Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Il me semble reconnaître ce monsieur, arrivé une heure avant celle de son rendez-vous, qui traîne à rassembler ses affaires et marche avec une
canne.
Il s’excuse de m’emmerder – je proteste pour la forme, mais il ne m’écoute pas.
J’arrive à savoir où il habite, pour mes statistiques, et lui demande ce que je peux faire pour lui.
« On m’attaque avec un portable. »
Et il fait comme s’il tapait sur un clavier.
« Pardon ?
— C’est mon voisin – signe au-dessus de sa tête – il arrête pas de m’emmerder, il veut que je parte de l’appartement. Il m’attaque avec un portable et… comment ça s’appelle ? »
Je suis perplexe…
« Mais, qu’est-ce qui vous arrive ? Qu’est-ce que ça vous fait ? Ça fait du bruit ?
— Non, ça me brûle. »
Et il se passe les mains sur la poitrine en grimaçant.
Oh là là…
Je cherche dans mes anciens fichiers et retrouve deux de ses précédents courriers au service de médiation pour se plaindre de ses voisins qui le harcèlent. Mais la dernière fois, c’était la porte d’entrée qu’ils claquaient « pour l’emmerder ».
« Qu’est-ce que vous voulez faire, monsieur ?
— Écrire pour avoir un avocat… au ministre du Logement… J’ai vu hier l’assistance…
— Vous avez vu qui hier ? L’assistante sociale ? Qu’est-ce qu’elle vous a dit ? Elle vous a fait un mot pour moi ?
— Elle m’a dit qu’elle avait pas de logement. »
Vite, je me raccroche à ça.
« Vous voulez écrire à votre bailleur pour changer de logement ?
— Heu… oui.
— C’est qui, votre bailleur ? Vous avez une quittance de loyer ? »
Il plonge dans ses sacs et en sort un courrier du Logement francilien.
Il soupire :
« Je trouve pas la quittance, peut-être l’assistance elle a tout gardé…
— Ne cherchez plus, ça me suffit. Je sais qui est votre bailleur. »
Et j’écris une demande de mutation de logement.
Il continue de réfléchir :
« On m’attaque avec un portable et Internet, voilà, c’est ça !
— Aaah, c’est avec Internet ! »
Il semble satisfait que j’aie l’air de me rendre compte de la gravité de l’agression.
Je finis le courrier, sans m’étendre sur les attaques.
Il repart content.