Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Quand je vois arriver M. A., en général, je soupire de lassitude avant même de commencer : il a une attitude qui m’exaspère, je le
trouve mou et bête.
Cette fois, le problème à traiter ne le concerne pas directement. Il vient pour sa sœur qu’il héberge depuis quelques semaines.
D’origine indienne, cette dame est française, mariée depuis plus de quinze ans à un Indien, peut-être aussi français. Durant tout ce temps, elle n’est pratiquement pas sortie de chez elle – il l’en empêchait –, s’occupant de la maison et des enfants. Elle parle et comprend à peine le français.
Elle vient de se faire expulser de chez elle par la police, au motif que, maintenant qu’elle est divorcée, elle n’a plus rien à faire chez son ex-mari.
Pauvre femme ! Elle ne savait même pas que son mari avait demandé le divorce.
Elle s’est retrouvée à la rue et sans ses enfants.
M. A. me fait remplir un dossier de demande d’aide juridictionnelle pour elle. Quand il s’agit d’exposer le motif de son action en justice, il ne sait pas… Appel contre le jugement de divorce ? Il ne l’a pas, ne l’a même jamais vu…
Je lui explique que, selon moi, si le divorce a bien été prononcé, il y a eu des irrégularités dans la procédure. Comme je ne suis pas compétente pour le déterminer, je l’envoie rencontrer un conseiller juridique, voire l’association d’aide aux victimes, en insistant bien sur l’absolue nécessité que sa sœur soit aussi présente, pour qu’elle puisse répondre précisément aux questions.
Ouf, il comprend !