Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
Monsieur D.S.S. n’est pas content et ça se voit tout de suite. Petit homme d’une cinquantaine d’années, il a un maintien très digne et un air courroucé ; il porte un dossier qu’il ouvre aussitôt tout en m’expliquant son problème.
« La femme qui vivait avec moi a inscrit son enfant au centre aéré, sans me le dire. Elle a rusé et elle a donné mon adresse. Maintenant, je reçois des factures et je l’ai très mal pris. Je veux pas payer parce que j’étais pas d’accord. Mais j’ai fait une analyse ADN et c’est pas mon enfant, elle m’a trompé. Je suis allé à la mairie et j’ai expliqué ça mais ils m’ont dit qu’ils se mêlaient pas de la vie privée des gens. Alors je veux écrire au maire pour lui dire que je veux pas payer… »
Il me montre les factures, elles sont bien à son nom.
Reprenons…
« Vous recevez des factures du centre de loisirs pour l’enfant de la femme qui vivait avec vous. Qui est cette femme ? Votre épouse ?
— Oui.
— Vous êtes mariés ?
— Oui.
— Elle vous a quitté ?
— Oui.
— Et l’enfant, il porte votre nom ?
— Oui.
— Alors c’est officiellement le vôtre, c’est donc normal que vous payiez les factures qui le concernent.
— Oui mais je suis allé au tribunal parce qu’elle m’a trompé. »
Il brandit un dossier intitulé « Recherche de paternité ».
« D’accord, mais tant que le juge n’a pas dit officiellement que ce n’est pas votre enfant, vous êtes considéré comme le père. C’est normal que la mairie vous ait répondu ça : votre vie privée ne les regarde pas.
— Mais je veux pas payer.
— Si vous ne payez pas, on vous enverra l’huissier…
— Ben oui, mais je paierai pas. Je veux écrire au maire.
— Donc je fais un courrier au maire pour lui dire que vous ne paierez pas ces factures ?
— Oui.
— Et pour quel motif ?
— Parce que j’étais pas d’accord pour qu’elle inscrive l’enfant au centre. »
Bon…
Je lui lis le courrier, très court, que j’ai écrit, selon ses instructions.
« Merci ! »
Il a l’air satisfait...