Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Ma consœur, Sophie Strnadel, et moi nous partageons les permanences
d’écrivain public dans la même ville. Ainsi, même si nous intervenons chacune sur un secteur bien précis, il nous arrive de voir les mêmes usagers. Nous pouvons échanger sur certains olibrius pas
toujours sympathiques et prenons des paris pour savoir qui il va préférer de nous deux pour que l’une au moins en soit débarrassée.
Ce fut le cas de M. O. dont j’ai déjà parlé dans un billet qu’on peut relire ici. On peut
percevoir qu’il s’agit d’un personnage pas très agréable, voire franchement détestable… un sale type, quoi !
D’ailleurs, après avoir refusé net de lui écrire une lettre d’insultes, j’avais appris qu’il était allé trouver Sophie en jouant l’incompris, le mal-aimé, comme il en avait coutume. Sophie l’avait reconnu d’après mes descriptions et ne s’était pas laissée prendre à ses jérémiades.
Puis, personne ne l’avait revu pendant de longues semaines, alors qu’il venait presque à chaque permanence.
Faisant preuve d’un humour quelque peu noir, pas toujours du goût de tout le monde, mais qui me permet d’exorciser certaines craintes existentielles, j’ai l’habitude de suggérer, quand je n’ai
pas vu une personne depuis un certain temps, qu’elle est peut-être morte. Je m’empressai donc d’affirmer cela pour M. O.
Lundi, au coin du photocopieur, l’agent d’accueil du centre social m’apostrophe : « Tu sais que M. O. est mort ? »
Ben non…
« Mince, c’est moi qui l’ai fait mourir à toujours clamer qu’il l’était ! »
Le décès de quelqu’un, c’est triste… Mais je ne peux pas me résoudre à le pleurer, ni même à seulement m’apitoyer. Je ne suis pas sûre qu’il me manque !