Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Mercredi 16 mars : je dois être présentée au secrétaire général de la mairie par ma consœur Françoise. A son départ
à la retraite deux mois plus tard, je dois la remplacer et assurer à mon tour les permanences qu’elle tient depuis dix ans.
Nous avons rendez-vous à 15 h 30. Je retrouve Françoise une petite heure avant pour boire un café et échanger encore une fois sur ce travail, puis nous nous présentons à l’accueil de l’hôtel de
ville.
Monsieur B. n’est pas encore rentré de déjeuner. Bon… nous nous installons dans le petit hall pour attendre en papotant. Elle a de nombreuses anecdotes très intéressantes pour la presque novice que je suis encore et je bois ses paroles. Plusieurs fois, l’hôtesse nous confirme, désolée, que le monsieur n’est pas encore là.
Enfin, son arrivée est annoncée et nous sommes conduites dans un bureau presque aussi grand que ma salle de séjour ;
nous nous installons autour de la table de réunion.
Soudain, à 16 h 40, M. B. fait une entrée majestueuse, suivi d’un jeune homme très bien mis, portant solennellement sur le bras un pardessus plié qu’il va accrocher à un porte-manteau
(« C’est le chauffeur » me glisse Françoise) ; peu après une grande femme blonde élégante le rejoint, son adjointe.
Monsieur B, le cheveu rare, petit et ventripotent, en bras de chemise, la cravate desserrée, se dirige vers nous la main tendue. Il nous salue et nous fait asseoir. Je remarque alors quelques
taches sur la chemise blanche… berk. De près comme de loin, il est plus que quelconque ! Se tournant vers Françoise, il commence un numéro de charme :
« Ah madame, je regrette que nous n’ayons pas eu plus d’occasions de nous rencontrer… blablabla… J’ai beaucoup entendu parler de vous et je suis ravie de faire votre connaissance… blablabla… Vous êtes charmante, splendide… »
Françoise répond quelques amabilités, très grande dame.
Puis il se tourne vers moi et – quel plouc ! – me tient le même discours, dans les mêmes termes :
« Blablabla… vous êtes charmante, splendide… et, oserai-je, désirable ?
- Non non, monsieur, vous n’avez pas à oser ! »
Misère, où suis-je ? Je jette un coup d’œil à ma consœur, toujours très maîtresse d’elle, qui maintenant présente son activité et parle de moi en termes flatteurs.
Je risque un : « Si vous le souhaitez, j’ai apporté quelques exemples de mes dernières réalisations…
- Merci madame. Mais pour trouver son remplaçant, nous faisons entièrement confiance à madame… hum… puis-je vous appeler Françoise ? »
Puis très rapidement, il clôt l’entretien et nous reconduit à la porte.
« Au revoir mesdames, j’ai eu plaisir à vous rencontrer. Il me regarde. J’aimerais que notre collaboration aille plus loin… »
Petit sourire crispé de ma part.
« Nous en resterons là, monsieur. Au revoir. »
Chic ! j’adore les petits chefs négligés et libidineux ! Fort heureusement, je ne l’ai jamais revu et il a d’ailleurs quitté ses fonctions peu après cette rencontre.
Dans l’escalier, Françoise et moi échangeons un regard perplexe, mais attendons d’être sur le parvis pour dire nos impressions : « C’est quoi ce cirque ? » Elle ne l’avait jamais vu, mais en avait entendu de belles sur son compte ; elle s’empresse de me les rapporter et je veux bien les croire !