Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
À peine assis – je suis encore en train de contourner le bureau –, M. K. présente sa demande et je remarque tout de suite son accent de l’Est. Je l’arrête aussitôt pour lui poser les questions rituelles pour remplir mon tableau de statistiques (sinon, j’oublie !).
C'est fait. Allons-y !
Il reprend. J’entends « rupture conventionnelle », « autre travail » et il me montre un document qui, de loin, ressemble à un CV manuscrit : une photo dans le coin droit, des coordonnées à gauche, quelques mots au milieu et le reste plus bas, écrit très gros en majuscules. Je peux ainsi lire rapidement « rupture conventionnelle ».
Bon il s’agit d’un problème au travail.
M. K. poursuit ses explications : je crois comprendre qu’il veut partir de son emploi actuel et que... il a envoyé ce courrier (oui, c’est un courrier) à son employeur pour demander une rupture, que le patron a acceptée.
Il faut que je recopie le... courrier que j’ai sous les yeux.
D’abord, je ne comprends pas pourquoi il faut renvoyer le même courrier si la demande a été acceptée. Je pose donc la question.
Il me montre une date barrée (la fin du contrat suggérée), remplacée par deux dates.
Nouvelle question : pourquoi deux dates ?
C’est le patron qui lui a dit ça.
Je lis le courrier : pff... c’est du charabia ! Et il veut que je recopie ?
Je ne comprends pas plus et j’ai encore une question que je m’apprête à poser.
Il me coupe la parole « Vous faites exprès de pas comprendre ? »
Je relève la tête : « Mais dites donc, monsieur ! » Je suis soufflée, et passablement agacée.
« Si je vous pose des questions, c’est que j’ai besoin de comprendre. Parce que si vous voulez que je recopie ce courrier en changeant juste les dates, je ne le ferai pas. On n’y comprend rien, ce n’est pas du français correct. Mais si vous ne voulez pas me répondre, vous pouvez partir. »
Il semble se calmer, et je continue comme si rien ne s’était passé, en reformulant ce que j’avais cru comprendre. Peu à peu, tout s’éclaire : son travail ne correspondait pas à celui pour lequel il avait embauché et en plus, il y avait des retards dans le versement de son salaire. Il voulait partir, d’autant plus qu’il avait trouvé un autre emploi dans une entreprise voisine.
Mon agacement est tombé très vite. Pendant que je tape, je repense à tout ça et ne peux m’empêcher de sourire : il est gonflé, tout de même !
Je lui lis ce que j’ai écrit – en français correct – et il convient que c’est mieux.
En partant, il me dit que je suis gentille et qu’il s’excuse, qu’il ne parle pas bien le français.
Ce n’est pas ça, le problème, je reçois beaucoup de monde dans ce cas !