Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Voici deux messieurs, l’un d’une cinquantaine d’années, plutôt bourru et taciturne, l’autre nettement plus jeune, qui s’exprime :
normal, il est venu pour traduire et accompagner son oncle, arrivé depuis peu de temps du Portugal, qui ne parle que quelques mots de français. C’est l’oncle, M. M.F. qui a besoin de
moi.
Il a été embauché en CDI il y a plus de six mois comme agent de service dans une entreprise de nettoyage tenue par un compatriote. À la fin du mois dernier, sa responsable lui a appris qu’il n’y avait plus de travail pour lui et lui a demandé de rester chez lui le temps qu’elle trouve un autre chantier où l’employer.
Elle lui a aussi fait signer un « mot », lui affirmant qu’il s’agissait d’un document destiné à lui donner des droits aux allocations de chômage.
Rentré chez lui, M. M.F. a montré ce papier à son neveu : il s’agit ni plus ni moins d’une lettre de démission.
Enfin, le mot « démission » est bien mentionné, mais l’ensemble est un torchon qui n’a de lettre que le nom : pas de date, pas de destinataire, une syntaxe à la limite du compréhensible ; quant à l’orthographe… Je ne crois pas que ce document ait beaucoup de valeur, mais on ne sait jamais.
Le neveu a emmené son tonton voir un juriste. Celui-ci a conseillé d’écrire à l’employeur pour souligner qu’il y a un vice de consentement puisqu’il ne savait pas ce qu’il signait (il ne sait ni lire ni écrire), qu’il n’avait pas l’intention de démissionner et qu’il se tient à sa disposition pour toute nouvelle affectation.
Je rédige le courrier et donne les conseils d’usage : envoi en recommandé, se faire aider pour calculer les demandes à déposer au conseil des prud’hommes, garder tous les documents…
Le neveu traduit tout à l’oncle qui repart ragaillardi.