Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


journal.jpg

 

J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.
Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.

Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

Mercredi 30 mai 2012 3 30 /05 /Mai /2012 21:15

coiffure.jpg Reprise des permanences ce lundi après quelques jours de congé (bien mérités, je l’avoue). Sophie m’avait priée de ne pas tarder à reprendre car sa permanence à elle était surchargée du fait de mon absence. Et en arrivant, de ma voiture, j’étais déjà avertie : plus de douze personnes m’attendaient. Évidemment, je ne les ai pas toutes reçues.

 

Avant-dernière personne : un grand costaud, qu’il me semble avoir déjà vu, qui m’apostrophe en entrant dans le bureau : « C’est long d’attendre ! »

Je ne réponds pas.

 

Il s’installe et me raconte ce qu’il attend de moi… ou plutôt, ce que sa (future) femme lui a demandé de me demander. Il va se marier en République centrafricaine et il doit déposer un courrier à la préfecture, ou à l’ambassade de Centrafrique à Paris, ou il ne sait pas où, pour préparer son mariage.

 

J’essaie de comprendre quel est le but de ce courrier, je n’arrive qu’à l’exaspérer. Il se prend la tête dans les mains et reprend les mêmes explications : il doit exposer sa situation professionnelle – il travaille en intérim dans les travaux publics –, expliquer qu’il est domicilié dans une association mais vit chez sa tante qui le soutient dans ses démarches et qu’il a déposé une demande de logement.

 

« Moi, chuis pas un intellectuel, je sais pas faire ça… J’avais un gros problème avec l’Assedic et, à cause de vous (houlà, qu’est-ce que j’ai fait ?) ou de quelqu’un que j’avais vu à A. ou à M., je sais plus… Ça a mis six mois pour se régler mais le courrier qu’on m’a fait a tout débloqué (aaah, j’aime mieux ça !).

 

- Monsieur, je vais vous faire le courrier, mais j’ai besoin de savoir à quoi il va servir pour l’écrire au mieux… »

 

Bon, n’insistons pas… Il veut un courrier pour la préfecture, je vais le rédiger. Mais pendant que je tape, je lui pose des questions sur les formalités qu’il va accomplir ; je m’aperçois qu’il va se marier à la mairie de Bangui, sans autre démarche. Je lui conseille alors de consulter le juriste pour voir tout ce qu’il faut faire avant pour que son mariage soit reconnu rapidement en France et que la venue de son épouse soit facilitée.

 

Et pendant que nous parlons, il me regarde, bien sûr… Et la mémoire lui revient :

« Mais c’est vous que j’ai vue l’autre fois, je me souviens maintenant… Mais vous étiez mieux coiffée ! »

 

Ah bon ? (Je me regarde furtivement sur les vitres de la cloison.) Merci monsieur !

C’est sûr, lui, avec son crâne d’œuf, il ne doit pas avoir de problème de coiffage !

 

J., à l’accueil, a bien ri quand je le lui ai raconté.

 

« Allez, au revoir, J., je cours chez le coiffeur ! ».

Par Christine Atger - Publié dans : Cas particuliers
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 21:11

entonnoirs.jpg « Bonjour, c’est Hélène. J’ai eu un appel pour toi. C’est un monsieur qui voudrait avoir l’avis d’un professionnel sur un courrier administratif qu’il doit faire. Il faudrait le rappeler, voici son numéro… »

 

C’est un message de ma sœur, qui me sert aussi de standardiste puisqu’elle prend toujours la permanence téléphonique.

 

J’appelle le monsieur et, avant toute chose, avant même l’annonce du tarif, j’essaie d’en savoir plus sur le courrier qu’il veut écrire. Et, bien sûr, il me raconte sa vie.

 

Il a été opéré il y a quatre ans. Le médecin qui le suivait – spécialiste ? généraliste ? je n’ai pas compris – lui a présenté sa note d’honoraires qu’il a réglée immédiatement.

 

Depuis, ce praticien n’arrête pas de clamer à qui veut l’entendre que ce monsieur lui doit de l’argent. Il va même jusqu’à harceler le fils – d’une cinquantaine d’années, tout de même – en réclamant son dû. Le monsieur reçoit aussi quantité de coups de fil anonymes et il est sûr que ça vient du médecin.

 

« Mais, depuis quatre ans, est-ce que ce médecin vous a envoyé une facture ou une lettre recommandée de relance ?

 

- Non, rien.

 

- Alors, s’il ne vous a rien demandé officiellement, vous ne devez rien !

 

- C’est ce qu’on m’a déjà dit. J’en ai parlé à un avocat et à l’assistance juridique de mon assurance, ils m’ont tous répondu comme vous.

 

- Si vous avez l’avis de deux juristes, je pense que vous pouvez les croire.

 

- Je voudrais quand même lui écrire pour lui dire que je ne lui dois rien.

 

- Mais s’il ne vous a rien demandé officiellement, c’est que cette dette n’existe pas. Vous n’avez pas à affirmer des choses qu’on ne vous demande pas. À mon avis, monsieur, cette personne est un peu dérangée… Et pour les coups de fil indésirables, c’est très simple, il suffit de changer de numéro et vous mettre sur la liste rouge.

 

- Bon, si vous pensez ça…

 

- Pas seulement moi, mais surtout les deux juristes que vous avez consultés. S’il faut croire quelqu’un, c’est bien eux !

 

- Eh bien, merci madame pour cet avis si tranché. Au revoir. »

 

Et voilà ! Je n’ai pas écrit, mais j’ai bien mérité mon titre d’écrivain conseil®.

 

Je n’ai pas gagné d’argent, mais beaucoup de temps !

Par Christine Atger - Publié dans : Cas particuliers
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Jeudi 10 mai 2012 4 10 /05 /Mai /2012 21:03

feuillesoins.jpg J’ai déjà vu ce vieux monsieur, c’est un chibani tout ratatiné qui marche à petits pas. Il marmonne souvent « Si tu veux, tu fais, si tu veux pas, tant pis… ».

 

Il pose sur le bureau un imprimé de la Sécurité sociale servant à récapituler les frais de soins à l’étranger pour se les faire rembourser en France.

 

J’ai déjà rempli ce type de document et je n’aime pas trop le faire. À première vue, c’est assez simple : il suffit de noter pour chaque catégorie de soin (consultation chez le médecin, le dentiste, hospitalisation, pharmacie…) le total des dépenses. En fait…

 

En fait, il faut d’abord éplucher les feuilles de soins étrangères souvent accompagnées d’ordonnances.

Trouver le montant payé chez le médecin : soit il n’est pas indiqué, soit il est représenté sous la forme d’une vague plus ou moins dentelée.

Déchiffrer les chiffres dans les colonnes réservées au pharmacien : la monnaie du pays étant ce qu’elle est, le nombre de chiffres est impressionnant, et la position de la virgule pas vraiment déterminée.

 

Et mon monsieur de ce jour me tend une pile d’au moins trois centimètres d’épaisseur de feuilles de soins et d’ordonnances. En plus, berk !, elles ont un aspect plutôt crasseux, des « choses » sont collées sur certaines.

 

Je les attrape du bout des doigts… et je trie : je trouve des ordonnances datant de 2000 !

Je m’exclame : « 2000 ! Mais c’est trop vieux !

- La dame, elle m’a dit, tu m’apportes tout et je paierai… 

- Eh ben, vous avez de la chance ! »

 

Je fais des tas par année… Je retrouve même des feuilles de soins que j’avais remplies il y a quelques mois.

« Vous ne les aviez pas données, celles-là ? C’est moi qui les ai remplies, je reconnais mon écriture.

- Non, on m’a dit que c’était pas bon.

- Je suppose qu’il manquait la feuille bleue… » (Le récapitulatif).

 

Puis je rassemble feuilles de soins et ordonnances, et j’en trouve sans correspondance ; je les mets de côté, elles ne pourront pas être traitées. Je remplis les feuilles… Pff…

 

« Ce que tu fais, ça sert à rien !

- Pourquoi ça sert à rien ?

- Parce qu’y a pas les vignettes !

- Eh ben il faudra les coller.

- Tu peux le faire ?

- Ah non, monsieur, je ne colle pas les vignettes, je n’ai pas le temps ! D’ailleurs, je vais m’arrêter là et vous reviendrez parce que, maintenant, il faut calculer tout ce que vous avez payé, et ça va prendre du temps. Revenez cet après-midi. »

 

L’après-midi, il est le premier. Je reprends le paquet crasseux et j’additionne les dinars, quand ils sont indiqués… Je ne suis pas très sûre du calcul vu les difficultés évoquées plus haut, en particulier la position de la virgule.

 

Pendant ce temps, il pose subrepticement un plein sac de boîtes de médicaments vides. 

« Non non, monsieur, je ne colle pas les vignettes ! »

Par Christine Atger - Publié dans : Cas particuliers
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Lundi 30 avril 2012 1 30 /04 /Avr /2012 11:48

joconde moustaches Il y a plusieurs mois, j’ai été contactée par un photographe, Philippe Truquin. Il réalisait un travail artistique sur la relation entre les personnes et s’intéressait à celle qui pouvait s’établir entre un écrivain public et son interlocuteur. Il m’avait bien expliqué sa démarche et j’avais consulté son site où il présente, entre autres, une série de photos sur des assistantes de vie avec les personnes âgées chez qui elles intervenaient : des clichés émouvants, comportant en légende des paroles entendues pendant ces échanges


J’avais trouvé ce travail très beau et, curieuse, accepté de collaborer avec lui, tout en me demandant ce qu’il pourrait trouver d’intéressant à photographier dans un échange statique autour d’un bureau, la rédaction d’un écrit sur un clavier d’ordinateur et la restitution d’un document sur papier.

 

Il est venu assister à un après-midi de permanence. Je le présentai le plus simplement possible comme un photographe souhaitant réaliser un reportage, laissant bien sûr la possibilité à chaque usager de refuser qu’il soit là en observateur. Mais tout le monde accepta sa présence discrète.

Philippe était satisfait de ce qu’il avait vu, imaginant déjà comment il allait s’y prendre ensuite.

 

Je transmets donc sa demande d’intervention à la mairie, accompagnée d’un exemple de ce qu’il avait déjà fait. J’avais sollicité la bonne personne pour faire suivre le dossier car nous avons obtenu l’autorisation en moins d’une semaine. C’est remarquable pour cette mairie !

 

Rendez-vous est donc pris pour une séance de prises de vues. Avant de la commencer, je suggère à Philippe de rassembler les personnes qui attendaient pour leur présenter ce qu’il comptait faire, en montrant ses anciennes photos, en précisant bien que rien n’était obligatoire.

 

Eh bien ! je ne m’attendais pas vraiment à ça !

Première réaction : « Est-ce que ça va changer quelque chose à mon problème ? » - Heu, non…

Deuxième réaction : « Qu’est-ce que ça va m’apporter ? » - Heu, rien…

Troisième réaction : « Si vous faites une exposition, est-ce qu’on touchera quelque chose ? » - Heu, non plus…

Réaction générale : aucune ! Les gens examinaient vaguement le porte-folio et ne disaient rien.

 

À chaque personne rencontrée, je demandais si elle acceptait que Philippe nous photographie, à chaque fois, la réponse était négative. Entre deux, j’avais une pensée compatissante pour lui qui se morfondait dans la salle d’attente. Il n’a d’ailleurs pas attendu la fin de la permanence pour partir.

Le lendemain, au téléphone, il s’était un peu remis de son désappointement ; au moins, il avait essayé.

 

Cet épisode m’a rappelé la fois où la télé était venue pour un reportage (voir ici). La journaliste s’arrachait les cheveux dans la salle d’attente à essayer de convaincre les personnes de se laisser filmer : l’une avait peur de la réaction de ses voisins, l’autre de celle de son fils, un autre encore était en congé maladie et craignait que son patron le voie dehors !

 

J’ai déjà reçu, à de multiples reprises, des « stagiaires », écrivains publics en devenir, qui venaient se rendre compte de la réalité du métier en assistant aux permanences ; jamais je n’ai essuyé un seul refus de la part des usagers. Mais quand un outil, caméra ou appareil photo, s’interpose, ce n’est plus le même ressenti.

Par Christine Atger - Publié dans : Impressions et réflexions
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Vendredi 20 avril 2012 5 20 /04 /Avr /2012 11:34

coeur-brise.jpg Michèle est une jolie jeune femme aux superbes yeux bleus. Elle semble assez dégourdie, c’est pour cela que je suis étonnée par son histoire.

 

Elle vient de recevoir l’avis de signification d’un acte d’huissier de justice diligenté par le destinataire d’un chèque à elle qui n’a pas été payé car il était sans provision.

 

Elle me raconte qu’il y a quelques mois, elle était très amoureuse d’un homme qui lui avait promis de venir vivre avec elle. Mais avant, il avait des dettes à régler, notamment à son propriétaire. Pour le faire patienter, il demande à Michèle d’établir des chèques en blanc qu’il remettra, avec l’assurance qu’ils ne seraient pas encaissés, le temps qu’il le paie en espèces.

 

Depuis, Michèle a rompu et n’a plus de nouvelles du joli cœur. Mais celui-ci n’a pas dû payer puisque le propriétaire a voulu encaisser les chèques. Elle se retrouve dans des ennuis terribles car elle ne s’est pas contentée de faire des chèques en blanc, elle lui a aussi prêté de grosses sommes et contracté des crédits à son nom à elle. Elle est maintenant frappée d’interdit bancaire et va déposer un dossier de surendettement.

 

Nous rédigeons une lettre au propriétaire malheureux où elle explique sa situation, n’hésitant pas à dire clairement qu’elle s’est fait avoir. Elle affirme qu’elle assumera ses inconséquences mais lui demande de renoncer à ses poursuites contre elle.

 

J’ai établi ce chèque à la demande de Monsieur J. A., votre locataire, afin de lui rendre service. Il m’avait assuré qu’il s’agissait de vous faire attendre le temps qu’il vous paie en espèces ce qu’il vous devait, mais qu’en aucun cas, ce chèque ne serait remis à l’encaissement.

J’étais amoureuse et naïve et je l’ai cru. Or il s’avère qu’il a été malhonnête avec vous aussi bien qu’avec moi puisque, si vous avez voulu encaisser le chèque, c’est qu’il ne vous a pas payé.

 

Je l’ai dépanné pour de grosses sommes et contracté des crédits pour lui et je me retrouve maintenant à devoir tout rembourser alors que je n’ai pas profité de cet argent et que nous sommes séparés. Ma situation financière est devenue extrêmement difficile : je suis frappée d’un interdit bancaire et vais déposer un dossier de surendettement pour essayer de trouver un arrangement et faire face à mes dettes. Je vis seule avec mon fils et mon salaire n’est pas très élevé.

 

Je vais essayer d’assumer le maximum des remboursements mais j’aimerais que vous fassiez preuve de compréhension et renonciez à vos poursuites. J’ai été victime d’un escroc, au même titre que vous, et j’avoue avoir pêché par excès de confiance. À part une relation amoureuse éphémère, je n’ai rien à voir avec cet homme.

 

En vous remerciant de l’attention que vous porterez à ce courrier et de ce que vous accepterez de faire pour ne pas envenimer ma situation, je vous prie de recevoir, Monsieur, mes meilleures salutations.

Par Christine Atger - Publié dans : Cas particuliers
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