Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Une permanence du lundi qui s’annonce comme les autres… Pourtant, je suis quand même inquiète à voir le nombre considérable de personnes qui attendent devant le centre social.
Je reçois les deux premiers usagers venus ensemble. Une fois la copie des courriers faite, je me retourne vers ceux qui attendent : « La personne suivante pour l’écrivain public. »
Une personne… une deuxième… une troisième… une quatrième se lèvent, affirmant toutes que c’était leur tour. Embarrassée, je me tourne vers l’agent d’accueil : elle ne sait pas plus que moi qui doit passer. Elle tente d’en appeler à la raison : « Vous êtes tous des adultes, vous savez qui est avant vous, vous pouvez vous arranger entre vous ».
Le directeur vient à son aide et tient le même discours. Moi, je suis devant le comptoir et j’attends.
Et ça continue de palabrer… L’un deux se plaint même que certains arrivent à 13 heures alors que le centre n’ouvre qu’à 14 heures : « C’est pas normal ». Le directeur le regarde avec des yeux ronds, stupéfait d’une telle remarque : « Mais monsieur, les gens font ce qu’ils veulent ! ».
Au bout de cinq bonnes minutes, il ne reste plus que deux personnes en lice, et l’une finit par capituler.
Pendant que je travaille pour celle que je reçois, des éclats de voix s’élèvent dans le couloir juste devant le bureau et commencent à devenir gênants. Je résiste, considérant ces désagréments comme un bon entraînement à la concentration. Ma collègue du bureau à côté ne tient plus et va demander un peu de calme, qui dure… trente secondes. On entend très distinctement un homme et une femme se chamailler pour déterminer qui doit passer avant l’autre.
Après avoir décidé que mon entraînement a assez duré, je surgis dans le couloir et me montre beaucoup moins aimable que ma collègue :
« Pouvez-vous vous taire, s’il vous plaît ? C’est insupportable, je ne peux pas travailler !
- Je disais que…
- Je m’en fiche, taisez-vous ! »
Et j’arrive à terminer le courrier en cours.
Quand j’ouvre la porte pour faire sortir la personne, deux individus, un homme et une femme, surgissent devant moi.
« Mais enfin, ça va pas !? Qu’est-ce que vous faites là ? Laissez-moi sortir ! Mais vous vous croyez où ? »
Furieuse, je claque la porte et entraîne l’usager vers l’accueil où je raconte l’incident. Je suis estomaquée. Et pendant ce temps, les deux personnes se sont rapprochées et continent de s’invectiver. Le brouhaha enfle, tout le monde y va de son commentaire et de ses revendications.
L’agent d’accueil essaie une nouvelle fois de les calmer, en vain. Le directeur du centre revient à la rescousse. Et tous les deux me demandent d’aller m’enfermer dans mon bureau.
De là-bas, j’entends les vociférations et le directeur essayant de les ramener à la raison : « Il y a trois solutions : soit vous vous arrangez, soit j’annule la permanence, soit j’appelle la police. »
Ne parvenant à rien, il renvoie tout le monde, les contents, les pas contents, les hurleurs, les muets, en les dirigeant vers les prochaines permanences.
Quand il me rejoint, je lui fais remarquer qu’il déplaçait le problème – il souhaitait surtout qu’ils se calment – et nous évoquons la solution des rendez-vous.
Les permanences suivantes ont été chargées, mais paisibles.