alerte. Elle se lève et se dirige vers la porte de mon bureau.
J’opte finalement pour un compromis. S’il est, lui, obligé de mentir, il m’oblige, moi, à outrepasser mes droits. J’accepte de lui écrire UN courrier et il ne revient plus, ni ici ni dans aucune des permanences.
Il se calme et je fais la lettre.
À la fin de la permanence, J., l’agent d’accueil, vient aux nouvelles.
Elle me raconte qu’il a été odieux, proférant des énormités qu’elle ne supporte plus d’entendre.
Ferme sur ses positions, elle l’a remis à sa place – elle savait pouvoir compter sur l’assistance des deux directeurs en cas de menaces – et prévenu que j’allais sûrement refuser. Il a alors déclaré que je le recevrais, que je le veuille ou non !
« Tu aurais dû le me dire avant, lui dis-je, j’aurais certainement agi autrement. »
Ma camarade du PIMMS, qui a aussi une grande habitude des cas difficiles, me contredit : « Il vaut mieux qu’elle ne t’ait rien dit avant ; tu aurais persisté dans ton refus et tu aurais pris des risques. Il est vraiment bizarre, ce type. »
Ce n’est pas faux.
J’ai conservé mon calme et joué la prudence. Ma foi, je suis contente de moi.