Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Il y a plusieurs mois, j’ai été contactée par un photographe, Philippe Truquin. Il réalisait un travail artistique sur la relation entre les personnes et s’intéressait à celle
qui pouvait s’établir entre un écrivain public et son interlocuteur. Il m’avait bien expliqué sa démarche et j’avais consulté son site où il présente,
entre autres, une série de photos sur des assistantes de vie avec les personnes âgées chez qui elles intervenaient : des clichés émouvants, comportant en légende des paroles entendues
pendant ces échanges
J’avais trouvé ce travail très beau et, curieuse, accepté de collaborer avec lui, tout en me demandant ce qu’il pourrait trouver d’intéressant à photographier dans un échange statique autour d’un bureau, la rédaction d’un écrit sur un clavier d’ordinateur et la restitution d’un document sur papier.
Il est venu assister à un après-midi de permanence. Je le présentai le plus simplement possible comme un photographe souhaitant réaliser un reportage, laissant bien sûr la possibilité à chaque usager de refuser qu’il soit là en observateur. Mais tout le monde accepta sa présence discrète.
Philippe était satisfait de ce qu’il avait vu, imaginant déjà comment il allait s’y prendre ensuite.
Je transmets donc sa demande d’intervention à la mairie, accompagnée d’un exemple de ce qu’il avait déjà fait. J’avais sollicité la bonne personne pour faire suivre le dossier car nous avons obtenu l’autorisation en moins d’une semaine. C’est remarquable pour cette mairie !
Rendez-vous est donc pris pour une séance de prises de vues. Avant de la commencer, je suggère à Philippe de rassembler les personnes qui attendaient pour leur présenter ce qu’il comptait faire, en montrant ses anciennes photos, en précisant bien que rien n’était obligatoire.
Eh bien ! je ne m’attendais pas vraiment à ça !
Première réaction : « Est-ce que ça va changer quelque chose à mon problème ? » - Heu, non…
Deuxième réaction : « Qu’est-ce que ça va m’apporter ? » - Heu, rien…
Troisième réaction : « Si vous faites une exposition, est-ce qu’on touchera quelque chose ? » - Heu, non plus…
Réaction générale : aucune ! Les gens examinaient vaguement le porte-folio et ne disaient rien.
À chaque personne rencontrée, je demandais si elle acceptait que Philippe nous photographie, à chaque fois, la réponse était négative. Entre deux, j’avais une pensée compatissante pour lui qui se morfondait dans la salle d’attente. Il n’a d’ailleurs pas attendu la fin de la permanence pour partir.
Le lendemain, au téléphone, il s’était un peu remis de son désappointement ; au moins, il avait essayé.
Cet épisode m’a rappelé la fois où la télé était venue pour un reportage (voir ici). La journaliste s’arrachait les cheveux dans la salle d’attente à essayer de convaincre les personnes de se laisser filmer : l’une avait peur de la réaction de ses voisins, l’autre de celle de son fils, un autre encore était en congé maladie et craignait que son patron le voie dehors !
J’ai déjà reçu, à de multiples reprises, des « stagiaires », écrivains publics en devenir, qui venaient se rendre compte de la réalité du métier en assistant aux permanences ; jamais je n’ai essuyé un seul refus de la part des usagers. Mais quand un outil, caméra ou appareil photo, s’interpose, ce n’est plus le même ressenti.