Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Mme B. est une habituée. Au début, je la trouvais un peu… nunuche mais, peu à peu, elle s’est décoincée, m’a fait confiance. J’en suis venue à l’apprécier
quand elle a commencé à me confier, d’une manière assez drôle, les problèmes posés par la présence chez elle de sa mère, une personne âgée et malade. Elle n’en pouvait plus et, au prétexte que
c’était pour son bien, l’envoyait le plus souvent possible en vacances au pays pour avoir, elle, un peu de répit.
S’est présenté le risque pour la vieille dame de rester trop longtemps à l’étranger et perdre ainsi le bénéfice de l’allocation de solidarité aux personnes âgées, attribuée sous conditions de résidence en France. J’ai donc appris grâce à elle les exigences de la caisse de versement, que Mme B. suit à la lettre pour éviter que sa mère perde ses droits et se retrouve entièrement à sa charge.
Durant toutes nos rencontres – et, en plus de cinq ans, elles furent nombreuses –, j’avais vaguement compris qu’elle avait des enfants mais sans savoir combien ni de quel âge. Elle me disait seulement que les relations étaient difficiles entre sa mère et les enfants et que ça l’insupportait.
Aujourd’hui, pour la première fois, elle souhaite que je remplisse pour elle un dossier de demande de CMU complémentaire. Sur le formulaire, il faut indiquer les noms et âges des personnes à charge. J’apprends ainsi qu’elle a deux filles étudiantes et un garçon collégien ; tous les trois vivent chez elle et sont à sa charge. Comme je m’exclame que je l’ignorais, elle me parle un peu d’eux. L’aînée suit des études de commerce international et la deuxième est élève assistante sociale ; elle semble fière de leur parcours.
Tout en remplissant le dossier, je lui lance « Et l’assistante sociale, elle peut pas vous le faire, ça ? »
Qu’ai-je dit là ?
« Ah non, elle veut pas ! Elle me dit “Laisse-moi la grosse, débrouille-toi” ».
Gloups ! C’est plus fort que moi, je m’insurge aussitôt :
« Quand même, elle pourrait être aimable et vous respecter ! Elle vit chez vous, vous lui payez ses études…
- Oui hein, on doit respecter ses parents ?! Les jeunes maintenant, c’est comme ça… »
Heuuu… pas chez moi...