Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
La première fois que j’ai vu Mme B., elle avait un gros problème avec un frigo américain dont la porte se dégondait tant elle était lourde. Après
plusieurs réparations, elle demandait le changement de l’appareil et elle a dû se battre contre le magasin avec l’aide de l’UFC-Que choisir pour cela. D’ailleurs, je ne sais plus trop si elle a
obtenu gain de cause. Je la trouvais plutôt sympathique.
Puis, elle m’a exposé un problème de logement. Elle habite au rez-de-chaussée à l’extrémité d’un immeuble et souffre non seulement d’une humidité récurrente qui abîme ses papiers peints, mais aussi des âneries des ouvriers qui rénovent le bâtiment : plusieurs fois, des trous percés à l’extérieur se sont prolongés dans ses chambres.
Le bailleur fait la sourde oreille. Il y a quelques années, il lui a suggéré de faire une déclaration de sinistre à son assureur qui a pris en charge le changement des revêtements. Cette fois, il lui assure aussi que ce n’est pas de son ressort et qu’elle n’a qu’à procéder de la même façon. Elle est excédée mais, malgré les apparences, n’agit pas vraiment. Je lui donne différentes pistes à suivre et elle me raconte ce qu’elle a entrepris : soit on l’envoyait directement au tribunal, ce qu’elle ne veut pas faire pour l’instant, soit elle n’a pas osé exposer l’intégralité du problème à son nouvel assureur, soit…
Elle a toujours une bonne raison. Et elle n’écoute pas ce que je lui dis, se contentant de dresser la liste de tout ce qui ne va pas et de toutes les aberrations qu’on lui a répondues.
Ce matin, elle me reparle de ça et je constate encore une fois qu’elle ne fait pas ce qu’il faut… Je me sens vraiment démunie mais ne peux rien de plus pour elle !
Mais elle n’est pas venue pour ça (ouf !) : elle veut écrire à l’académie pour son fils.
Celui-ci a bientôt 21 ans, il a abandonné ses études – lesquelles ? elle ne sait pas trop – ne sort pas de chez lui, passe son temps à dormir, manger et regarder la télé. Elle n’en peut plus et veut demander à l’académie qu’on lui trouve un lycée où reprendre ses études – lesquelles ? elle ne sait pas trop… « dans la vente ou quelque chose comme ça ».
J’arrive à lui faire admettre que, vu l’âge de son fils, ce n’est plus à elle de faire les démarches, que s’il n’a pas envie de retourner au lycée, ça ne servira à rien de l’inscrire.
« Mais j’en ai marre, ça peut pas continuer comme ça, il faut qu’il fasse quelque chose…
- Il se bougera quand il ne se sentira plus bien chez vous. Faites la grève, ne lui préparez plus à manger, ne lavez plus son linge, ne faites plus le ménage dans sa chambre, mettez la télé en panne, faites sonner tous les réveils de la maison à 6 heures du matin pour qu’il aille s’inscrire à Pôle Emploi… Déclarez-lui la guerre. Ce sera dur pour vous, mais c’est pour son bien et pour le vôtre. »
Ma proposition semble lui plaire…
Et elle repart, pour faire la guerre à son fils.