Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Je connais Mme B. depuis plusieurs années. La première fois, elle était en congé de maternité et voulait démissionner de son emploi de femme de chambre : après un accident de voiture, elle souffrait beaucoup du dos et ne se sentait plus capable de reprendre le travail.
Je suis toujours inquiète de ce type d’annonce et ne peux m’empêcher d’en demander les raisons et si la personne a trouvé autre chose. J’ai parlé à Mme B. de la médecine du travail qui pouvait peut-être la déclarer inapte à ce poste, ce qui obligerait son employeur à lui en proposer un autre ou à la licencier… elle ne serait donc pas démunie. Je lui ai aussi suggéré de se renseigner sur le congé parental… Après avoir réfléchi, elle a finalement opté pour cette solution. Je l’ai revue plusieurs fois par la suite pour le prolonger puis en demander un autre après la naissance de son troisième enfant.
Elle m’a consultée d’autres fois pour diverses raisons et s’est confiée peu à peu, parfois en pleurant. Sa deuxième fille lui posait problème, il s’avéra qu’elle était épileptique ; elle est maintenant scolarisée dans un IME.
Je l’ai vue avec sa sœur, dont le fils aîné est aussi malade. La dernière fois qu’elles sont venues, ensemble, elles n’ont pas tari d’éloges sur mon travail et l’aide inestimable que je leur apportais. Bien sûr, j’étais ravie, et touchée car je les trouve très sympathiques et attachantes.
Aujourd’hui, Mme B. m’apporte plusieurs prescriptions de transport pour que sa fille puisse se rendre à l’hôpital où elle est suivie. L’une d’elles est accompagnée d’un courrier de la CPAM demandant une précision : elle n’a pas compris quoi… et moi non plus car il me semble que le formulaire est correctement rempli.
Pour les autres, d’après les explications jointes, elle aurait dû en envoyer une partie dès réception pour demander ensuite le remboursement des frais. Elles datent de plus d’un an et j’ai peur qu’elle ait trop tardé.
Elle m’affirme que je l’ai déjà aidée pour ces formalités mais je ne m’en souviens plus et je reste perplexe. Je lui avoue mon embarras et lui conseille de se rendre à une permanence de la CPAM pour demander conseil.
Je vois son visage se fermer d’un coup ; elle ramasse tous ses papiers et se lève, tout en me disant que je l’avais pourtant déjà fait, qu’elle avait attendu pour rien et qu’elle aurait mieux fait d’aller voir quelqu’un d’autre.
Je suis soufflée : « Vous préférez que je fasse n’importe quoi ? » mais elle est déjà partie.
Après un moment de grande surprise, je suis indignée : avec les bonnes relations que nous avions et la satisfaction qu’elle m’a si souvent exprimée, je prends sa réaction pour de l’ingratitude.
Puis… j’ai réfléchi : justement, je lui ai toujours apporté satisfaction, l’aidant à résoudre des problèmes qui la dépassaient. Elle attendait beaucoup de moi, trop sûrement, et là, je l’ai déçue.
Je n’en garde aucun ressentiment car je pense avoir compris sa réaction, ni aucune culpabilité au fond de moi car j’ai agi en toute bonne foi, sans envie inconsciente de me défausser : je ne savais vraiment pas comment procéder avec ses papiers.
Reviendra-t-elle ? Dans quelles dispositions ?
Quant à moi, je ferai comme si rien ne s’était passé.