Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Dans le couloir, déjà, M. M. évoque sa santé : il prend beaucoup de médicaments.
Puis, assis devant moi dans le bureau, il commence à raconter son cas, tout en se balançant sur sa chaise, comme le font les psychotiques.
Oh là là !
Je comprends qu’il n’a pas de logement – il veut écrire « aux bailleurs » pour expliquer sa situation. J’insiste pour savoir s’il habite bien la ville. Ses explications sont embrouillées, mais je crois deviner qu’il est hébergé dans le quartier. Il plonge dans son cartable à la recherche de l’adresse des bailleurs.
Pendant que nous parlons, une série de bips mêlés de craquements se fait entendre, provenant de son côté (ça ne ressemble à aucun de mes appareils électroniques). Il n’y prête d’abord pas attention, continuant de farfouiller dans ses affaires, sortant papiers et enveloppes.
Puis, il s’aperçoit du bruit et tire de sa poche un téléphone presque aussi grand qu’une petite tablette. J’ai bien l’impression que c’est l’origine des bips, mais il le contemple, perplexe, appuie sur quelques boutons et le range.
Sa recherche continue, et les bruits aussi. Il ressort son téléphone, essaie de nouveau en vain de l’éteindre, puis il le démonte, arrache et replace la batterie. Hop, dans la poche !
Là, le téléphone se rallume en émettant son gingle de bienvenue et les bips reprennent. Puis une voix l’avertit qu’aucune connexion n’a été trouvée et qu’il faut se reconnecter.
Pendant ce temps, il cherche toujours son papier. Il m’affirme aussi que c’est la première fois que son téléphone se comporte de la sorte.
Légèrement irritée et impatiente, je tapote un peu sur le bureau, mais me ravise, pensant que ça risquait de l’agacer.
Je le contemple en train de fouiller et se balancer, me parlant toujours de sa vie : il est malade, a besoin d’un appartement pour recevoir ses enfants en visite et veut rester à proximité des hôpitaux...
Soudain, j’aperçois la chaîne autour de son cou : j’ai à peu près la même qui me sert d’antivol dans mon jardin. Jamais vu un truc aussi gros !
Au bout d’un certain temps, je lui propose de continuer à chercher dans la salle d’attente pendant que je reçois la personne suivante. Ouf, il accepte et je le raccompagne.
Ma camarade du PIMMS, dans le bureau d’à côté, me fait signe : ça va ? Oui, je te raconterai...
À suivre...