Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
M. X.
Pour des raisons d’anonymat, je ne peux pas donner son nom ; disons que c’est aussi un adjectif peu valorisant et qu’il précise toujours, quand on lui demande l’orthographe : « X.,
comme “pas beau”. »
C’est un escogriffe échevelé d’une cinquantaine d’années qui semble empêtré de sa longue carcasse. Il travaille comme agent de service dans un hôpital et prépare le diplôme d’aide-soignant. Il me demande de l’aide pour rédiger certains devoirs : il apporte les idées, à moi de les mettre en forme.
Il me raconte son stage dans une association d’aide à la personne et ses surprises en découvrant des particularités anatomiques de ses patients dont il ne soupçonnait pas l’existence à son âge.
Son autre caractéristique, c’est qu’il veut trouver une femme. Il a des goûts exotiques et parcourt les petites annonces passées par des étrangères dans certaines revues que je ne connais pas.
Il m’explique qu’il a fréquenté quelque temps une Russe qui lui demandait régulièrement de l’argent pour des motifs toujours très louables. Après un voyage pour la rencontrer, il s’est aperçu qu’elle était surtout intéressée par ses euros et il a laissé tomber : « Ça m’a coûté cher, cette histoire ! ».
À présent, il se tourne vers les Africaines. Il est déjà allé passer des vacances au Togo et correspond avec plusieurs femmes plus jeunes que lui (Viviane, Isabelle, Lydie, Lucie, Éliane…). Je rédige ses réponses.
Il fait très attention à modérer les velléités de mariage de ces dames. Il est d’accord pour avoir des relations suivies (« Certaines couchent tout de suite, me dit-il, d’autres sont plus réservées à cause de la religion. »), mais freine des quatre fers dès qu’il a le moindre soupçon d’envie d’engagement de leur part
Il est aussi très embêté qu’elles lui réclament de l’argent pour financer qui l’achat d’un téléphone, qui l’installation d’un petit commerce. Il faut donc expliquer qu’il ne roule pas non plus sur l’or et que la France n’est pas l’Eldorado qu’elles imaginent.
C’est toujours réjouissant pour moi de le recevoir : il est direct dans ses propos, ne se pose pas de questions sur ce qu’il vit : c’est naturel. Je m’amuse beaucoup à l’écouter me narrer ses péripéties amoureuses…
Hélas, cela fait longtemps qu’il n’est pas venu me consulter !...