Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
M. S. arrive de sa démarche légèrement claudicante, de bonne humeur, comme d’habitude.
À peine assis, il commence : « Bon ben voilà… C’est pour… » et il sort un dossier de logement. Comme le document est prérempli, cela signifie qu’il s’agit d’un renouvellement.
Allons-y !
Identité de lui et sa fille : ça va.
Situation professionnelle : ça va, il est à la retraite.
Revenu fiscal de référence : ça commence à coincer, il n’a pas son avis d’imposition. Je lui suggère d’en joindre une copie au dossier.
Revenus : il touche une pension de retraite : « environ » 400 € par mois – je note l’environ – et une pension d’invalidité : « à peu près… » – je note l’à peu près. Sa fille est handicapée et bénéficie d’une allocation mais il ne connaît pas du tout le montant. Je lui demande d’apporter une attestation de paiement de la CAF.
Montant du loyer : «Je paie environ… ». Sachant qu’il touche l’APL, je lui réclame une quittance de loyer, qu’il a sur lui, par hasard. Je note…
Dernière page : les raisons de sa demande de logement.
« Pourquoi voulez-vous changer d’appartement monsieur ?
- Mais je veux pas changer ! »
Je lève le nez du formulaire :
« Alors pourquoi vous remplissez la demande ?
- Ben, chais pas, ils me l’ont envoyée, je croyais que c’était obligatoire !
- Enfin monsieur, il y a bien marqué demande de logement social.
- Ben non, j’veux pas changer…
- Dans ce cas… (je déchire le formulaire), je le mets à la poubelle et on n’en parle plus. »
Et monsieur S. s’en va, toujours de bonne humeur.