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20 janvier 2017 5 20 /01 /janvier /2017 12:26

Le ton de M. B. quand il se signale comme étant la prochaine personne à recevoir sonne désagréablement à mon oreille durant un instant très furtif. Mais je ne m’y attarde pas, car il s’agit vraiment d’un détail, me semble-t-il.

 

Il est quelque peu excédé : il a reçu plusieurs notifications de la CAF, à quelques jours d’intervalle, qui se contredisent à chaque fois quant à ses droits à l’APL. La somme fluctue sans aucune explication. Je comprends son énervement.

 

Il s’est déplacé et les explications qu’il a reçues ne sont pas convaincantes : il y aurait un problème de transmission de données de la part de Pôle emploi. Et aucune décision fiable.

 

Il me raconte ça sur un ton assez virulent et péremptoire et conclut par son souhait d’écrire au ministère de tutelle de la CAF pour débloquer son dossier.

 

Comme d’habitude, je propose d’abord une solution au niveau local et suggère d’écrire au directeur de la CAF. Non, il est catégorique, il veut écrire au ministère.

 

Vu ses propos et sa façon de les tenir, je n’insiste pas et acquiesce : on va écrire au ministère. Je commence à rassembler les arguments dans ma tête tout en préparant la lettre.

 

« C’est au ministère de la Famille qu’il faut écrire, c’est bien ça ? »

 

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai un mal fou à m’y retrouver dans la dénomination de ces ministères fourre-tout qui varie fréquemment. Et, tout en continuant de préparer le fichier et en réfléchissant à sa question, je réponds : « Je ne sais pas ».

La suite de ce billet dans dix jours.

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 12:19

Que dire de la vie de certaines personnes ?

S’apitoyer ? S’indigner ?

 

Mme A. est un petit bout de femme aux traits tirés. Elle me demande d’écrire le courrier explicatif à joindre à sa déclaration de surendettement.

 

Ses difficultés financières ont commencé il y a trois ans, mais le problème est plus ancien et remonte vraisemblablement à sa petite enfance.

Elle a souscrit un crédit pour acheter une voiture, payer la carte grise et la première année d’assurance en tant que jeune conducteur. Elle a emprunté 10 000 €, ce qui, pour un salaire d’environ 900 €, est énorme et laisse à penser sur le sérieux de certains organismes de crédit.

Elle m’affirme qu’elle arrivait à rembourser, car elle était hébergée et n’avait donc pas de frais de loyer.

 

Pas de frais de loyer, mais un boulet au pied : son frère ! Il s’était toujours montré violent avec elle. Là, il est mort de jalousie devant la voiture de sa sœur et passe son temps à la détériorer, jusqu’à la brûler. Avec tous ces ennuis, Mme A. perd pied, cumule les retards au travail et se fait licencier un an plus tard. Elle a quand même la présence d’esprit d’expliquer sa situation à son créancier en demandant des arrangements. Peine perdue. De plus, l’assurance « perte d’emploi » qu’elle avait souscrite ne la prend pas en charge.

 

Son état psychologique ne lui permet pas de retrouver un emploi stable. Après avoir épuisé ses droits aux indemnités de chômage, elle bénéficie à présent du RSA. Elle est domiciliée dans une association, mais ne peut y loger, car elle a maintenant un bébé.

Son frère est en prison, mais il sort bientôt et elle a peur qu’il la retrouve. En attendant sa libération, les copains de ce caïd se sont bien appliqués à continuer de terroriser la jeune femme.

 

Elle est passée au tribunal pour sa dette, a été condamnée à payer, mais elle ne peut pas pour l’instant. Elle souhaite obtenir un répit pour retrouver une situation stable et des revenus réguliers.

 

Soupir.

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 12:14

Mme A. est envoyée par une association d’aide aux étrangers dans leur demande de titre de séjour. Elle sollicite une admission au séjour à titre exceptionnel, ce qui signifie qu’elle est actuellement en situation irrégulière.

 

Le dossier doit comporter une lettre expliquant la demande et la situation. L’association a écrit le brouillon et insiste pour dresser la liste exhaustive des justificatifs joints, avec la raison suivante : en cas de contestation, on peut ainsi prouver qu’on a tout fourni. Ce n’est pas une preuve, à mon avis, mais je m’incline.

 

Je m’attaque à la lettre que je trouve vraiment très succincte. Ayant déjà écrit ce type de document, je pose des questions à Mme A. pour compléter les informations.

Mais Mme A. me répond que la dame de l’association a tout noté, sous-entendu : tu n’as qu’à recopier.

 

Grr…

 

Très bien. Je m’emploie à reprendre strictement tous les termes du courrier fourni. Certes, je ne peux pas m’empêcher de corriger les fautes et rectifier certaines tournures incorrectes.

Et je préviens fermement : surtout vous ne dites pas que c’est l’écrivain public qui a fait cette lettre !

 

 

Maintenant, je m’interroge : ne devrais-je pas refuser ? Sophie et moi sommes très perplexes.

 

Qu’en pensez-vous, chers confrères confrontés à la même situation ?

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 12:09

J’ai déjà eu l’occasion de parler de Mme C. C’est une habituée, agréable, petite femme vive et enjouée.

 

La dernière fois que nous avions parlé de sa recherche d’emploi, elle venait de terminer une formation de chauffeur de bus et cherchait un poste dans les entreprises de la région. Puis, elle a trouvé un nouveau compagnon et a eu deux enfants.

 

La cadette étant presque sur le chemin de l’école, Mme C. songe à retravailler – d’autant qu’elle est séparée du père, qui s’est volatilisé.

Ce matin, elle me demande de mettre à jour son CV. Elle ne cherche pas d’emploi de chauffeur parce que son permis doit être renouvelé prochainement. En attendant, elle souhaite retourner aux fourneaux puisqu’elle a été cuisinière (dans la gendarmerie, ça ne s’invente pas !).

 

Comme elle est futée, je peux l’« asticoter » et l’interroge sur ses compétences de cuisinière à mettre en avant.

Sa réaction est spectaculaire et très amusante : elle ouvre de grands yeux et, après un instant d’hésitation, avoue qu’elle a tout oublié.

 

Nous éclatons de rire toutes les deux. Puis reprenons la discussion : elle est soudain très consciente de son décalage par rapport au monde du travail après une telle interruption.

 

Elle va donc faire le point, relire ses cours et revenir plus tard pour terminer son CV.

 

Quand je serine aux étudiants que j’accompagne dans leur recherche de stage qu’ils doivent bien préparer leur candidature, puis leur entretien d’embauche, je ne radote pas vraiment…

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 18:49

Dans ce centre social, la femme de ménage, Z., a été la première à utiliser mes services. Je lui écris régulièrement des courriers, pour elle, son fils ou son frère.

Ce matin, elle veut simplement une résiliation d’abonnement à une salle de sport.

 

Mais ce n’est pas ça qui la bouleverse autant. Car elle est littéralement sens dessus dessous et ses larmes coulent quand elle me raconte ce qu’elle a vécu la veille.

 

Nous sommes dans un quartier « sensible », qui fait souvent la une du journal local. Hier, au petit matin, il y a eu une fusillade très nourrie dans la rue.

Et Z. était, non pas au milieu, la pauvre !, mais très proche. Elle commence en effet très tôt son travail et s’y rend à pied, car elle n’habite pas très loin.

 

Elle me raconte que ça tirait dans tous les sens, que, tétanisée, elle ne savait plus quoi faire. Comme elle longeait la mosquée, des fidèles matinaux l’ont tirée à l’intérieur et elle y est restée jusqu’à ce que tout se calme.

 

Au milieu de ses larmes, Z. se met à rire nerveusement, soudain frappée par la cocasserie de la situation : « J’étais jamais allée à la mosquée avant ! »

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 14:56

Pia et ChristineDe temps en temps, au hasard des rencontres, il arrive qu’un journaliste s’intéresse à ma petite personne et, surtout, à mon métier. Quel honneur !

 

Il y a quelques années, j’ai ainsi fait l’objet d’un reportage sur France 2, dans l’émission matinale de Sophie Davant, C’est au programme. L’archive n’est plus accessible, mais j’avais écrit un billet de blog pour l’occasion, à lire ici : http://ecrivainpublic-histoires.over-blog.net/article-je-passe-a-la-tele-1-45257564.html

 

Une autre fois, j’ai parlé de mon métier avec deux consœurs sur Télessonne, la chaîne locale du département de… l’Essonne, comme son nom l’indique. (Encore un billet de blog : http://ecrivainpublic-histoires.over-blog.net/article-je-passe-a-la-tele-2-58442460.html)

 

Il y a une dizaine de jours, j’ai été interviewée par Pia Clemens, chroniqueuse à France Bleu Paris Région. D’un entretien de près d’une demi-heure n’ont été retenues que trois minutes. C’est un peu frustrant, certes, mais le résultat, très bien coupé et monté, est très satisfaisant et retrace bien l’essentiel.

 

Si vous n’étiez pas, au contraire de moi, scotché à l’écoute de la chaîne dès 13 h 45 pour ne surtout pas me rater, vous pouvez réécouter ou télécharger pour une baladiffusion la chronique à l’adresse suivante :

https://www.francebleu.fr/emissions/femmes-de-paname/107-1/christine-ecrivain-conseil

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 14:23

Mais pourquoi M. B. doit-il demander à son bailleur l’autorisation de changer ses papiers peints ?

C’est ce qu’il veut que je fasse (on lui demande un « courrier par écrit »). Et, comme d’habitude, je ne peux pas me contenter de faire ce qu’on me dit, il faut que je comprenne.

 

Alors, comme d’habitude, je pose des questions, au risque que l’usager monte sur ses grands chevaux et me rembarre.

 

Encore une fois, j’ai bien fait d’interroger : M. B. n’a bien sûr pas besoin d’une autorisation pour faire des travaux chez lui.

Quand il a retiré les anciens papiers peints pour en poser d’autres, il s’est aperçu que les murs dessous étaient en très mauvais état.

Et il s’est souvenu que le bailleur n’avait pas fait de travaux de rénovation avant son installation dans le logement il y a dix ans ; il demande cette intervention maintenant.

 

Ah, c’est plus logique !

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10 novembre 2016 4 10 /11 /novembre /2016 14:15

Mme B. est en train de rembourser à un précédent employeur un trop-perçu de salaire en 2015.

Bien sûr, cette somme a été comptée dans ses revenus de 2015 et elle paie des impôts dessus. Les services fiscaux ont refusé un dégrèvement, puisque cette somme a été effectivement perçue.

 

Elle voudrait saisir le conciliateur. D’accord : que va-t-elle demander ?

Ben… elle ne sait pas.

Nous discutons…

 

En fait, ce qui la gêne, c’est qu’elle va rembourser ce trop-perçu sur deux ans, 2016 et 2017, et qu’elle ne sait pas comment elle va justifier ces revenus en moins chaque année.

Alors, j’explique : l’employeur doit sûrement lui donner un justificatif des sommes qu’elle rend, c’est ça qu’elle présentera.

En effet, elle reçoit chaque mois un bulletin de salaire à zéro. Le montant à payer est certes à zéro, mais je lui montre que le net imposable est négatif.

Et j’explique que, chaque année, les employeurs déclarent les salaires versés aux salariés. En 2016, puis en 2017, son ancien employeur déclarera une somme négative versée, qui diminuera d’autant ses revenus. Il faudra juste qu’elle vérifie que cette somme apparaît bien sur sa déclaration préremplie.

 

Elle repart rassérénée. C’est cette explication qu’elle attendait du « référent paie » de son ancien employeur ou des services fiscaux et que personne n’a été fichu de lui donner.

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30 octobre 2016 7 30 /10 /octobre /2016 14:06

J’ai le cœur serré en voyant Mme S. dans la salle d’attente. Comme elle est maigre ! Et quelles difficultés pour se lever !

Heureusement que l’ascenseur est réparé !

 

Elle n’est pas obligée de gravir dix-huit marches, cette fois, mais le bureau ne s’est pas rapproché ! Chargée de ses deux énormes sacs, elle a du mal à avancer. Ma consœur Sophie, dernièrement, quand l’ascenseur ne fonctionnait pas, a eu pitié d’elle et lui a porté son fardeau. Avec mes maux de dos, je ne m’y risquerai pas.

 

Mme S. chemine péniblement, se tient aux murs dès qu’elle le peut, car son équilibre est précaire. Je ralentis, ralentis mon pas… et nous finissons par arriver.

 

Cette fois, elle écrit à son fils, jeune adulte qui vient de quitter le nid familial. Elle lui a prêté de l’argent et s’est portée caution pour un crédit dont les mensualités sont prélevées sur son compte. Mais, même maintenant qu’il a des revenus, il ne pense pas à la rembourser ni à la débarrasser de cette charge.

La pauvre ! Elle se fait mener par le bout du nez par ce jeune homme et elle n’a pas la force de se rebiffer. Elle espère que ce courrier va le faire réagir.

 

Et nous repartons, cahin-caha.

En souriant, je me permets de lui faire remarquer la taille de ses sacs : je suis sûre qu’ils sont aussi lourds qu’elle. Je lui suggère de prendre un chariot à roulettes pour transporter tout ça.

Et je lui demande si elle ne marcherait pas plus facilement avec une canne. Eh bien non ! Elle m’affirme qu’elle a essayé, mais qu’elle s’est emberlificotée avec et elle est tombée.

 

Espérons que notre réclamation pour retrouver un bureau plus accessible sera bientôt entendue, ou que Mme S. n’aura pas trop souvent besoin de l’écrivain public !

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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 14:03

Mme T. exerce la tutelle légale de sa fille adulte, âgée d’environ vingt-cinq ans. Je constate dans le jugement que celle-ci ne jouit plus de ses droits civiques.

 

Mme T. a besoin d’un courrier pour demander au juge des tutelles l’autorisation d’ouvrir un compte d’épargne et d’y faire des dépôts réguliers.

 

Je la revois une dizaine de jours plus tard : le juge a besoin de précisions. Je rédige la réponse et lui exprime ma surprise sur la rapidité de l’affaire, en lui demandant si c’était toujours ainsi.

 

« Oui, me répond-elle, pour les demandes de ce genre. Mais pour l’autorisation de mariage, c’est plus long, ça fait déjà deux ans.

- Vous avez demandé l’autorisation pour que votre fille se marie ?

- Oui, mais le mari est en Inde, alors c’est plus long. »

 

« Gloups ! », fais-je in petto. Sa fille est sous tutelle parce qu’elle n’a pas toutes ses facultés mentales et elle veut la marier…

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  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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