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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 11:30
Lettre au juge

Cette dame, Mme A., ne m’est pas inconnue. Elle est venue plusieurs fois ces dernières années, notamment pour des soucis à l’école pour un de ses fils.

J’ai suivi de loin en loin la scolarité de ce jeune garçon : il s’était fait exclure du collège parce qu’il y avait retrouvé ses camarades qui l’entraînaient sur la mauvaise pente (c’est la version de la mère) alors celle-ci avait demandé un changement d’établissement.

Puis il a encore changé de collège, et de ville, ce qui ne lui convenait pas. Je crois que je n’ai pas eu tous les épisodes.

Aujourd’hui, elle m’apprend que son fils a été reçu par le juge des enfants pour une bêtise. Je n’ai pas bien compris laquelle, mais elle ne devait pas être bien grave car la seule sanction, après un « remontage de bretelles », a été d’écrire au juge une lettre d’excuses.

Et quoi de plus normal, puisqu’il s’agit d’écrire, que de se tourner vers l’écrivain public du quartier ? Il faut aussi noter que madame vient seule, le fils n’a pas dû voir l’intérêt de venir aussi.

J’ouvre de grands yeux, vraiment choquée qu’ils aient le culot d’envisager de « sous-traiter » un tel courrier et j’explique que non, je ne ferai pas ce courrier qui, sinon, perdrait tout son sens éducatif.

Je me contente de préparer une « maquette » à reproduire pour les adresses et la disposition de la lettre.

Je ne suis vraiment pas sûre qu’elle ait compris mon refus.

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10 août 2014 7 10 /08 /août /2014 12:19
S'ils n'étaient pas là...

J’ai déjà vu plusieurs fois Mme R. Assistante maternelle, elle avait rencontré des problèmes avec certains parents des enfants dont elle s’occupait, qui ne comprenaient pas qu’ils étaient ses employeurs et, à ce titre, avaient des devoirs comme la payer régulièrement, la licencier en bonne et due forme quand ils n’avaient plus besoin d’elle…

Je ne l’avais pas vue depuis plusieurs mois et là, je la retrouve avec deux béquilles, montrant une très grande difficulté à se déplacer.

Elle veut écrire à plusieurs hôpitaux et établissements de soins, dans la région et en Tunisie, pour réclamer son dossier.

Elle me raconte son histoire, triste à pleurer. D’ailleurs elle pleure…

Lors de vacances dans son pays d’origine il y a deux ans, elle a eu un accident avec sa voiture de location : un pneu a éclaté. Sa fille aînée est morte sur le coup, elle et ses deux autres enfants ont été sérieusement blessés.

Ils ont été soignés sur place puis rapatriés en France. Depuis, elle a subi plusieurs opérations. Ayant été touchée à la moelle épinière, elle ne peut plus se servir d’une jambe et risque de ne plus jamais marcher normalement. Elle poursuit une longue et pénible rééducation.

Ses enfants souffrent encore de séquelles et sont perturbés psychologiquement.

Elle m’avoue que sa vie s’est arrêtée ce jour-là et que si elle n’avait pas ses deux enfants, elle n’aurait plus du tout envie de vivre, car c’est trop difficile.

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 12:06
Ah l'amour !

Je vois cette jeune femme pour la première fois. Mme J. veut un courrier pour son assureur expliquant les circonstances d’un accident de voiture.

Son petit ami lui a emprunté son véhicule une nuit sans le lui dire. Il est parti vers Paris et a eu un accident.

Le lendemain matin, Mme J. n’a pas trouvé sa voiture où elle l’avait garée la veille. Le petit ami, très serviable, l’a aidée à la chercher, sans rien dire de ses frasques. Ils ont conclu que la voiture avait été volée et il l’a accompagnée au commissariat porter plainte.

Le lendemain, elle a été convoquée au commissariat de Bobigny où elle a appris la vérité. Le fiancé est maintenant en prison.

J’écris le courrier expliquant qu’elle n’est pas responsable de ce qui s’est passé (« elle a été dupée »). Je suis vraiment scandalisée par un tel comportement. Je ne fais aucun commentaire, mais me dis qu’un petit ami comme ça, je m’en débarrasserais illico presto.

Je suis très naïve (je l’ai déjà avoué).

Mme J. a besoin d’un autre courrier et je tombe de mon siège !

Elle a obtenu un permis pour rendre visite à son amoureux. Mais elle l’a perdu pour plusieurs mois. Le motif : elle lui a apporté une puce téléphonique.

Il s’agit donc de demander un raccourcissement de la période de suspension de l’interdiction car ce pauvre garçon n’a qu’elle à proximité et il risque de ne pas supporter une aussi longue période sans voir personne.

Pff !

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20 juillet 2014 7 20 /07 /juillet /2014 11:42
Mais où est-il ?

Quand on assure des permanences régulières, on a des habitués. On n’est pas forcément heureux de les revoir tous : j’ai déjà évoqué certains dont j’aimerais ne plus entendre parler.

Et il y a les « sympas », ceux auxquels on s’attache plus ou moins.

M. M. fait partie de ceux-là : ma prédécesseure m’en avait parlé et je le vois depuis que j’ai commencé en 2005, pratiquement chaque semaine.

Quand l’accès aux permanences était libre, il arrivait vers 13 heures, attendait en fumant que le rideau s’ouvre et se précipitait dans l’escalier pour être le premier à se présenter à l’accueil. Quand il n’était que le deuxième, il l’avait « mauvaise » : quelqu’un avait rusé pour lui passer devant.

À présent que je reçois sur rendez-vous, il retient toujours celui de 14 heures. L’agent qui répond au téléphone le connaît bien ; il passe des quarts d’heure à discuter avec elle. S’il ne peut avoir que le créneau de 14 h 30 ou, pire, 15 heures, il est fort contrarié et vient en avance, au cas où je le recevrais plus tôt, ce qui arrive fréquemment.

Il a perdu un œil lors d’un accident du travail et lit son courrier avec une loupe, ce qui est très fatigant. Il m’apporte souvent le courrier du matin pour avoir explication ou confirmation.

J’écris des petits mots à sa fille, à ses cousins, à mon ancienne consœur avec qui il est resté en contact, quelques courriers administratifs… Parfois, il me déclare qu’il est simplement passé me dire bonjour. Alors nous papotons quelques minutes… Il a quelquefois des réflexions de vieux réac’, alors je me permets de le remettre gentiment à sa place : « Enfin, M. M., vous ne pouvez pas dire ça ! »

Et cet après-midi, à 14 heures, alors que son nom est sur le planning, M. M. n’est pas là !

Je suis fort étonnée et l’agent d’accueil surenchérit : ce n’est pas habituel, ce n’est pas normal. La dernière fois qu’on ne l’avait plus vu de quelque temps, il était à l’hôpital après un accident.

J’appelle immédiatement A., l’agent préposé aux rendez-vous. Nous sommes à la limite de l’inquiétude : il vit seul et ne semble pas avoir beaucoup d’amis…

Elle essaie de le joindre, en vain, laisse des messages : rien.

La semaine suivante, M. M. est là : ouf !

Il est amusé d’avoir provoqué de tels remous « dans toute la mairie », mais content qu’on fasse autant cas de lui. Il croyait que j’étais en congé et avait oublié son rendez-vous. De plus, son téléphone ne fonctionnait pas, il n’a pas eu les appels.

Bon, plus de peur que de mal…

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10 juillet 2014 4 10 /07 /juillet /2014 14:12
Remboursez-moi !

J’ai déjà parlé de M. K. Il m’étonnera toujours ! Quand il ne m’exaspère pas…

Voici un autre épisode de ses élucubrations.

M. K. vit dans un immeuble situé dans un quartier assez défavorisé de la ville, avec les typiques « bandes de jeunes » qui viennent squatter les parties communes.

Voyant que le local à vélo était toujours occupé par ces indésirables, malgré le changement de la serrure par le bailleur, M. K. en a conclu que ces « jeunes » avaient un « passe ». Il a donc acheté une serrure qui ne pouvait pas être utilisée avec cet instrument et l’a installée sur la porte du local.

À présent, il veut envoyer la facture au bailleur en demandant le remboursement.

Je lui fais bien préciser qu’il a agi de son propre chef et l’avertis que le bailleur n’a dans ce cas aucune obligation de le rembourser.

Il en semble conscient ; d’ailleurs, le gardien lui a dit la même chose. Mais il essaie quand même.

Quelques semaines après, il veut un courrier de relance, car on ne lui a pas répondu. Il a oublié qu’il était d’accord avec moi la fois d’avant quand je l’avais prévenu qu’il ne serait peut-être pas remboursé.

Je ne fais pas de remarque, ne voulant pas polémiquer.

Encore un courrier inutile !

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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 14:11
Promesse d'embauche

Mme M. a demandé une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son mari, récemment épousé.

La préfecture a refusé pour insuffisance de ressources.

Mme M. dépose un recours et fournit une promesse d’embauche pour son mari afin de montrer qu’il aura du travail dès qu’il arrivera en France.

Très bien. Enfin un recours où on ne se contente pas de dire qu’on n’est pas d’accord.

J’examine le document : l’entreprise de BTP qui veut embaucher monsieur est située… en Corse ! (Je rappelle que je suis en Île-de-France.)

Je fais part de ma perplexité quant à l’intérêt que pourra avoir cet élément pour la préfecture. Mme M. ne comprend pas où est le problème.

Booon, faisons le courrier.

Elle insiste aussi pour ajouter le diplôme en gestion et comptabilité de monsieur. Je suis persuadée que c’est un atout primordial pour travailler dans le bâtiment.

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20 juin 2014 5 20 /06 /juin /2014 14:08
Arrête de pleurer !

Mme B. est venue accompagnée de son fils, un poupon de neuf mois, bien tranquille dans sa poussette.

Pendant que je rédige pour elle une lettre au préfet pour savoir où en est la demande de carte d’identité pour le bébé, celui-ci commence vaguement à se manifester.

« Arrête de pleurer ! » lui lance-t-elle.

Je me dis in petto qu’elle est bien exigeante alors qu’il a à peine émis un petit son et je continue.

Nouveau gémissement.

« Il faut pas pleurer, sinon la dame va te taper. »

Mais… c’est de moi qu’elle parle !

« Ah non ! Moi je ne tape pas. Ça va pas de lui dire ça ? »

Je me tourne vers le petit : « Ne t’inquiète pas, moi je ne tape personne !

— Excusez-moi…

— Je suis vraiment choquée que vous disiez ça…

— Je disais ça pour lui, pour qu’il arrête…

— Et ben dites-lui autre chose !

— Excusez-moi… »

Je finis le courrier sans lui dire que je l’excuse. Parce que non, elle n'est pas excusable !

Pff !

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10 juin 2014 2 10 /06 /juin /2014 14:01
Non !

Aaah, encore lui ! Le sieur K.

Il veut déménager et même quitter la ville, je croise les doigts pour que ce soit au plus vite pour en être débarrassée.

Il me montre un courrier de son bailleur expliquant que la redevance pour la réception de la télé par câble va maintenant être facturée au prix du marché.

« Je veux écrire pour dire que je veux pas payer parce que je regarde pas cette chaîne, je suis avec Free. »

Je lis mieux la lettre et lui explique qu’il ne s’agit pas d’un abonnement à une nouvelle chaîne, mais du raccordement à l’antenne sur le toit (je ne garantis pas l’exactitude des termes, car il me fallait simplifier).

« Ah bon ? »

Il range le courrier et en pose un autre sur le bureau, toujours du bailleur.

« J’ai reçu ça : ils veulent que je leur donne mon attestation d’assurance et moi, ça fait cinq ans que je leur demande un autre appartement qu’ils veulent pas me donner, alors… »

J’ai compris – il veut essayer le chantage, donnant donnant – et le coupe aussitôt :

« Ce n’est pas négociable ! Assurer son logement est une obligation du locataire, c’est normal que le bailleur réclame le justificatif. Vous ne pouvez pas discuter sur ce point. »

M. K. est interloqué :

« Ah bon ? »

Je lui ai cloué le bec deux fois de suite : belle performance !

Je l’ai aussi fait une autre fois, à lire ici.

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30 mai 2014 5 30 /05 /mai /2014 14:01
Course au recours

Mme M. est un peu paniquée.

Son bailleur vient de lui adresser un courrier lui réclamant le questionnaire locatif que le locataire doit obligatoirement remplir chaque année et qu’elle aurait dû retourner avant la fin de l’année dernière.

Comme sur tout courrier administratif, sont indiquées les voies de recours contre la décision notifiée.

Comme de nombreuses personnes, Mme M. a pris cette mention pour argent comptant et a compris qu’elle DEVAIT déposer un recours.

Elle a donc couru au tribunal administratif pour prendre des renseignements : elle a besoin d’un courrier expliquant sa demande et d’un timbre fiscal (à l’époque, il fallait encore un timbre fiscal pour intenter une action en justice).

Elle souhaite que je rédige le courrier.

« Mais non, madame, c’est juste une relance. Vous remplissez le questionnaire – je vais vous le faire – et vous l’envoyez avec une copie de votre avis d’imposition. Et c’est tout ! »

Ouf ! Un courrier inutile en moins.

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20 mai 2014 2 20 /05 /mai /2014 13:58
Comment je fais pour payer ?

Quand Mme L. commence à m’expliquer son problème, elle me parle de son titre de séjour dont elle a demandé le renouvellement.

Mes neurones commencent, eux, à tourner et j’imagine qu’elle n’a toujours pas de réponse et veut relancer son dossier.

Mais non ! Sa nouvelle carte de résident l’attend à la préfecture depuis février – elle a d’ailleurs reçu un SMS pour l’en informer – mais elle n’est pas encore allée la chercher. Le motif ? Les étrangers, pour retirer leur titre de séjour, doivent apporter un timbre fiscal. Dans son cas, le montant est de 260 €.

Elle est choquée et veut écrire au ministère de l’Intérieur et au Premier ministre pour demander la raison de ce « racket ». Comment va-t-elle faire pour payer ça avec son petit salaire et toutes ses charges ? Pourquoi demandent-ils de payer maintenant alors que cela n’existait pas auparavant ?

Je tente de lui expliquer que l’État fait ce qu’il veut et qu’il peut imposer des taxes où et quand il veut. Elle est trop scandalisée. J’écris les deux courriers, en lui faisant tout de même part de mes réserves sur les suites qui seront données.

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Présentation

  • : Le blog de Christine Atger, écrivain public, écrivain conseil
  • : Anecdotes, réflexions et états d'âme d'un écrivain public...
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Chers confrères, je vous salue et vous souhaite la bienvenue sur mon blog.

Je suis écrivain public et écrivain conseil.


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J'ai toujours adoré écouter les anecdotes de mes pairs, surtout les plus anciens.


Commençant à avoir un peu de bouteille, j’aurais aussi des choses à raconter... mais je n'ai pas le talent oratoire pour me lancer à brûle-pourpoint au cours d’un repas ou entre deux réunions.


Comme je sais à peu près écrire, j’ai eu envie de créer ce blog (journal, mon cher journal…) pour vous les faire découvrir…

 

En plus, je dois avouer qu'écrire ces péripéties m'évite de les oublier !

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