Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Premier jour de permanence. Une jolie jeune femme veut écrire au préfet pour plaider la cause de son compagnon sans papiers, père de son troisième fils. Elle m’explique que c’est un homme gentil et affectueux qui s’occupe bien de leur enfant – contrairement au père de ses deux premiers – , il mérite d’obtenir un titre de séjour pour rester avec eux. Je lui demande quelques renseignements pour rédiger le courrier, notamment, et on ne peut faire moins, les nom et prénom du monsieur. Elle connaît à peu près le nom sans savoir l’écrire, mais est incapable de me donner le prénom.
« Vous ne connaissez pas son prénom ?
- Ben non… Je sais pas s’il en a un…
- Vous l’appelez comment ? mon doudou ? »
Stupéfaction puis éclat de rire :
« Oui. »
Elle revient le lendemain avec le nom de Doudou et semble très étonnée quand je lui montre le prénom sur le document qu’elle m’a apporté. Elle repart avec la lettre enfin terminée.
Le temps passe…
Quinze mois plus tard, la même jeune femme, beaucoup moins souriante.
Elle demande l’aide juridictionnelle pour obtenir une pension alimentaire de Doudou. Elle est très en colère et m’affirme qu’il a seulement voulu avoir un enfant né en France pour obtenir des papiers. D’ailleurs, elle veut aussi écrire au préfet pour dénoncer les agissements indignes de cet homme qui s’est servi d’elle, s’occupe mal de son fils, se montre parfois violent et vit maintenant avec une autre femme.
Six mois plus tard…
La même jeune femme, enceinte, accompagnée d’un homme qu’elle me présente comme son nouveau compagnon et le père de son futur bébé. Elle écrit au juge aux affaires familiales qui vient d’organiser pour Doudou droit de visite et versement d’une pension. Celui-ci n’a jamais rien payé, « prend » son fils quand il y pense, sans prévenir, pour le confier à sa compagne du moment.
Deux ans plus tard…
Elle revient, toujours remontée contre Doudou. Sa demande est un peu embrouillée : elle veut lui faire respecter le jugement, le dénoncer au préfet… Finalement, elle choisit une lettre au préfet. Elle est accompagnée d’une amie et de son dernier enfant, une fille. Elle demande à l’amie de sortir avec la petite pour pouvoir parler librement de sa situation. Son dernier compagnon, le père de sa fille, agit à peu près de la même façon que Doudou. Il a disparu de sa vie après l’accouchement, mais lui ne veut même pas entendre parler de l’enfant ; il nie même qu’ils aient pu avoir une relation et refuse de lui ouvrir sa porte quand elle essaie de le voir… pour le bien de l’enfant.