Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 12:35

Les explications de Mme M. sont embrouillées, mais je finis par comprendre sa demande. Après plusieurs mois de non-paiement de son loyer, elle est assignée par son propriétaire qui veut récupérer les sommes dues. Il lui a fait parvenir un décompte qu’elle conteste. Elle veut que j’établisse un décompte rectificatif.

 

Zut ! Moi, je sais surtout écrire. Dès qu’il s’agit de calculer, j’ai quelques sueurs froides. Bon… Il s’agit d’additions et de soustractions, je devrais m’en sortir.

 

J’établis donc deux colonnes : « à payer » et « payé » ; d’un côté, le loyer mensuel réclamé et de l’autre, ce qu’elle et la CAF ont versé.

 

J’arrive à un total indiquant qu’elle doit encore environ deux cents euros.

Ça me paraît très simple à comprendre.

 

Sauf que cette dame ne veut pas comprendre. Elle est persuadée que le propriétaire doit lui rembourser l’allocation logement qu’il a perçue alors qu’elle avait payé l’intégralité du loyer de certains mois.

Elle oublie que, d’autres mois, elle n’a payé qu’une partie ou pas du tout.

 

J’ai beau lui montrer les chiffres, lui dire et redire ce qu’il y a dans les colonnes, elle n’en démord pas : ce que je lui dis « ne lui convient pas ». D’ailleurs, elle a montré tout ça à d’autres personnes qui ont conclu comme elle. Il n’y a que moi qui arrive à ce résultat.

 

Soupir.

 

Et puis… rezut ! Gros énervement in petto (extérieurement, même si mon ton devient plus animé, je reste d’un calme olympien et d’une amabilité exquise).

 

« Écoutez, madame. Les chiffres sont ceux que vous m’avez donnés, j’ai revérifié les calculs, je ne trouve pas d’autre résultat. Mais… je peux me tromper, je suis écrivain public, pas comptable. Je vous conseille d’aller voir une personne qui compte mieux que moi et vous verrez bien ce qu’elle vous dira. »

 

Pff…

Repost 0
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 12:30

Le début de ce billet est à lire ici :début du billet

 

Sans me laisser le temps d’ajouter quoi que ce soit, il se lève d’un bond en s’indignant de mon ignorance.

 

Je suis abasourdie. Puis, considérant que, s’il est debout, c’est qu’il veut partir, je ramasse ses documents, les lui tends et lui dis : « Au revoir, monsieur. »

 

Qu’ai-je encore dit là !?

 

Il se met à hurler que je n’ai pas à l’agresser et à lui parler sur ce ton, que c’est une honte de ne pas être capable de l’aider, moi qui suis française, qui connais l’administration, et lui qui est étranger et a besoin de conseils.

 

Tout ce que je peux dire pour argumenter ne sert à rien. J’ouvre très vite la porte – je m’aperçois alors avec plaisir et soulagement que mes voisins de bureau sont sortis eux aussi et attentifs – et le canalise vers le hall. Il continue de vociférer et demande à qui il peut se plaindre. Je lui indique le nom de la directrice du CCAS qui chapeaute les permanences, mais il ne la connaît pas, donc me soupçonne de lui dire n’importe quoi (« C’est peut-être la femme de ménage. »)

 

A l’accueil, qu’il a fini par rejoindre, il demande à rencontrer le responsable du centre : ça tombe mal, la directrice est absente ce jour-là. Il nous accuse alors d’être de mèche pour le contrarier. Et continue de se plaindre.

 

Je m’assois soudain devant lui, tentant par là de lui montrer ma lassitude de cette situation idiote. Peine perdue, il ne se calme pas. Au bout d’un moment, je lui dis que nous n’arriverons pas à nous entendre et je retourne dans mon bureau. Il finit par partir.

 

Quelque temps plus tard, alors que je reçois une autre personne, l’agent d’accueil m’interrompt : « Tu le crois ? Il est au CCAS. Avant de le recevoir, Mme C. veut avoir ta version des faits. »

 

J’ai tout raconté à Mme C., qui en a sûrement vu d’autres, mais la préviens : il me semble qu’il peut devenir violent.

Je n’ai pas eu d’autres nouvelles, je ne sais pas comment elle s’en est sortie. La directrice du centre social n’en a même pas été informée.

Espérons que c’est parce qu’il n’y avait plus rien à dire !

 

Repost 0
20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 12:26

Le ton de M. B. quand il se signale comme étant la prochaine personne à recevoir sonne désagréablement à mon oreille durant un instant très furtif. Mais je ne m’y attarde pas, car il s’agit vraiment d’un détail, me semble-t-il.

 

Il est quelque peu excédé : il a reçu plusieurs notifications de la CAF, à quelques jours d’intervalle, qui se contredisent à chaque fois quant à ses droits à l’APL. La somme fluctue sans aucune explication. Je comprends son énervement.

 

Il s’est déplacé et les explications qu’il a reçues ne sont pas convaincantes : il y aurait un problème de transmission de données de la part de Pôle emploi. Et aucune décision fiable.

 

Il me raconte ça sur un ton assez virulent et péremptoire et conclut par son souhait d’écrire au ministère de tutelle de la CAF pour débloquer son dossier.

 

Comme d’habitude, je propose d’abord une solution au niveau local et suggère d’écrire au directeur de la CAF. Non, il est catégorique, il veut écrire au ministère.

 

Vu ses propos et sa façon de les tenir, je n’insiste pas et acquiesce : on va écrire au ministère. Je commence à rassembler les arguments dans ma tête tout en préparant la lettre.

 

« C’est au ministère de la Famille qu’il faut écrire, c’est bien ça ? »

 

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai un mal fou à m’y retrouver dans la dénomination de ces ministères fourre-tout qui varie fréquemment. Et, tout en continuant de préparer le fichier et en réfléchissant à sa question, je réponds : « Je ne sais pas ».

La suite de ce billet dans dix jours.

Repost 0
10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 12:19

Que dire de la vie de certaines personnes ?

S’apitoyer ? S’indigner ?

 

Mme A. est un petit bout de femme aux traits tirés. Elle me demande d’écrire le courrier explicatif à joindre à sa déclaration de surendettement.

 

Ses difficultés financières ont commencé il y a trois ans, mais le problème est plus ancien et remonte vraisemblablement à sa petite enfance.

Elle a souscrit un crédit pour acheter une voiture, payer la carte grise et la première année d’assurance en tant que jeune conducteur. Elle a emprunté 10 000 €, ce qui, pour un salaire d’environ 900 €, est énorme et laisse à penser sur le sérieux de certains organismes de crédit.

Elle m’affirme qu’elle arrivait à rembourser, car elle était hébergée et n’avait donc pas de frais de loyer.

 

Pas de frais de loyer, mais un boulet au pied : son frère ! Il s’était toujours montré violent avec elle. Là, il est mort de jalousie devant la voiture de sa sœur et passe son temps à la détériorer, jusqu’à la brûler. Avec tous ces ennuis, Mme A. perd pied, cumule les retards au travail et se fait licencier un an plus tard. Elle a quand même la présence d’esprit d’expliquer sa situation à son créancier en demandant des arrangements. Peine perdue. De plus, l’assurance « perte d’emploi » qu’elle avait souscrite ne la prend pas en charge.

 

Son état psychologique ne lui permet pas de retrouver un emploi stable. Après avoir épuisé ses droits aux indemnités de chômage, elle bénéficie à présent du RSA. Elle est domiciliée dans une association, mais ne peut y loger, car elle a maintenant un bébé.

Son frère est en prison, mais il sort bientôt et elle a peur qu’il la retrouve. En attendant sa libération, les copains de ce caïd se sont bien appliqués à continuer de terroriser la jeune femme.

 

Elle est passée au tribunal pour sa dette, a été condamnée à payer, mais elle ne peut pas pour l’instant. Elle souhaite obtenir un répit pour retrouver une situation stable et des revenus réguliers.

 

Soupir.

Repost 0
30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 12:14

Mme A. est envoyée par une association d’aide aux étrangers dans leur demande de titre de séjour. Elle sollicite une admission au séjour à titre exceptionnel, ce qui signifie qu’elle est actuellement en situation irrégulière.

 

Le dossier doit comporter une lettre expliquant la demande et la situation. L’association a écrit le brouillon et insiste pour dresser la liste exhaustive des justificatifs joints, avec la raison suivante : en cas de contestation, on peut ainsi prouver qu’on a tout fourni. Ce n’est pas une preuve, à mon avis, mais je m’incline.

 

Je m’attaque à la lettre que je trouve vraiment très succincte. Ayant déjà écrit ce type de document, je pose des questions à Mme A. pour compléter les informations.

Mais Mme A. me répond que la dame de l’association a tout noté, sous-entendu : tu n’as qu’à recopier.

 

Grr…

 

Très bien. Je m’emploie à reprendre strictement tous les termes du courrier fourni. Certes, je ne peux pas m’empêcher de corriger les fautes et rectifier certaines tournures incorrectes.

Et je préviens fermement : surtout vous ne dites pas que c’est l’écrivain public qui a fait cette lettre !

 

 

Maintenant, je m’interroge : ne devrais-je pas refuser ? Sophie et moi sommes très perplexes.

 

Qu’en pensez-vous, chers confrères confrontés à la même situation ?

Repost 0
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 12:09

J’ai déjà eu l’occasion de parler de Mme C. C’est une habituée, agréable, petite femme vive et enjouée.

 

La dernière fois que nous avions parlé de sa recherche d’emploi, elle venait de terminer une formation de chauffeur de bus et cherchait un poste dans les entreprises de la région. Puis, elle a trouvé un nouveau compagnon et a eu deux enfants.

 

La cadette étant presque sur le chemin de l’école, Mme C. songe à retravailler – d’autant qu’elle est séparée du père, qui s’est volatilisé.

Ce matin, elle me demande de mettre à jour son CV. Elle ne cherche pas d’emploi de chauffeur parce que son permis doit être renouvelé prochainement. En attendant, elle souhaite retourner aux fourneaux puisqu’elle a été cuisinière (dans la gendarmerie, ça ne s’invente pas !).

 

Comme elle est futée, je peux l’« asticoter » et l’interroge sur ses compétences de cuisinière à mettre en avant.

Sa réaction est spectaculaire et très amusante : elle ouvre de grands yeux et, après un instant d’hésitation, avoue qu’elle a tout oublié.

 

Nous éclatons de rire toutes les deux. Puis reprenons la discussion : elle est soudain très consciente de son décalage par rapport au monde du travail après une telle interruption.

 

Elle va donc faire le point, relire ses cours et revenir plus tard pour terminer son CV.

 

Quand je serine aux étudiants que j’accompagne dans leur recherche de stage qu’ils doivent bien préparer leur candidature, puis leur entretien d’embauche, je ne radote pas vraiment…

Repost 0
10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:49

Dans ce centre social, la femme de ménage, Z., a été la première à utiliser mes services. Je lui écris régulièrement des courriers, pour elle, son fils ou son frère.

Ce matin, elle veut simplement une résiliation d’abonnement à une salle de sport.

 

Mais ce n’est pas ça qui la bouleverse autant. Car elle est littéralement sens dessus dessous et ses larmes coulent quand elle me raconte ce qu’elle a vécu la veille.

 

Nous sommes dans un quartier « sensible », qui fait souvent la une du journal local. Hier, au petit matin, il y a eu une fusillade très nourrie dans la rue.

Et Z. était, non pas au milieu, la pauvre !, mais très proche. Elle commence en effet très tôt son travail et s’y rend à pied, car elle n’habite pas très loin.

 

Elle me raconte que ça tirait dans tous les sens, que, tétanisée, elle ne savait plus quoi faire. Comme elle longeait la mosquée, des fidèles matinaux l’ont tirée à l’intérieur et elle y est restée jusqu’à ce que tout se calme.

 

Au milieu de ses larmes, Z. se met à rire nerveusement, soudain frappée par la cocasserie de la situation : « J’étais jamais allée à la mosquée avant ! »

Repost 0
30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 14:56

Pia et ChristineDe temps en temps, au hasard des rencontres, il arrive qu’un journaliste s’intéresse à ma petite personne et, surtout, à mon métier. Quel honneur !

 

Il y a quelques années, j’ai ainsi fait l’objet d’un reportage sur France 2, dans l’émission matinale de Sophie Davant, C’est au programme. L’archive n’est plus accessible, mais j’avais écrit un billet de blog pour l’occasion, à lire ici : http://ecrivainpublic-histoires.over-blog.net/article-je-passe-a-la-tele-1-45257564.html

 

Une autre fois, j’ai parlé de mon métier avec deux consœurs sur Télessonne, la chaîne locale du département de… l’Essonne, comme son nom l’indique. (Encore un billet de blog : http://ecrivainpublic-histoires.over-blog.net/article-je-passe-a-la-tele-2-58442460.html)

 

Il y a une dizaine de jours, j’ai été interviewée par Pia Clemens, chroniqueuse à France Bleu Paris Région. D’un entretien de près d’une demi-heure n’ont été retenues que trois minutes. C’est un peu frustrant, certes, mais le résultat, très bien coupé et monté, est très satisfaisant et retrace bien l’essentiel.

 

Si vous n’étiez pas, au contraire de moi, scotché à l’écoute de la chaîne dès 13 h 45 pour ne surtout pas me rater, vous pouvez réécouter ou télécharger pour une baladiffusion la chronique à l’adresse suivante :

https://www.francebleu.fr/emissions/femmes-de-paname/107-1/christine-ecrivain-conseil

Repost 0
20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 14:23

Mais pourquoi M. B. doit-il demander à son bailleur l’autorisation de changer ses papiers peints ?

C’est ce qu’il veut que je fasse (on lui demande un « courrier par écrit »). Et, comme d’habitude, je ne peux pas me contenter de faire ce qu’on me dit, il faut que je comprenne.

 

Alors, comme d’habitude, je pose des questions, au risque que l’usager monte sur ses grands chevaux et me rembarre.

 

Encore une fois, j’ai bien fait d’interroger : M. B. n’a bien sûr pas besoin d’une autorisation pour faire des travaux chez lui.

Quand il a retiré les anciens papiers peints pour en poser d’autres, il s’est aperçu que les murs dessous étaient en très mauvais état.

Et il s’est souvenu que le bailleur n’avait pas fait de travaux de rénovation avant son installation dans le logement il y a dix ans ; il demande cette intervention maintenant.

 

Ah, c’est plus logique !

Repost 0
10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 14:15

Mme B. est en train de rembourser à un précédent employeur un trop-perçu de salaire en 2015.

Bien sûr, cette somme a été comptée dans ses revenus de 2015 et elle paie des impôts dessus. Les services fiscaux ont refusé un dégrèvement, puisque cette somme a été effectivement perçue.

 

Elle voudrait saisir le conciliateur. D’accord : que va-t-elle demander ?

Ben… elle ne sait pas.

Nous discutons…

 

En fait, ce qui la gêne, c’est qu’elle va rembourser ce trop-perçu sur deux ans, 2016 et 2017, et qu’elle ne sait pas comment elle va justifier ces revenus en moins chaque année.

Alors, j’explique : l’employeur doit sûrement lui donner un justificatif des sommes qu’elle rend, c’est ça qu’elle présentera.

En effet, elle reçoit chaque mois un bulletin de salaire à zéro. Le montant à payer est certes à zéro, mais je lui montre que le net imposable est négatif.

Et j’explique que, chaque année, les employeurs déclarent les salaires versés aux salariés. En 2016, puis en 2017, son ancien employeur déclarera une somme négative versée, qui diminuera d’autant ses revenus. Il faudra juste qu’elle vérifie que cette somme apparaît bien sur sa déclaration préremplie.

 

Elle repart rassérénée. C’est cette explication qu’elle attendait du « référent paie » de son ancien employeur ou des services fiscaux et que personne n’a été fichu de lui donner.

Repost 0

Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
  • Contact

Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


journal.jpg

 

J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

Recherche

Avertissement

Tous les textes publiés sur ce blog sont la propriété exclusive de leur auteur.

Toute reproduction, même partielle, ne peut se faire sans l'autorisation expresse de l'auteur.

Pages