Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
« Je voudrais écrire au procureur pour que mon fils porte le nom de son père. »
La dame, accompagnée de sa sœur, me montre à la fois l’acte de naissance de l’enfant et son livret de famille.
« Je suis mariée depuis janvier, mais je voulais pas que mon fils porte le nom de son père, mais maintenant la dame de l’état civil m’a dit d’écrire au procureur pour faire changer le nom. »
Pfffou… je ne comprends rien !
Je regarde l’acte de naissance : seule la mère apparaît, et l’enfant, pourtant né en septembre, porte son nom à elle.
« Mais… vous êtes mariée…
- Oui depuis janvier.
- Et… votre mari n’a pas reconnu l’enfant ?! Mais… c’est pas possible ça !
- Je voulais pas qu’il porte son nom… »
Je dois vraiment avoir l’air perdu à me tenir le front ou le menton et regarder, sourcils froncés, les deux documents qu’elle me tend.
« C’est la personne de l’état civil qui vous a dit d’écrire au procureur ? »
Et je réfléchis à toute vitesse : le mari n’apparaît pas, est-ce qu’il doit faire une demande en reconnaissance de paternité ?… Vraiment, je ne comprends rien !
« Si vous voulez, je vais demander à la dame de vous expliquer ?
- Oui, allez la chercher. »
L’employée de mairie, officier d’état civil, finit par arriver et elle m’explique tout :
« Madame, quand elle a accouché, n’a pas dit qu’elle était mariée et on lui a établi un livret de famille pour les mères célibataires. »
Et la dame brandit ce livret, qu’elle ne m’avait pas encore montré.
« Vous voyez, reprend l’officier d’état civil, ce n’est pas normal. Quand on est marié, l’enfant porte automatiquement le nom du mari. »
Elle se tourne vers la dame :
« Vous avez compris ? Il ne fallait pas faire ça ! Vous n’aviez pas le droit.
- Je sais… »
Je remercie l’officier d’état civil qui repart.
« Bien, madame, j’ai compris ! Vous n’avez pas dit que vous étiez mariée quand vous avez accouché.
- Je voulais pas qu’il ait l’enfant. Il est venu le voir que le deuxième jour, il s’en fout de son fils… La prochaine fois, je le ferai pas, j’ai compris. »
Et la sœur de renchérir :
« J’te jure, à ta place j’aurais fait pareil ! »
Elle se tourne vers moi :
« Elle était vraiment déprimée. »
J’écris donc au procureur en expliquant l’affaire, en essayant d’arrondir les angles « j’ai fait une erreur, j’ai omis de dire que j’étais mariée, je me suis rendu compte de mon erreur et du préjudice pour mon enfant… »
« Voilà madame, j’ai un peu expliqué, en espérant que le procureur sera compréhensif… »
En repartant, les deux sœurs continuent leurs commentaires :
« La prochaine fois, je ferai pas ça…
- La prochaine fois, tu te maries pas. On vit ensemble et c’est tout ! »