Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
« Allô, Sophie ? As-tu écrit, en mars dernier, un courrier pour madame E. qui se plaignait à son bailleur de ses voisins du dessus ? »
Sophie rigole doucement : oui, elle a certainement fait ça, car Mme E. est une habituée et elle lui écrit un courrier de plainte presque à chaque permanence.
Cette semaine, c’est moi que Mme E. est venue voir « parce que [Sophie] est pas là la semaine prochaine ».
Elle veut écrire à son voisin et me présente un courrier de son bailleur.
C’est une réponse à sa plainte de fin mars concernant ses voisins bruyants. Le bailleur lui conseille de faire appel à la police et affirme que, pour pouvoir intervenir, il a besoin de plus d’éléments, dont des témoignages d’autres personnes. Il lui joint pour cela un modèle avec les mentions habituelles sur les risques encourus en cas de faux témoignage, dont la prison.
« Qu’est-ce que vous voulez lui dire, à votre voisin ?
— Que je m’excuse pour ce que j’ai fait.
— Et qu’est-ce que vous avez fait ?
— Ben, ils disent là (en montrant le courrier) que mon voisin s’est plaint de moi.
— Mais non ! C’est une réponse à votre plainte du mois de mars.
— …
— Vous avez bien écrit à votre bailleur en mars pour signaler le bruit de votre voisin du dessus ?
— … Ben non… J’ai pas de problèmes avec mes voisins.
— Vous n’avez pas un voisin qui fait du bruit ?
— Non. Moi je m’entends bien avec tout le monde. Y a ma voisine à côté, ça se passe bien, et celui du dessus…
— Il ne fait pas du bruit ?
— Si, mais je m’entends bien avec lui.
— Bon, alors, je ne sais pas… C’est peut-être une erreur…
— Ah merci ! Mais là, ils disent que je vais aller en prison !
— Mais non, madame. Le bailleur vous a donné un modèle pour envoyer des témoignages au cas où vous en auriez besoin. C’est juste un modèle. Vous n’êtes pas obligée de le remplir.
— Ah merci ! Parce que, moi, tout va bien. Je paie mon loyer, je paie mes factures d’Yves Rocher, et je m’entends bien avec tout le monde…
— Ne vous inquiétez pas. Si c’est une erreur du bailleur, vous ne faites rien, et voilà.
— Ah merci ! Vous me rassurez. »
Elle finit par partir, effectivement rassurée.
Je reste perplexe, et c’est pour cela que j’ai appelé Sophie ensuite.